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Economie

La France, bonnet d’âne de l’OCDE pour l’intégration des immigrés

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mardi 4 Décembre 2012

La France est un des mauvaises élèves de l’OCDE pour l’intégration de ses immigrés et de leurs enfants. C'est le principal enseignement tiré d’une vaste étude comparative de leur situation dans le domaine de l’intégration économique et sociale, menée par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans l’ensemble de ses 34 pays membres.



La France, bonnet d’âne de l’OCDE pour l’intégration des immigrés
Emploi, éducation, logement, revenu des ménages… tout y passe dans l’enquête « Trouver ses marques : les indicateurs de l'OCDE sur l'intégration des immigrés 2012 » (à télécharger plus bas), la première du genre menée par l’OCDE et publiée lundi 3 décembre. A chaque pays, sa situation et les disparités sont flagrantes, constate-on.

Selon l'étude, la France compte 11% de sa population née à l'étranger. Un chiffre qui correspond à la moyenne des pays de l’OCDE, où vivent 110 millions d'immigrés (9% de leur population), dont un tiers vit aux États-Unis.

L'Hexagone est celui qui accueille la plus forte part d’individus nés en Afrique parmi ses immigrés, dont les trois quarts sont issus des pays du Maghreb. Tandis que « la proportion d’immigrés a triplé en Espagne entre 2000 et 2010 et a plus que doublé en Islande et en Irlande », seuls quelques pays n’ont pas enregistré d'augmentation majeure, parmi lesquels figurent l’Allemagne, les États-Unis, les Pays-Bas et la France.

Les ménages immigrés plus pauvres en France

Premier constat : le taux de pauvreté des immigrés en France est quatre fois supérieur à celui de la population majoritaire alors que le ratio est de deux pour l’ensemble des pays de l’OCDE. Il atteint 21,1 % contre 17,3 % en moyenne pour les immigrés de l'OCDE. « C’est particulièrement problématique en Belgique et en France où les ménages immigrés représentent plus de 10 % de l’ensemble des ménages », note le rapport.

« L’accès au marché du travail est un facteur majeur contribuant à limiter le risque de pauvreté, même si avoir un emploi ne suffit pas toujours à protéger contre ce risque, surtout dans les ménages avec enfants », insiste-on. Alors que l’emploi constitue « la principale source de revenu de la plupart des migrants », leur taux de chômage est de 14,5 % (six points de plus que pour les autochtones) contre 11,9 % en moyenne dans l'OCDE.

44,4 % d'entre eux sont frappés par le chômage longue durée (8,3 % de plus que les natifs), loin des 32 % affichés pour l’OCDE. Leur situation s'est même particulièrement aggravée en raison de la crise économique, dont les migrants en sont les premières victimes.

« En outre, une fois qu’ils se retrouvent au chômage, l’absence d’un réseau social fiable peut entraîner des difficultés susceptibles de les exposer au risque de pauvreté chronique », indique le rapport.

Une immigration principalement familiale en France

« Les migrants de travail sont toujours mieux placés sur le marché du travail que ceux entrés pour des raisons familiales ou humanitaires », lit-on. C’est justement l'immigration pour raisons familiales qui prédomine en France (26 %). Les études sont la seconde raison de la venue des immigrés en France (8 %), faisant de l’Hexagone le pays où on compte le plus fort effectif d’étudiants en proportion de la totalité des immigrés après le Royaume-Uni (14 %).

Outre-Manche, comme au Canada ou en Allemagne, des mesures visant à attirer des immigrés qualifiés sont promues, ce qui leur permet d’afficher des résultats similaires au reste de la population quant à leur niveau d’éducation. Dès lors que le niveau de qualification des immigrés est élevé, leur accès au marché de l’emploi est meilleur, tout comme la qualité des postes occupés. Plutôt, il est sensé l'être. En France, constat est fait dans le rapport que même le taux d'emploi des immigrés hautement qualifiés est inférieur de 7,5 % à celui des natifs ayant les mêmes compétences.

Le succès des descendants d'immigrés « constitue bien souvent la référence de toute intégration réussie de leurs parents ». Cependant, leur taux de chômage est de 15,6 % en France contre 13,8 % en moyenne dans l'OCDE.

Les filles d'immigrés tirent cependant leur épingle du jeu puisque 43,1 % d'entre elles décrochent des diplômes de l'enseignement supérieur, presque autant que les filles de natifs français (47,9 %) et largement mieux que la moyenne de l'OCDE (35 %). Seuls 26 % des garçons d'immigrés réussissent à en faire de même contre 37,8 % des descendants de natifs mais le chiffre correspond à la moyenne de l'OCDE.

Plus exposés aux discriminations

Les disparités entre migrants et natifs ne s’expliquant pas uniquement par le niveau d’éducation, l’âge ou encore les revenus, l’OCDE relève aussi le facteur des discriminations.

La France occupe la quatrième place sur le sentiment de discrimination perçu par les immigrés après la Grèce, l'Autriche et les Pays-Bas. Dans l’ensemble des pays, ce sont les migrants d’origine subsaharienne qui déclarent le plus souvent avoir été discriminés (27 %), suivis des personnes originaires d’Afrique du Nord (22 %) et d’Amérique latine et d’Asie (22 %).

« Des postulants originaires d'un pays d'Afrique subsaharienne ont dû écrire quatre fois plus de lettres de candidature que les postulants d'origine française pour obtenir un entretien », rapporte ainsi l’enquête. « Il est crucial, si l’on veut promouvoir l’intégration au sens large, de s’attaquer au problème de la discrimination. D’un point de vue économique, la discrimination ethnique se traduit par un gaspillage de ressources (à savoir les compétences des migrants) et par une répartition non optimale des biens, des services et des opportunités. »

« Une participation active des immigrés et de leurs enfants au marché du travail et plus généralement à la vie de la cité est en effet une condition nécessaire pour assurer la condition sociale de la société d’accueil ainsi que pour garantir l’autonomie de ces populations et faciliter l’acceptation de nouveaux migrants par l’opinion publique », lit-on également plus haut.

Encore faut-il que les responsables politiques des Etats, en l’occurrence la France, veuillent véritablement aider les migrants et leurs descendants à mieux trouver leur place dans la société, à l’heure où la crise creuse les inégalités et sert de prétexte pour alimenter des faux débats polémiques sur l’immigration quand celle-ci est un atout pour les pays de l'OCDE.





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