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Cinéma, DVD

« L’Ordre et la Morale » : le militant et le gendarme

Rédigé par Agnès Noël | Mardi 22 Novembre 2011

Le dernier film de Mathieu Kassovitz réveille un souvenir oublié de l’histoire française : l’affaire de la grotte d’Ouvéa en Nouvelle-Calédonie.



« L’Ordre et la Morale » : le militant et le gendarme
Le dernier film de Mathieu Kassovitz réveille un souvenir oublié de l’histoire française : l’affaire de la grotte d’Ouvéa en Nouvelle-Calédonie.

Un homme hagard chemine entre des corps ensanglantés et des hommes en treillis. Les corps ensanglantés sont ceux d’indépendantistes kanaks tués par l’armée française lors de l’affaire d’Ouvéa. Le premier plan de L’Ordre et la morale donne le ton. En avril 1988, trente gendarmes sont pris en otage (et quatre autres tués) par des militants kanaks.

Pas moins de 300 militaires sont envoyés par la métropole pour rétablir l’ordre. Des négociations sont engagées mais échoueront. L’affaire se soldera par un assaut de l’armée qui fera 19 morts parmi les preneurs d’otage et 2 parmi les militaires.

L’ordre et la Morale, de Mathieu Kassovitz, a commencé à susciter la polémique avant même sa sortie le 16 novembre : le distributeur du film en Nouvelle-Calédonie a finalement préféré ne pas le diffuser et Bernard Pons, l’ancien ministre des DOM-TOM, incarné à l’écran, expliquait au quotidien Les Nouvelles Calédoniennes qu’il éprouvait « indignation, tristesse et étonnement » à la vue de ce film qu’il estime partial et contraire à la réalité.

Ce long-métrage, Mathieu Kassovitz y pense depuis dix ans, depuis sa lecture du livre de Philippe Legorjus, le capitaine du GIGN envoyé sur place pour négocier avec les rebelles et qui finalement les « trahira ».

Bonne surprise, outre son intérêt historique, le film est une réussite formelle, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps à l’auteur de La Haine. On voit donc Philippe Legorjus (incarné par Kassovitz lui-même, impeccable), sorte de prototype du soldat modèle, débarquer en Nouvelle-Calédonie, essayer de comprendre ce qui s’est passé et être confronté au débarquement de l’armée qui visiblement se croit encore en Algérie.

Enjeu politique

On découvre, à sa suite, le peuple kanak, ses coutumes, ses revendications et l’amertume cachée derrière les vignettes exotiques d’hommes costauds en paréos. On y croise aussi quelques personnages décalés, tel ce substitut du procureur un peu lunaire qui décide de s’improviser négociateur, ou surjoués, comme certains militaires qui en font beaucoup dans le personnage du raciste de service. Ils ont quelques excuses, une grande partie des acteurs, kanaks ou militaires, étant amateurs.

Legorjus va rencontrer les preneurs d’otages et leur dirigeant, Alphonse Dianou (l’acteur est amateur et par ailleurs cousin du personnage historique). Les deux hommes, l’idéaliste, se battant pour la liberté de son peuple, et le professionnel, essayant de privilégier le dialogue, vont se témoigner une certaine estime et essayer de trouver un terrain d’entente.

Mais la prise d’otage, nouée entre les deux tours de l’élection présidentielle, devient un enjeu politique, prétexte pour le camp du candidat Chirac à montrer sa fermeté, tandis que Mitterrand s’en mêle peu. Le sort est déjà jeté. D’autant, explique Alban Bensa, anthropologue spécialiste de la Nouvelle-Calédonie et directeur d’étu­des à l’EHESS que « toute la question kanake a été vue à travers le prisme algérien. Il y a eu clairement du côté des autorités militaires de l’époque une volonté de revanche dans cette histoire ».

La mise en scène est soignée, sobre, mis à part quelques effets, comme un spectaculaire flash-back se déroulant sous nos yeux, ou une négociation filmée comme une partie d’échecs. Pour être des exercices de virtuosité, ces éléments n’ajoutent rien au propos du film qui nous apprend, par exemple, qu’en 1988 les premiers habitants de la Nouvelle-Calédonie ne disposaient que de 10 % des terres de leur archipel, au sein de « réserves » exiguës.


L’Ordre et la Morale, de Mathieu Kassovitz (2 h 16), avec Mathieu Kassovitz, Iabe Lapacas, Malik Zidi, Alexandre Steiger, Daniel Martin, Philippe torreton, Sylvie Testud.
En salles le 16 novembre.






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