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Société

Débat sur l’islam : le CFCM, inquiet des dérives, tourne le dos à l'UMP

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Jeudi 17 Mars 2011

Non au débat sur l’islam. Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a réitéré publiquement, jeudi 17 mars, son intention de ne pas participer au débat sur l’islam, annoncé depuis quelques semaines par l’UMP, et s’est fait le porte-parole des musulmans « traités comme des boucs émissaires », selon les termes du CFCM. Toutefois, l'instance n’appelle pas ces derniers, libres dans leurs choix politiques, à quitter l’UMP.



Le CFCM a indiqué, jeudi 17 mars, sa non-participation au débat controversé sur l'islam.
Le CFCM a indiqué, jeudi 17 mars, sa non-participation au débat controversé sur l'islam.
Leur entretien avec le ministre de l'Intérieur et des Cultes Claude Guéant, mercredi 16 mars, n’a pas suffi à rassurer le CFCM. Les dérives se multipliant, l’instance a pris la décision de ne pas participer au débat « mal engagé » sur l’islam initié par le président de la République le 5 avril.

« Nous n'y avons pas été formellement invités et nous voulons rester cohérents dans notre position. Nous respectons le choix de l'UMP et nous demandons que notre position soit comprise et respectée », a déclaré Mohammed Moussaoui, président du CFCM lors de la conférence de presse du jeudi 17 mars. Celui-ci a fait part de « l'incompréhension face à ce traitement disproportionné des questions liées à la pratique religieuse musulmane, alors même que ces questions ne sont pas les plus prioritaires pour les Français dans leur ensemble ».

Le CFCM dénonce mais n’appelle pas à sanctionner l’UMP

« Les musulmans de France en ont marre d'être les boucs émissaires des problèmes de la société », s'est exclamé Anouar Kbibech, secrétaire général du CFCM. « Ils veulent être traités comme des citoyens à part entière et non comme des citoyens entièrement à part ».

Assurément, le plus remonté d’entre les membres du CFCM présents est Abdallah Zekri, ex-membre de l’UMP qui a appelé – en son nom propre – ses coreligionnaires encartés à quitter le parti. « Ceux qui sont en train de hurler aux loups risquent de mettre la cohésion sociale et le vivre-ensemble en danger. (…) Ce n’est pas en attaquant les musulmans qu’on va récupérer des voix », a-t-il martelé, n’hésitant pas à qualifier le débat d’« écœurant » et d'« arnaque politique ».

Toutefois, M. Moussaoui préfère rester tempéré dans ses propos, car l’initiative est « organisée dans un cadre strictement partisan ». « Le CFCM est une instance religieuse apolitique et n’a pas à appeler ni à applaudir un parti politique. (…) Nous ne sommes pas mandatés pour dicter les choix politiques » des musulmans, « qui sont pluriels dans leur orientation politique », a-t-il déclaré aux journalistes.

Une mise au point nécessaire

Construction de lieux de culte, minarets, formation des cadres religieux, mixité dans les piscines, menus halal dans les cantines…, le CFCM a pris les devants en balayant plusieurs sujets à la fois qui devraient être abordés par l’UMP. Seule l’interdiction des prêches en arabe, souhaité par Jean-François Copé, secrétaire général du parti majoritaire, passera à la trappe le 5 avril, M. Guéant ayant jugé cette proposition « anticonstitutionnelle ».

Ainsi, concernant les mères voilées accompagnant leurs enfants, le CFCM a annoncé vouloir rencontrer le ministère de l’Education. « Le fait de limiter ou d’interdire les sorties est pour nous incompréhensible », a souligné Haydar Demiryurek, vice-président de l'institution.

Face aux polémiques entourant les prières de la rue, le CFCM a souligné le fait qu’elles ne « concernent aujourd'hui, en étant très large, que moins d'une dizaine de lieux de culte au niveau national et les personnes qui se trouvent contraintes de prier dans la rue ne le font pas de gaieté de cœur ».

Les musulmans en adéquation avec la laïcité

Quant aux menus dans les cantines scolaires, le président du CFCM plaide pour des « repas sans viande » et dément « une volonté des musulmans que des menus halal soient systématiquement mis dans leurs écoles ».

« Les musulmans de France ne demandent que l'application de la loi, ni plus ni moins. Ils ne demandent pas de financements de lieux de culte non prévus par la loi », a déclaré M. Moussaoui. La laïcité est « une chance pour les musulmans de France (...) puisqu’elle place tous les citoyens dans une stricte égalité de droits et de devoirs, indépendamment de leurs convictions religieuses ou philosophiques », a-t-il ajouté.

Mais les musulmans se sentent marqués aujourd'hui au fer rouge. « Le droit à l’indifférence » ne leur sera pas accordé de sitôt.







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