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Société

Connecting Actions, la contre-attaque du vivre-ensemble

Rédigé par Samba Doucouré | Lundi 28 Novembre 2016

Le symposium Connecting Actions, qui s'est déroulé du 23 au 25 novembre à Paris, a réuni des acteurs européens du dialogue interculturel et interreligieux. Une rencontre émaillée de débats et d'échanges de bonnes pratiques organisée dans l'urgence afin de répondre à la montée des extrêmes en Europe.



Emmanuel Michel (Coexister), Rafaël Tyszblat et Ilja Sichrovsky (MJC) lors du symposium consacré au dialogue interreligieux et interculturel à la FIAP Jean Monnet. ©Saphirnews/S.Doucouré.
Emmanuel Michel (Coexister), Rafaël Tyszblat et Ilja Sichrovsky (MJC) lors du symposium consacré au dialogue interreligieux et interculturel à la FIAP Jean Monnet. ©Saphirnews/S.Doucouré.
Dix jours après la première commémoration des attaques de Paris et de Saint-Denis, une vingtaine d'organisations, originaires de 13 pays pour la plupart européens, se sont réunis pour un symposium consacré au dialogue citoyen interculturel et interreligieux. Toutes ces associations et collectifs ont pour point commun de travailler chacun à leur échelle sur la question épineuse du dialogue entre communautés. Du 23 au 25 novembre, ils se sont retrouvés à la FIAP Jean Monnet, un centre international de séjour fondé à Paris par des anciens résistants de la Seconde Guerre mondiale dans le but justement de « favoriser la rencontre et les échanges entre les jeunes et (de) lutter contre toutes les formes de discriminations ».

La Muslim-Jewish Conference (MJC), qui organise chaque année une rencontre internationale judéo-musulmane en Autriche est à l’origine de ce symposium. Pour Ilja Sichrovsky, secrétaire général de la MJC, Connecting Actions est une réponse face aux forces de divisions qui minent les relations entre communautés. « Nous voulons mettre en valeur les bonnes pratiques pour améliorer notre capacité à gérer des problèmes auxquels nous sommes tous confrontés », explique-t-il. Il estime en outre qu’il est important de rendre public ce type d’initiative afin de « rassurer les autres associations qui veulent être dans cette dynamique ».

Parmi les organisateurs, on retrouve aussi la Three Faith Forum (3FF), une structure qui crée des espaces d'échanges interreligieux en Grande-Bretagne. Tim Mortimer, son délégué, a souligné que la campagne du Brexit a révélé la fracture entre plusieurs pans de la société britannique qui vivent chacun dans des bulles, en autarcie. « Depuis 20 ans, nous travaillons au développement des relations durables entre les convictions religieuses. Nous sommes dans une période de craintes et cela m’a fait du bien d’être là », témoigne-t-il.

Surmonter le défi du dialogue entre communautés

Durant les trois journées du symposium, les associations ont débattu des manières d’entreprendre le dialogue. Une des questions essentielles aujourd'hui face à la montée des extrêmes est de combattre le racisme sans braquer les personnes. Rafaël Tyszblat, représentant de la MJC en France, annonce qu’« il y a eu des formations pour savoir utiliser des techniques de communication non violentes face à des personnes hostiles ».

Ozan Keskinkiliç de l’association berlinoise Salaam/Shalom : « Comment empêcher une victimisation supplémentaire lorsque nous demandons à ceux qui sont attaqués d’afficher de l’empathie envers leur oppresseur ? »

Il est cependant des sujets qui reviennent inlassablement sur la table lorsqu’on tente de faire dialoguer des communautés. Concernant les juifs et les musulmans, la question israélo-palestinienne est difficilement contournable. Ijla Sichrovsky raconte la démarche de la MJC à ce sujet : « Au début, on voulait des instances représentatives mais on s’est rendu compte qu’il fallait plutôt toucher des individus lestés du poids de leur communauté. On approche des individus qui seront des multiplicateurs. Ou alors on invite des associations qui font déjà le travail de dialogue pour se renforcer mutuellement. Elles nous disent qu’il ne faut pas importer ce conflit dans nos pays. » Vjekoslav Saje, secrétaire pour l’Europe de l’ONG United Religions Initiative (URI), a, quant à lui, rapporté son expérience en Bosnie-Herzégovine. Un groupe d’Israéliens et de Palestiniens ont entrepris un tour de son pays pour étudier les initiatives de paix, notamment comment juifs et musulmans cohabitent ensemble.

Le dialogue interculturel peut aussi faire traverser des zones de turbulences. Emmanuel Michel, délégué général de Coexister et co-organisateur de Connecting Actions, est revenu sur la polémique qui avait suivi la signature de l’appel « Nous sommes unis » lancé par l'association, qui s'est vu reprocher d’avoir fait signer « une partie du gratin de l’islam politique en France ». « Oui, il y a eu des polémiques mais on a eu réuni 80 personnes qui ne se parlaient pas forcément entre elles et il n’y a pas eu de problème », témoigne-t-il. Il précise néanmoins que Coexister s’est posé la question de la limite à partir de laquelle la structure acceptait ou non de dialoguer. Il avait été alors décidé que seraient exclus les individus ou groupes déjà condamnés pour racisme ou antisémitisme.

L’opération internationale 20/20 sur les rails

Les participants de Connecting Actions se sont félicités d’avoir pu aboutir, dès la première rencontre, à un accord sur deux actions concrètes à laquelle toutes les structures s’engagent à participer.

La première consiste en la création d’une plateforme collaborative en ligne. Elle aura pour but de permettre un partage des ressources humaines et de faciliter les échanges entre associations. La seconde action « 20/20 » est une opération internationale qui se tiendra à l’horizon 2020. L’idée est que, dans trois ans, un train ou une caravane du dialogue suive une constellation d’évènements interculturels à travers l’Europe. Plusieurs ateliers doivent se tenir d’ici là pour préciser les modalités et les contenus du circuit.






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