Connectez-vous S'inscrire

Société

Azouz Begag, victime de l’islamophobie médiatique ?

Robert Ménard et Elisabeth Lévy en cause

Rédigé par | Mardi 7 Mai 2013 à 10:15

           

Evincé de l'émission Hondelatte Dimanche sur la chaîne Numéro 23 depuis un débat sur l'islam fin février, l'ancien ministre Azouz Begag riposte ces derniers jours pour dénoncer la banalisation du racisme et l'islamophobie dans la sphère médiatique. Mais que s'est-il bien passé à ce débat ?



L'ancien ministre sous Chirac, Azouz Begag, en face à face avec le journaliste Robert Ménard lors de l'émission, en février, de Christophe Hondelatte sur l'islam.
L'ancien ministre sous Chirac, Azouz Begag, en face à face avec le journaliste Robert Ménard lors de l'émission, en février, de Christophe Hondelatte sur l'islam.
Azouz Begag a-t-il été écarté du talk-show Hondelatte Dimanche, diffusé sur Numéro 23, pour s’être opposé aux propos islamophobes du journaliste Robert Ménard ? C’est ce qu’affirme l’ancien ministre chargé de la Promotion de l'égalité des chances dans une interview accordée à Zaman France parue lundi 6 mai.

Azouz Begag était un des chroniqueurs du talk-show hebdomadaire animé par Christophe Hondelatte. Robert Ménard, connu pour avoir dirigé un temps Reporters sans frontières (RSF), y a été invité autour du thème « L'islam est-il soluble dans la République ? » avec, pour point de départ du débat, le sondage paru en janvier dernier soulignant un vif rejet de la religion par 74 % de Français.

« Un enfant sur deux naît musulman » dans le 9-3

Lors de ce moment de télé passé inaperçu mais diffusé le 17 février, ce dernier aurait dit « qu’en Seine-Saint-Denis naissaient plus de musulmans que de Français ! ». Des propos scandaleux au regard d'Azouz Begag. « J’ai demandé à Menard : mais comment savez-vous ça, vous avez des statistiques ? Il y a eu un énorme silence à l’antenne. Menard proférait des mots qui étaient pénalement répréhensibles et ils le savaient. Je suis persuadé que ma position d’attaquer les islamophobes m’a été préjudiciable », a-t-il déclaré.

Vérification faite par Saphirnews, des déclarations du type ont bien été faites (voir vidéo plus bas) à une nuance près. « Dans un département comme la Seine-Saint-Denis où un enfant sur deux qui naît est un enfant musulman », a dit plus exactement M. Ménard, appuyant ses dires sur « des statistiques de sociologues » relatives aux prénoms comme pour entretenir le sentiment d'une « invasion ». « Quand des minorités sont à ce point importantes dans certaines parties du territoire, ça leur fait peur (aux gens). On peut trouver cela déplorable, (...), reste que c'est comme ça », conclut-il. Ces propos qui arrivent en fin d’émission suivent un discours qui sent bon la stigmatisation.

L’islam, « pas une religion sympathique »

Le journaliste n’a en effet pas mâché ses mots à l’égard de la religion musulmane, qui aurait selon lui « un problème de fond ». Déclarant d'abord que « ce n’est pas une religion sympathique, Mahomet n’est pas un Prophète sympathique. Le Christ, quand il plaide pour l’amour, ça me parle plus qu’un type qui fait la guerre et qui tue dans la deuxième partie de sa vie bon nombre de gens » (4'12), il lie ensuite les atteintes aux droits de la femme en terres d'islam à la religion (6’28).

Dans ce registre, on remarquera aussi et surtout la polémiste Elisabeth Lévy, chroniqueuse de l'émission, qui n’a de cesse d’assimiler les jeunes de quartiers à des potentiels Mohamed Merah et de répéter que l’islam, « quand il est majoritaire », est « extrêmement intolérant ».

L’islam endure bien une mauvaise image auprès d’une majorité de Français, à en croire les sondages mais plutôt que de combattre les préjugés, ils sont aussi entretenus par des personnalités médiatiques à coup de propos caricaturaux qui témoignent d’une méconnaissance - voulues ou non - de l’islam.

Son licenciement officialisé « par sms »

Depuis cet épisode filmé il y a plusieurs semaines, Azouz Begag n’est plus le bienvenu à l’émission et n’aurait toujours pas obtenu les raisons officielles de son éviction par la chaîne ni par Christophe Hondelatte. Seulement un sms tout récent de l’animateur lui signifiant, selon l'ex-ministre, son licenciement par décision de la chaîne alors qu'ils se connaissent depuis « une quinzaine d'années ». « Je n’ai eu aucune explication officielle sur mon éviction. Je peux juste faire un lien entre cette éviction et l’émission elle-même », dit-il à Zaman.

Et s’en suit son constat sur la banalisation de l’islamophobie dans la sphère médiatique : « L’islamophobie est omniprésente. Les gens ne s’en préoccupent même plus. C’est absolument banalisé. Quand elle est rendu visible à la télévision, sans répercussions pour celui qui la diffuse, cela devient extrêmement grave. »

Azouz Begag a depuis été remplacé par le député européen Karim Zéribi, pas Elizabeth Lévy malgré ses trop nombreuses sorties litigieuses aux relents xénophobes. Dans le même temps, Hondelatte Dimanche se présente aussi comme « un talk-show vif, virulent, cru et sans langue de bois »« la parole est donnée, en toute liberté, aux acteurs et militants de tous horizons ». Numéro 23, qui a commencé à émettre en décembre 2012 et qui s'est positionné pour promouvoir la diversité, aurait tout intérêt à fournir des explications sur ce qui pourrait être l'affaire Begag pour clarifier sa position.




Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur



SOUTENEZ UNE PRESSE INDÉPENDANTE PAR UN DON DÉFISCALISÉ !