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Société

Avignon : les musulmans en colère face aux cuves en béton imposées par la mairie pour leurs morts

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mercredi 6 Juin 2012

Les musulmans d’Avignon n’en reviennent pas d’avoir été mis devant le fait accompli. La municipalité a imposé l’inhumation de défunts musulmans dans des cuves en béton avec fond, construites sur les emplacements qui leur sont réservés. Une décision prise sans concertation avec la communauté musulmane locale, qui n'a même pas été informée au préalable du projet. Face à l’ampleur que prend le scandale, une réunion convoquée d’urgence va se tenir ce jeudi 7 juin entre le représentant des musulmans d’Avignon et la député-maire UMP de la ville, Marie-Josée Roig, en présence notamment du président du Conseil français du culte musulman (CFCM) Mohammed Moussaoui.



A Avignon, la construction de cuves en béton sans fond pour inhumer les morts met les musulmans en colère, d'autant que ce projet a été validé sans aucune concertation avec la communauté musulmane.
A Avignon, la construction de cuves en béton sans fond pour inhumer les morts met les musulmans en colère, d'autant que ce projet a été validé sans aucune concertation avec la communauté musulmane.
Stupéfaction à Avignon, dans le Vaucluse. Depuis une dizaine de jours, la mairie est au cœur d’un scandale qui agite la communauté musulmane. Imaginez vous rendre dans le carré musulman de votre commune, découvrir des rangées entières de cuves de béton dans les emplacements dédiés à l’inhumation de corps et apprendre que ce sera dans l’une de ces cuves que sera enterré votre défunt, au mépris des rites religieux. C’est la mauvaise surprise qu’ont eu des membres de la communauté musulmane avignonnaise, lors de visites inopinées récentes dans le carré musulman du cimetière de Montfavet.

Choquée par une telle initiative de la mairie, qui n’a pas pris la peine d’informer les musulmans avant la mise en place du projet, les représentants des mosquées et des associations d’Avignon et du Pontet se sont constitués en collectif dimanche 1er juin pour dénoncer la décision unilatérale de la député-maire Marie-Josée Roig.

« Le collectif affirme aujourd’hui, sans ambiguïté, et cela à la lumière des connaissances de nos érudits et de nos imams, que ce principe d’inhumation en cuve est illicite et contraire aux règles qui régissent le rite funéraire musulman. Le collectif exige l’arrêt immédiat des travaux suivi du démantèlement des cuves mises en place et l’abrogation urgente de cette décision municipale », explique-t-il dans un communiqué rendu public lundi 4 juin. « Nous disons aujourd’hui toute notre stupéfaction et notre colère face à de telles dispositions et leurs procédures d’application. »

Face au scandale, la mairie affiche ses contradictions

Joint au téléphone mercredi 6 juin, Abderrahmane Bouaffad, président du centre Shatibi d'Avignon et porte-parole du collectif, a fustigé le projet de la mairie, décidé « sur le dos des musulmans » et qui n’a même pas fait l’objet « d’un arrêté municipal ni d’un débat au sein du conseil municipal ». Ces cuves, qu’il qualifie de « boites à sardines en béton », sont recouvertes « au fond d’une couche de pouzzolane », un absorbant composé de roche volcanique « alors même que le défunt doit reposer sur la terre », assure-t-il.

Pour calmer le jeu, la mairie réaffirme que ces cuves sont sans fond et a tenté de justifier son action en déclarant avoir reçu un accord de Karim El Moussaoui, président de l’Association Fraternité Solidarité (AFS), une association musulmane du Pontet. Or, « contrairement à ce qui a été annoncé, Karim El Moussaoui, n’étant en charge d’aucune responsabilité de président de l’Association Fraternité et Solidarité, atteste n’avoir jamais signé de document relatant le principe d’une pose de cuves bétonnées et n’avoir jamais été impliqué de près ni de loin dans une telle démarche partenariale. Nous lui apportons tout notre soutien et devant de telles contre-vérités, nous lui manifestons toute notre solidarité », a déclaré le collectif.

La municipalité s’est alors tournée vers Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), qu’elle assure avoir consulté et dont elle aurait obtenu « l’entière adhésion ». La réaction ne s’est pas faite attendre de la part de l’intéressé. M. Moussaoui a indiqué, lundi 4 juin par communiqué, que ni lui ni le Conseil régional du culte musulman (CRCM) PACA n'avaient été contactés avant le 31 mai sur ce sujet, soit après qu’a éclaté le scandale.

Lorsqu’il a été contacté par la municipalité d’Avignon « pour lui faire part des problèmes liés à l’utilisation des cuves de béton dans le cimetière de Montfavet, en lui précisant qu’il s’agissait d’une pratique adoptée dans des cimetières d’autres communes avec une adaptation pour le carré musulman consistant à laisser la cuve sans fond de sorte que le cercueil soit au contact avec la terre », M. Moussaoui avait alors déclaré, « sans évoquer en aucun moment les autres aspects du dossier, que si les cuves sont sans fond et que (…) les autres dispositions rituelles habituelles sont respectées, il n’y voyait pas d’incompatibilité avec les prescriptions religieuses concernant le traitement des sépultures musulmanes ».

Une réunion convoquée d’urgence

« Le CFCM et les CRCM sont les interlocuteurs des pouvoirs publics sur toutes les questions cultuelles musulmanes ; et à ce titre, il déplore qu’ils n’aient pas été associés à la réflexion avant la prise des décisions et la mise en œuvre de celles-ci », déplore le CFCM, qui a demandé la tenue d’une réunion entre le CRCM-PACA et la mairie d’Avignon en vue de trouver des solutions au conflit qui oppose les musulmans de la ville et leur maire.

Une demande exaucée puisque Mme Roig − qui a décidé voilà des mois de ne pas briguer un nouveau mandat de député − a accepté une rencontre avec M. Moussaoui, Khalid Belkhadir, président du CRCM PACA, et M. Baffouad ce jeudi 7 juin dans l’après-midi. La mairie a également annoncé l’ouverture d’un nouveau carré musulman, qui sera soumise à la discussion lors de la réunion « afin de permettre également la poursuite d’inhumations sans cuve ». Des explications sont tout de même grandement attendues.







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