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Société

Strasbourg : les musulmans obtiennent un cimetière public inédit en France

Un exemple du dialogue institutionnel

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Lundi 6 Février 2012

Le premier cimetière public musulman de France est ouvert à Strasbourg depuis lundi 6 février. Un cimetière unique en son genre, car il est le premier à être géré par une collectivité locale, en vertu du concordat d'Alsace-Moselle de 1801, qui n'existe pas ailleurs en France. Retour sur la cérémonie d’inauguration, où les discours ont précédé la visite du cimetière et la plantation d'un arbre, preuve de la très bonne santé des relations entre la municipalité et la communauté musulmane.



Le premier cimetière public musulman de France est ouvert à Strasbourg depuis lundi 6 février. © Ville de Strasbourg  Ernest LAEMMEL
Le premier cimetière public musulman de France est ouvert à Strasbourg depuis lundi 6 février. © Ville de Strasbourg Ernest LAEMMEL
Un événement « historique pour la communauté musulmane d’Alsace et celle de tout l’Hexagone » ; « un moment symbolique fort dans l’histoire de la communauté musulmane de France ». Ce sont les mots prononcés respectivement par le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Mohammed Moussaoui, et le maire de Strasbourg, Roland Riès, à l’inauguration du premier cimetière public musulman de la ville.

Moins de trois ans se sont écoulés entre la signature, en octobre 2009, de la convention entre la ville et le CRCM Alsace portant sur la création du cimetière ; le vote à l’unanimité, en juin 2010, du conseil municipal puis le lancement des travaux en septembre 2011.

La cérémonie d’inauguration s'est enfin déroulée lundi 6 février sous un ciel bleu, en présence de l’adjoint au maire délégué aux cultes, Olivier Bitz, et de l’adjointe chargée de l'état civil, Anne-Pernelle Richardot ainsi que les représentants des cultes catholique, protestants, juif, orthodoxe et bouddhiste, dont la présence « s’inscrit dans cette solidarité qui a toujours été au rendez-vous » avec les musulmans en Alsace-Moselle, selon le CFCM.

© Ville de Strasbourg  Ernest LAEMMEL
© Ville de Strasbourg Ernest LAEMMEL

Une demande historique des musulmans…

Signe de l’immense intérêt suscité par l’existence du nouveau site, la cérémonie a réuni entre 200 et 300 personnes, dont plusieurs dizaines de journalistes, malgré le froid glacial qui secoue la région. Toutefois, l'ambiance fut bel et bien chaleureuse.

Il faut dire que les musulmans attendaient cette nouvelle depuis longtemps. Les huit carrés musulmans existant depuis 1973 à Strasbourg, au sein de cimetières multiconfessionnels, sont tous saturés, conduisant de nombreuses familles à enterrer leurs défunts dans leur pays d’origine afin de respecter les rites funéraires islamiques. « En 10 ans, le nombre de personnes inhumées dans les carrés musulmans avait en effet doublé, passant d’une vingtaine par an en 1990 à une quarantaine par an, en 2000 », a informé M. Riès.

Pourtant, le choix du rapatriement est devenu douloureux et difficile, surtout pour les jeunes générations de musulmans qui ont fait leur vie en France. La saturation des carrés confessionnels, qui se généralise dans tout le territoire français, est « une réalité et une préoccupation majeure » pour le CFCM. « Alors qu’en fin 2008 on dénombrait à peine 70 carrés confessionnels musulmans dans les cimetières communaux, aujourd’hui nous avons dépassé les 200 carrés », fait savoir M. Moussaoui.

Pour les familles musulmanes strasbourgeoises désireuses de se recueillir en France, le cimetière est une véritable étape supplémentaire vers leur intégration par la terre. « L’intégration ne se décrète pas, elle se construit pas à pas, petit à petit, et sur le long terme », précise à juste titre Mme Richardot.

Aménagé dans le sud de la ville, sur un terrain de plus d'un hectare, le nouveau cimetière pourra accueillir près d'un millier de sépultures toutes orientées vers La Mecque, une condition sine qua non pour l’enterrement dans les règles d’un musulman. Un espace spécifique a été aménagé pour la prière et l’accueil des familles endeuillées avec des salles équipées pour les ablutions. Une extension, en prévision d’une forte demande dans les prochaines années, est même prévue si nécessaire.

« Cette tendance est un signe fort d’appartenance à une communauté de destin », déclare M. Moussaoui, qui déplore l’attitude de « certaines municipalités » qui n’ont « pas encore complètement intégré le fait que de plus en plus de musulmans souhaitent être inhumés en France. Qu’il s’agisse de ceux qui sont nés en France ou de ceux qui ont fait le choix de reposer à leur mort sur cette terre qui les a accueillis et adoptés ».

… encouragée par la mairie et facilitée par le concordat

La gestion municipale du cimetière et le financement public apporté pour celui-ci à hauteur de 800 000 € ne sont possibles nulle part ailleurs, en vertu du concordat de 1801 en vigueur uniquement en Alsace-Moselle.

L’islam n’est pourtant pas reconnu par ce système juridique, qui régit les relations entre les religions (catholique, protestante et israélite) et l’Etat. Mais c’est au nom de l’égalité de droit et de devoirs entre les cultes, selon la mairie, que des facilités du concordat ont été accordées aux musulmans pour pratiquer dignement leur culte, qui a notamment permis d'apporter une aide publique financière pour la construction de la Grande Mosquée de Strasbourg. A la grande satisfaction du président du CRCM, Erkin Acikel, et du président sortant, Driss Ayachour, qui travaillent activement pour l’intégration du culte musulman dans le paysage local. « La demande des musulmans pour un cimetière était forte car légitime ; mais sans la volonté politique de la mairie, rien de tout cela n’aurait pu être possible », nous déclare M. Ayachour.

Pour sceller les bons rapports entre les deux parties, un cèdre du Liban a été planté au sein du cimetière en place de la découpe du traditionnel ruban.

Un dialogue institutionnel au beau fixe à Strasbourg

« Strasbourg voit simplement sa tradition de coexistence harmonieuse des différentes communautés religieuses évoluer avec l’intégration progressive, dans l’espace public, de nos concitoyens de confession musulmane, issus d’une immigration plus récente. Et ce vivre-ensemble concerne toutes les étapes de la vie, de la naissance à la mort », a sobrement déclaré le maire.

Par-dessus tout, M. Moussaoui rend hommage au « bel exemple d’un dialogue constructif et fructueux entre la communauté musulmane de Strasbourg et les autorités locales de la ville », qui a permis d’aboutir à la création de ce cimetière, et espère que cet exemple appellera à « d’autres initiatives louables pour renforcer le vivre-ensemble et la cohésion nationale ».








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