Connectez-vous S'inscrire






Société

Au Festival de la fraternité, la lutte contre les injustices comme préalable au vivre ensemble

Rédigé par | Mercredi 5 Juillet 2017

Saint-Denis a accueilli, samedi 1er juillet, le premier festival de la fraternité de Seine-Saint-Denis. Retour sur cette journée que les organisateurs espèrent réitérer afin de visibiliser les actions qui concourent à une société plus juste et fraternelle.



Le Festival de la fraternité a été organisé samedi 1er juillet à Saint-Denis, sous la houlette de plusieurs responsables associatifs et élus locaux comme Aline Archimbaud (au pupitre), sénatrice en Seine-Saint-Denis.
Le Festival de la fraternité a été organisé samedi 1er juillet à Saint-Denis, sous la houlette de plusieurs responsables associatifs et élus locaux comme Aline Archimbaud (au pupitre), sénatrice en Seine-Saint-Denis.
Avec l’Observatoire de la fraternité, « rendre visible toutes les pratiques d'actions de mobilisations de vivre ensemble et de lutte contre les divisions, (…) de les encourager et de les sortir de leur isolement ». La sénatrice Aline Archimbaud y a donné du sien à la Bourse du travail de Saint-Denis, où a été organisé, samedi 1er juillet, le premier festival de la fraternité de Seine-Saint-Denis.

A la manœuvre donc, l’Observatoire de la fraternité, lancé début 2016 après une année marquée par les attentats à Paris à l'initiative d'élus séquano-dyonisiens dont fait partie Aline Archimbaud. « Nous souhaitons refuser les amalgames et la stigmatisation de certains de nos concitoyens dont les musulmans et, plus globalement, les étrangers et les personnes issues de l'immigration » mais aussi « toute forme de complaisance vis-à-vis des discours extrémistes », indique-t-elle devant un auditoire attentif, au bout d’une journée ponctuée de plusieurs débats sur l’immigration, la laïcité et ses dérives ou encore le mal-logement.

Anina Ciuciu et Lassana Bathily au Festival de la fraternité à Saint-Denis.
Anina Ciuciu et Lassana Bathily au Festival de la fraternité à Saint-Denis.

L’empowerment pour faire vivre la fraternité

Pour faire vivre la fraternité – sans effacer la diversité des personnes et des organisations, insiste-t-on - « les habitants ne peuvent pas tout attendre d'en haut », appuie la sénatrice, qui se félicite du grand nombre d'initiatives diverses concourant à la lutte contre les discriminations et à la promotion du vivre ensemble mais qui ont besoin d'être mieux connues.

A l’entrée de la Bourse du travail, le visiteur est déjà happé par une exposition « Les Roms ont des droits ! », qui vient dézinguer des préjugés contre cette minorité maltraitée à travers l’Europe. Car « donner sens au vivre ensemble et protéger les plus fragiles impose l’égalité des droits et la lutte contre les injustices et les discriminations », rappelle-t-on. Cette lutte, c’est ce à quoi Anina Ciuciu, aujourd’hui élève avocate, a choisi de consacrer sa vie.

Du haut de ses 27 ans, l’auteur Je suis tzigane et je le reste, paru en 2013, raconte, en qualité de grand témoin dans le cadre du festival, les discriminations et le racisme vécus d’abord en Roumanie où elle est née, puis dans un immense bidonville à Rome où sa famille a malencontreusement échoué avant leur « installation » - des plus difficiles - en France. « Mon père a fait le choix de quitter son pays pour offrir un avenir digne à ses enfants. (…) Nous avons dû survivre en perdant toute dignité. Nous avons été obligés, parce que nous n'avions pas le droit de travailler, à nous humilier, à mendier », raconte-t-elle. C’est une rencontre, celle avec une institutrice, qui changera la trajectoire de la vie des Ciuciu, et d’Anina en particulier, devenue un symbole d'intégration des Roms en France.

« La fraternité, c'est ce que nous pouvons faire nous-mêmes »

Avant elle, c’est Lassana Bathily, passé du statut de suspect à héros après l’attentat de l’HyperCasher en janvier 2015, qui racontait son parcours du combattant pour l'intégration avant sa naturalisation en 2015. Lui qui a failli être expulsé de France en 2009 est aujourd’hui Français.

Mais tous les migrants n’ont pas cette chance en France. « Il y a bien une fraternité à deux vitesses en France », affirme René Dahon, représentant de la Roya citoyenne, qui vient en aide à des migrants près de la frontière italienne. Une action réprimée en France. René Dahon en a d'ailleurs fait les frais : avec d’autres personnes de son association, il a été condamné fin juin à 800 euros d’amende avec sursis pour avoir apporté son soutien à six migrants en détresse. « On a tâté la justice française et elle est à pleurer », témoigne-t-il.

« Pour nous, acteurs sociaux, la fraternité, c'est ce que nous pouvons faire nous-mêmes », lance pour sa part Nicolas Ott, cofondateur de l'association Intermèdes Robinson, composée d’éducateurs qui opèrent dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, les bidonvilles et hôtels sociaux du nord de l'Essonne.

Lutter contre les injustices, préalable à la fraternité

La fraternité est aussi conditionnée par la nécessité de la sécurité pour tous. Alors face aux violences policières et aux contrôles au faciès qui touchent trop souvent les personnes issues de l'immigration, quelles solutions ? C’est avec ce débat que se clôture le festival, avec la présence de Farid El Yamni dont le témoignage a ému la salle. « Je suis désolé de n'avoir que la haine de l'injustice », raconte celui dont le frère Wissam est mort à Clermont-Ferrand en 2012. Une affaire qui a failli s’acheminer, cinq ans après, vers un non lieu jusqu’à récemment.

A ses côtés, Flavien Benaget, secrétaire général du syndicat FSU police, n'évoquera pas le récépissé comme première piste crédible de solution mais reconnait un problème de formation des policiers et plaide pour le retour de la police de proximité pour renouer les liens police-populations. Des paroles… mais à quand l’action ? Pour Farid, « la question n'est pas quelles sont les solutions mais quelles sont les solutions pour faire appliquer les solutions », en vient-il à conclure, à force de participer à des débats similaires.

« Au-delà des débats, on veut des actions alors rejoignez-nous à l'Observatoire. C'est peut-être de l'utopie mais au moins, on regardera nos enfants et on dira qu'on a essayé », lance alors la présidente de l'association Zonzon 93 Laetitia Nonone. Le premier rapport de l’Observatoire de la fraternité, prochainement en ligne, se veut collaboratif. Les citoyens, porteurs d'associations et d'initiatives, sont appelés à y participer.



Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur



Loading














Recevez le meilleur de l'actu