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#1AnAprès

Aslam Timol : Ce que nous voulons aujourd’hui, c’est contribuer à inventer le monde de demain

Rédigé par Aslam Timol | Jeudi 21 Janvier 2016

Un an après les premiers attentats qui ont bouleversé la société française, que faut-il retenir de ces funestes événements et de leurs conséquences ? Quels messages promouvoir et que préconiser pour construire une société meilleure ? Le point sur Saphirnews avec Aslam Timol, économiste et délégué général de la Grande Mosquée de Saint-Denis de La Réunion.



Aslam Timol est économiste et délégué général de la Grande Mosquée de Saint-Denis de La Réunion.
Aslam Timol est économiste et délégué général de la Grande Mosquée de Saint-Denis de La Réunion.
Comment doit réagir cette partie de la population française qui est de confession musulmane ? Cette question, qui est en réalité une demande, émane principalement des autres Français, non musulmans. Elle exige une réponse qui va bien au-delà de celles qui sont communiquées traditionnellement par les autorités musulmanes et qui se résument pour l’essentiel à des excuses et à des justifications qui ne satisfont personne : depuis des siècles, l’islam et les musulmans sont mal compris ; ne confondons pas les quelques pauvres d’esprit égarés qui torturent, tuent et violent prétendument au nom de la religion avec le milliard de croyants qui ne demandent que la paix et la sécurité pour eux-mêmes et leurs enfants, qui pratiquent leur religion paisiblement et n’ont rien à voir avec ces assassins qui opèrent sous les divers masques d’Al Qaïda, Daesh, etc.

Fort bien. Tout cela ne souffre guère de discussion lorsque, évitant les regards, nous chuchotons entre nous, de crainte d’être pris pour des sympathisants de ces terroristes dont les victimes sont essentiellement des musulmans qui refusent de se soumettre à leur vision tellement rétrograde que seuls des faibles d’esprit y adhèrent. Une fois proclamée notre détestation, notre dégoût des dernières tueries et quelquefois, pour certains, notre honte, en tout cas notre réprobation et notre condamnation, que dire ? Que faire ?

Cessons d’être spectateurs et devenons acteurs

D’abord dire ceci : nous sommes des citoyens français. Des citoyens français qui font partie intégrante d’une République libre et moderne. Oui, cette République a commis des erreurs, parfois sanglantes. Mais cela ne doit en aucun cas nous empêcher de lui témoigner notre reconnaissance de nous avoir accueillis sur cette terre qui est devenue la nôtre.

Nous avons donc une responsabilité particulière vis-à-vis de notre mère patrie. La responsabilité, en particulier, de venir en aide aux plus faibles des nôtres qui n’ont pas réussi à se faire une place dans cette société. Comment ? En mobilisant celles et ceux qui ont la chance d’avoir les capacités intellectuelles et/ou financières. Pour qu’ils s’engagent, sans tarder, à mettre leurs compétences et leurs moyens au service de cette jeune génération en quête d’avenir et à lui ouvrir de nouvelles perspectives.

L’oisiveté et la pauvreté sont une aubaine pour ceux qui n’ont de cesse de nourrir l’énergie de ces jeunes avec des munitions mortelles pour les autres et pour eux-mêmes. Nous le constatons quotidiennement. Cessons d’être spectateurs et devenons acteurs.

Déclenchons un plan ORSEC économique et social

Oui, nous, musulmans français, bâtissons un projet ambitieux, réaliste qui sera utile à nos jeunes, à l’ensemble de la société française et à ses dirigeants qui, depuis des décennies, n’ont pas pu ni pas su s’attaquer aux problèmes. La tâche est lourde. Nous en sommes conscients. Comme nous mesurons les enjeux et les bénéfices que nous en tirerons. Il nous revient de déclencher ce plan ORSEC économique et social.

Oui, prenons à bras-le-corps les problèmes auxquels doivent faire face nos jeunes. Parce que nous sommes les mieux placés, parce que nous connaissons et partageons leurs réalités, parce que nous en avons les compétences. Parce que ce sont, de près ou de loin, nos enfants. Faisons taire les détracteurs de notre religion en prenant nos responsabilités. La solution n’est pas de changer de religion ni de nom. Elle est de faire honneur à notre pays et à notre foi.

À nous d’avoir le talent et l’énergie pour mobiliser

C’est pourquoi nous proposons de préparer un vaste plan éducatif et de créations d’emplois pour faire naître une nouvelle génération, dans le respect des principes de notre pays.

Plus concrètement, le plan sur lequel nous entendons travailler consisterait à créer une nouvelle classe d’entrepreneurs et de professionnels. Il nous faut établir un fonds d’investissement de quelques dizaines de millions d’euros. Cette levée de fonds sera difficile mais elle est réalisable. À nous d’avoir le talent et l’énergie pour mobiliser les contributeurs potentiels et il y en a.

Ce que nous proposons aujourd’hui, ce n’est pas un projet finalisé. C’est une promesse. Une promesse à la mesure du défi qui nous est lancé aujourd’hui.

À tous nos concitoyens, nous disons haut et fort que oui, nous, musulmans français, sommes sidérés, choqués, meurtris par les atrocités que nous venons de connaître et que, pour cette raison même, il est de notre devoir de contribuer, avec détermination, pragmatisme et courage, à trouver une solution à long terme.

Nous refusons d’écouter les voix qui veulent nous entraîner vers le passé. Notre religion, nos traditions sont d’avenir. Grâce à elles, nous aiderons nos jeunes à réussir, à faire s’épanouir leurs talents pour le bénéfice de la société tout entière.

On nous parle souvent des inventions apportées dans un lointain passé par le monde arabo-musulman. Ce que nous voulons aujourd’hui, c’est contribuer à inventer le monde de demain.




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