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Arts & Scènes

Alonzo : « En France, on veut que les rappeurs soient des éducateurs »

Rédigé par Fatima Khaldi | Mercredi 11 Février 2015

Après « Les Temps modernes » (2010) et « Amour Gloire et Cité » (2012), Alonzo, le rappeur du célèbre groupe Psy 4 de la Rime revient avec un troisième album solo au titre qui en dit long : « Règlement de comptes ». Avec ce nouvel opus, le rappeur marseillais nous dresse un tableau plutôt sombre des quartiers nord mais relève le pari qu’il s’était lancé, celui de nous faire danser avec une seconde partie de l’album dédiée à la bonne humeur malgré tout.



Tandis que les mots du rap taclent les maux de la société, Alonzo estime qu'« on ne peut pas faire porter le chapeau de ce qui se passe dans les cités de France aux rappeurs ». « Mon métier, c'est artiste, pas politicien », nous dit-il. (Photo : © Fifou)
Tandis que les mots du rap taclent les maux de la société, Alonzo estime qu'« on ne peut pas faire porter le chapeau de ce qui se passe dans les cités de France aux rappeurs ». « Mon métier, c'est artiste, pas politicien », nous dit-il. (Photo : © Fifou)

Saphirnews : Pouvez-vous nous parler de vos débuts dans le rap ?

Alonzo : J’ai commencé à l’âge de 12 ans, je suis issu d’une famille de musiciens. Le rap était une mode dans le quartier avec des grands frères tels que IAM, NTM, Assassin, et les Américains qui poussaient beaucoup à l’inspiration. J’ai eu une enfance ordinaire de gars de quartier et très agité, mais j’ai su faire preuve de retenue quand mon premier enfant est né et quand j’ai signé mon premier contrat avec une maison de disques. C’est ce qui m’a sauvé et m’a évité de passer du côté obscur.

Alonzo : « En France, on veut que les rappeurs soient des éducateurs »

Avant de parler du contenu de votre album, parlons de sa façade : la pochette où vous incarnez une statue d’or vêtue, à vos pieds un enfant, des balles et une arme au sol.

Alonzo : Elle fait référence au grand monument marseillais qui s’appelle Notre-Dame-de-la-Garde, qui surplombe la ville et qui est le plus visité avec le stade Vélodrome. On a essayé de faire une métaphore avec le titre « Règlement de comptes » par rapport aux tristes événements qui se passent dans ma ville depuis trois ans (conflits à priori liés aux trafics de drogue, ndlr). On peut voir que la statue récupère des balles et que cet enfant assis à ses pieds représente la jeune génération marseillaise qui tombe sous les balles. C’était à la fois un clin d’œil pour la cité phocéenne et un message de paix avec cet enfant.

En écoutant votre album, on a l’impression que vous êtes plus énervé qu’à votre habitude. Que s’est-il passé en trois ans et pourquoi ces « règlements de compte » ?

Alonzo : Je ne trouve pas que je suis plus énervé. J’ai toujours été l’élément perturbateur de Psy4 de la Rime. En ce qui concerne les règlements de compte, il y a deux significations : d’abord, les tristes événements qui se déroulent dans ma ville et le morceau RDC explique très bien le climat de Marseille. Même si je ne suis pas directement touché par la perte d’un proche, je connais toujours quelqu’un qui connaît quelqu’un qui a perdu un proche. Ce sont des choses qui nous touchent au quotidien. On ne parle pas d’un film ni de la mafia comme dans les années 1970-1980 avec des Francis le Belge ou des Mesrine. Ce sont des jeunes de cité qui sont concernés.

Vous nous avez parlé d’une deuxième signification. Quelle est-elle ?

Alonzo : Mes deux précédents disques n’ont pas connu un succès commercial. Je reviens donc en mode revanchard, je remets le couvert en sortant un troisième disque très attendu. Quand je parle de règlement de compte, je remets principalement la faute sur moi, car dans mon précédent disque je n’ai peut-être pas fourni un album assez cohérent. Sur celui–ci, j’ai fait appel à un réalisateur pour donner une cohérence tant dans la musicalité que dans les délires abordés sur chaque morceau. Je pense que c’est un pari gagné.

Quelle différence avec votre précédent album ?

Alonzo : La réalisation et la cohérence de la musicalité. Le côté festif aussi. J’ai fait partie en 2014 des artistes qui ont été les plus joués en club. « La Belle Vie » a été visionnée plus de 8 millions de fois. « Y’A Rien A Faire », « Carré VIP » cartonnent aussi. C’est un album qui s’est fait dans la joie.

A vos côtés, on retrouve Grabur, Booba et Maître Gims, qui sont les trois gros vendeurs actuels dans trois styles différents du rap. N’y a-t-il pas une volonté de plaire à un plus large public ?

Alonzo : Tous les artistes invités sur mon disque sont très bons. Très peu de personnes peuvent avoir le privilège de compter des têtes d’affiche comme celles-là. Cela n’existe plus dans les albums. Si j’ai réussi à les avoir, c’est grâce à ma crédibilité. Quand j’invite des gens, je fais en sorte que ça reste cohérent, que ce soit des artistes du même univers musical que moi. Ce n’est pas forcément pour mettre le paquet, pour que ce soit vendeur et faire du buzz, c’est déjà parce que j’apprécie leur musique.

On a l’impression que les propos dans la musique rap sont plus violents, plus vulgaires qu’à une certaine époque.

Alonzo : Est-ce que la société d’aujourd’hui n’est pas plus violente ? J’estime qu’on est le reflet de la société. Quand je regarde, par exemple, les téléréalités, on est loin de « Hélène et les garçons » et les premiers baisers. Après, le rap reste de la musique. On ne peut pas faire porter le chapeau de ce qui se passe dans les cités de France aux rappeurs. Mon métier n’est pas politicien, ce n’est pas de trouver des solutions pour la France qui souffre. Mon métier, c’est artiste. En France, on veut que les rappeurs soient des éducateurs.

Dans le morceau RDC, il y a beaucoup de références à Dieu, pouvez-vous nous parler de votre rapport à la religion ?

Alonzo : La religion est quelque chose de personnel. Mais s’il y a des mots qui s’échappent de ma bouche, c’est que tu ne peux pas repousser qui tu es. J’essaie de faire la différence entre la musique et la religion parce que je ne pense pas que soit compatible. Je suis musulman, je ne peux pas nier qui je suis. C’est pour ça qu’on trouve des références à Dieu dans mes morceaux. Oublier Dieu, c’est s’oublier radicalement. Ne pas croire en Dieu, c’est ne pas croire en toi. Je n’en parle pas, mais je suis obligé de placer quelques mots.

Dans un même morceau, on peut parfois trouver des propos crus et une référence à Dieu. Cela ne vous choque pas ?

Alonzo : C’est comme ça qu’on parle, alors on ne va pas changer pour un disque. Dans des conversations entre potes, on peut parler des filles et je ne sais pas pourquoi ça va virer au foot et dix minutes après ça va virer à la religion. Je pense que si l’on se rappelle de Dieu à ces moments-là c’est déjà quelque chose de très bien.

Quelles ont été vos impressions à la suite des événements tragiques qui ont frappé la France début janvier ?

Alonzo : Je n’étais pas en France. Je suis rentré le jour de la marche républicaine. Je n’ai pas vécu ça comme vous. J’ai, bien sûr, été choqué et personne ne peut rester insensible à la mort d’êtres humains.

Les musulmans sont à nouveau victimes d’amalgames, qu’en pensez-vous ?

Alonzo : Tout ce que je peux dire, c’est que chacun d’entre nous devrait faire un travail sur soi-même et le monde se portera mieux. Il faut se documenter, se renseigner, ne pas rester sur les paroles de TF1 ou de France 2. Je pense qu’il faut chercher l’information ailleurs. Si chacun fait ce travail on sera moins cons et moins bêtes.





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