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Société

Ali Ziri, un chibani mort sous les coups de la police

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Jeudi 12 Janvier 2012

Deux ans après la mort, en juin 2009, d’Ali Ziri, des suites de son interpellation musclée, la famille réclame justice mais les policiers impliqués dans les faits n’ont jamais été inquiétés. Le procureur de la République de Pontoise a même récemment requis un non-lieu dans cette affaire. Dans un contexte où les violences policières sont dénoncées, un rassemblement en la mémoire du défunt retraité algérien est prévu samedi 14 janvier à Argenteuil (Val-d’Oise), où seront présents Stéphane Hessel et Jacques Gaillot. Retour sur les faits.



Un rassemblement du collectif Justice & Vérité pour Ali Ziri se tient samedi 14 janvier à Argenteuil.
Un rassemblement du collectif Justice & Vérité pour Ali Ziri se tient samedi 14 janvier à Argenteuil.
Ali Ziri, un chibani comme tant d’autres qui vivait en France depuis 1962. L’homme, qui avait travaillé comme ouvrier spécialisé pendant près de quatre décennies, faisait régulièrement des allers-retours entre la France et l’Algérie, pays de son enfance, après avoir pris sa retraite en 2001.

Revenu en 2009 dans la région parisienne pour faire des achats dans le cadre des préparatifs du mariage de son fils en Algérie, il avait alors 69 ans lorsqu’il fait la rencontre, le 9 juin, de policiers lors d’un contrôle à Argenteuil (Val-d’Oise). Deux jours plus tard, le chibani meurt. Commence alors pour la famille un long parcours du combattant pour comprendre les circonstances du décès de leur proche.

Ali Ziri
Ali Ziri

Les policiers non poursuivis, la famille écœurée

Ali Ziri se trouvait alors à bord d’un véhicule avec son ami d’enfance Arezki Kerfali, également retraité algérien, au volant. Arrêtés, les policiers ont souhaité procédé à un contrôle d’alcoolémie mais selon les déclarations de M. Arezki, les agents les ont menottés, frappés et insultés sur le lieu de leur interpellation et dans le fourgon qui les emmenait au commissariat, où ils ont été malmenés avant d’être conduits à l’hôpital.

L’Institut médico-légal de Paris avait révélé, le 24 juillet 2009, l’existence de 27 hématomes, démontrant qu’« Ali Ziri était décédé suite à un arrêt cardio-circulatoire d’origine hypoxique, généré par suffocation et appui postérieur dorsal », fait savoir la famille. Saisie de cette affaire, l’ex-Commission Nationale de Déontologie de la sécurité (CNDS) a demandé, en mai 2010, une procédure disciplinaire contre les policiers « qui ont usé de la force de façon disproportionnée et précipitée » pour extraire M. Ziri de la voiture de police à son arrivée au poste et contre « ceux qui ont laissé deux hommes, âgés respectivement de 60 et 69 ans, allongés au sol, le visage dans leurs vomissures, pendant environ une heure, sans réagir. »*

Malgré les preuves et les témoignages à charge, les policiers n’ont jamais été inquiétés et le parquet de Pontoise a requis un non-lieu, en décembre 2011, dans l'affaire. Dans son réquisitoire définitif, le procureur de la République a estimé que les policiers à l'origine de l'interpellation ne pouvaient pas être poursuivis car aucun acte de violence volontaire, qui aurait été la cause directe ou indirecte du décès, n'a été établi au cours de l'instruction.

Un rassemblement du souvenir

Plus de deux ans après la mort du retraité algérien, le collectif Justice & Vérité pour Ali Ziri n’a rien perdu de sa détermination. Bien décidé à ce que l'affaire ne soit pas enterrée, il organise un rassemblement, samedi 14 janvier, à Argenteuil.** Stéphane Hessel, 94 ans, et l’évêque Jacques Gaillot, 76 ans, ont répondu à l’appel et entendent bien manifester leur soutien.

Interrogé par Saphirnews, M. Gaillot se dit content d’aller protester aux côtés de la famille bien qu’il ne l’ait pas encore rencontré. « J’ai appris l’histoire de cet homme de 69 ans venu préparer le mariage de son fils mais qui, à la suite de son contrôle par la police, est décédé. Il est normal que justice soit faite. Même si un non-lieu a été prononcé, il faut continuer à épuiser tous les recours possibles pour que la lumière puisse enfin être faite sur cette histoire », déclare-t-il.

Des violences policières dénoncées

Cette triste histoire fait écho à celle de Wissam El-Yamni, mort le 10 janvier à Aulnay-sous-Bois des suites de son interpellation lors de la nuit de la Saint-Sylveste, ou encore d’Abdelhakim Ajimi, un Tunisien de 22 ans décédé en mai 2008 lors d'une interpellation musclée à Grasse (Alpes-Maritimes). Le procès des sept policiers incriminés dans cette affaire est prévue du 16 au 20 janvier à Grasse.

La liste est encore longue. A travers cinq cas, dont celui d’Ali Ziri, Amnesty International a dénoncé, dans un rapport publié le 30 novembre 2011, l’impunité de certains policiers soupçonnés de violences et « l’absence d’enquêtes indépendantes et exhaustives ».

« La France est tenue de respecter le droit à la vie, de le protéger et de veiller à ce que le recours à la torture et aux autres mauvais traitements soit absolument prohibé. Cette obligation comporte un élément essentiel : la nécessité de diligenter dans les meilleurs délais des enquêtes exhaustives, impartiales et indépendantes respectant le droit international relatif aux droits humains », insiste l’organisation internationale, qui se dit « consternée de constater que (…) les cas portés à sa connaissance concernent, dans leur grande majorité, des personnes appartenant à des minorités visibles. » Un constat relayé par le collectif « Stop le contrôle au faciès », qui se mobilise depuis plusieurs mois pour démontrer l’illégalité et l’inefficacité du procédé touchant principalement les jeunes issus de l’immigration.






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