Religions

Une conférence interreligieuse organisée à Paris avec la Ligue islamique mondiale critiquée, la FIF réagit

Rédigé par | Samedi 14 Septembre 2019 à 12:45



La Fondation de l'islam de France (FIF) et la Ligue islamique mondiale (LIM), dirigée depuis 2016 par l’ex-ministre saoudien de la Justice Mohammed Ben Abdul Karim Al-Issa, organisent, mardi 17 septembre au Palais Brongniart, une conférence internationale pour la paix et la solidarité réunissant les responsables juifs, chrétiens et musulmans de France.

Le grand rabbin de France Haïm Korsia, le président de la Fédération protestante de France (FPF) François Clavairoly, l’archevêque émérite de Lille Mgr Gérard Defois, l’archevêque de Marseille Mgr Jean-Marc Aveline, le président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France Mgr Emmanuel, le recteur de la mosquée de Bordeaux Tareq Oubrou ou encore le représentant officiel de l’islam chiite en France Mohamed Ali Mortada figurent au programme des intervenants. Mais, depuis l'annonce de la conférence, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer l'initiative du fait de l'implication directe, dans l'organisation, de la LIM, pointée du doigt pour sa longue contribution dans la propagation du wahhabisme dans le monde.

Le CFCM, écarté de l'initiative, enfonce le clou

Au sein du Conseil français du culte musulman (CFCM), l'initiative n'est guère non plus appréciée. Ses responsables ont, en effet, été écartés de la liste des intervenants à la conférence, témoignant ainsi des relations difficiles entre l'instance et la FIF. Abdallah Zekri, président de l'Observatoire national contre l'islamophobie, a dénoncé, vendredi 13 septembre, une « marginalisation des instances officielles, représentatives du culte musulman puisque ni le CFCM ni aucune de ses composantes ne sont représentés ni impliqués dans la programmation officielle ».

Tirant à boulets rouges sur la LIM, qu'il décrit dans un communiqué comme un organe saoudien étranger incarnant « un islam qui n'est pas représentatif des musulmans de France et qui n’est ni avec les valeurs de la République ni avec la réalité de la société française », il appelle « les responsables des autres cultes à ne pas cautionner, par leur présence, cette initiative ».

Le président par intérim du CFCM, Dalil Boubakeur, s'est également joint aux critiques pour dénoncer « l’instrumentalisation du dialogue interreligieux dans notre pays par des organisations étrangères », qui constitue « un fait assez grave pour le dénoncer ».

La FIF assume son partenariat avec la LIM

Face à la salve de critiques visant particulièrement la FIF, son président Ghaleb Bencheikh a fait valoir ses arguments.

« Les ravages de l'offensive wahhabo-salafiste sont réels et il se trouve que le nouveau secrétaire général de la Ligue islamique mondiale en a pris conscience », a-t-il signifié via Twitter vendredi 13 septembre. « Depuis 2016, le changement de cap est radical. Il ne cesse de répéter sa condamnation totale du terrorisme mais surtout aussi la volonté de vivre en harmonie dans les sociétés où les musulmans se trouvent, le respect des lois fondamentales, le respect des normes culturelles et la Fondation de l'islam de France, sensible à cette volonté de réforme et de changement, accompagne en coorganisant cette conférence internationale à Paris, Ville Lumière, car le ciel est beaucoup plus clémente sous nos têtes en France qu'ailleurs. »

A l'issue de la conférence, un « mémorandum de compréhension et d’amitié » entre les religions abrahamiques « pour affirmer une volonté de rapprochement et de consolidation de leurs liens » sera signé entre les responsables des cultes.

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Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur