Face à une sécheresse historique, le Royaume-Uni multiplie les initiatives pour réduire sa consommation d'eau, à l'image de « Let's Save Water », une vaste campagne nationale de sensibilisation lancée en juin 2026 par le gouvernement britannique et dotée de 75 millions de livres sterling (près de 88 millions d'euros).
C'est dans ce contexte particulier qu'un projet plus modeste, ciblant spécifiquement les communautés musulmanes, refait parler de lui. Lancée en 2024, une initiative vise à convaincre les fidèles d'utiliser moins d'eau pendant leurs ablutions, avec un simple litre d'eau, comme le faisait le Prophète, plutôt que sous un robinet grand ouvert.
C'est dans ce contexte particulier qu'un projet plus modeste, ciblant spécifiquement les communautés musulmanes, refait parler de lui. Lancée en 2024, une initiative vise à convaincre les fidèles d'utiliser moins d'eau pendant leurs ablutions, avec un simple litre d'eau, comme le faisait le Prophète, plutôt que sous un robinet grand ouvert.
Une initiative née d'un partenariat inédit
Le projet, baptisé « Reviving the Sunnah » (« Faire revivre la Sunna »), a été conçu par Cambridge Water, la compagnie qui assure la distribution d'eau potable à Cambridge et dans sa région, en partenariat avec la mosquée centrale de Cambridge, la première mosquée écologique du Royaume-Uni. Il constitue l'un des deux volets d'un programme plus large intitulé WEFDC pour « Water Efficiency in Faith and Diverse Communities » (« Efficacité de l'usage de l'eau dans les communautés confessionnelles et diverses » en français).
Ce programme a été financé par l'Ofwat, l'organisme public indépendant chargé de réguler le secteur de l'eau en Angleterre et au Pays de Galles, l'équivalent britannique d'une autorité de régulation des services publics de l'eau, via son fonds d'innovation, le Water Breakthrough Challenge. Selon un guide méthodologique publié en 2025 par l'association Waterwise, qui promeut l'efficacité de l'usage de l'eau au Royaume-Uni et a documenté l'ensemble de la démarche, ce projet de 18 mois avait pour ambition de « conduire des recherches et approfondir la compréhension de la manière dont l'eau est utilisée et valorisée dans les différentes confessions et cultures » du pays. La campagne « Reviving the Sunnah » a concrètement été lancée à Cambridge pendant le Ramadan 2024 pour s’achever en avril 2025.
Le projet a mobilisé un large réseau de partenaires dont la faculté de théologie de l'Université de Cambridge ainsi que des associations interconfessionnelles. Mumin Islam, pilote du projet, a résumé cette collaboration en soulignant l'importance de « reconnaître l'incroyable diversité au sein de nos communautés et les sensibilités culturelles » pour construire une relation de confiance avec les usagers.
Ce programme a été financé par l'Ofwat, l'organisme public indépendant chargé de réguler le secteur de l'eau en Angleterre et au Pays de Galles, l'équivalent britannique d'une autorité de régulation des services publics de l'eau, via son fonds d'innovation, le Water Breakthrough Challenge. Selon un guide méthodologique publié en 2025 par l'association Waterwise, qui promeut l'efficacité de l'usage de l'eau au Royaume-Uni et a documenté l'ensemble de la démarche, ce projet de 18 mois avait pour ambition de « conduire des recherches et approfondir la compréhension de la manière dont l'eau est utilisée et valorisée dans les différentes confessions et cultures » du pays. La campagne « Reviving the Sunnah » a concrètement été lancée à Cambridge pendant le Ramadan 2024 pour s’achever en avril 2025.
Le projet a mobilisé un large réseau de partenaires dont la faculté de théologie de l'Université de Cambridge ainsi que des associations interconfessionnelles. Mumin Islam, pilote du projet, a résumé cette collaboration en soulignant l'importance de « reconnaître l'incroyable diversité au sein de nos communautés et les sensibilités culturelles » pour construire une relation de confiance avec les usagers.
« Reviving the Sunnah » pour revenir à la pratique du Prophète
© Reviving the Sunnah
Le matériel de campagne, décrit dans le guide Waterwise, s'appuie sur un message simple : « Faites vos ablutions à la manière prophétique. » Il rappelle qu'effectuer ses ablutions sous un robinet ouvert consomme environ six litres d'eau par minute, alors que le Prophète Muhammad effectuait, selon la tradition, ses ablutions rituelles (wudu) avec un seul mudd, une unité de mesure équivalant à environ un litre. Non donc au gaspillage de l’eau et à son excès de consommation.
Sur le plan opérationnel, la campagne s'est appuyée sur l'imam de la mosquée de Cambridge, Sejad Mekic, filmé en train de démontrer la pratique prophétique du wudu avec une simple cruche d'un litre ; une vidéo toujours visible sur le site dédié à la campagne. Pour Cambridge Water, le succès d’une telle initiative tient en grande partie du fait que le message provient « de l'intérieur de la communauté musulmane » plutôt que d'une compagnie des eaux. Des gourdes d'ablution ont été distribuées aux foyers volontaires, accompagnées d'audits gratuits de consommation d'eau à domicile.
Si l'intégralité des personnes interrogées après la campagne a déclaré avoir l'intention de pratiquer désormais les ablutions à la manière prophétique, « tout ou la plupart du temps », les évaluateurs du projet ont toutefois noté, avec prudence, que l'impact réel sur la consommation d'eau mesurée au niveau du réseau reste difficile à établir avec certitude, en raison notamment de la taille réduite de l'échantillon et de facteurs saisonniers susceptibles d'influencer les résultats.
Sur le plan opérationnel, la campagne s'est appuyée sur l'imam de la mosquée de Cambridge, Sejad Mekic, filmé en train de démontrer la pratique prophétique du wudu avec une simple cruche d'un litre ; une vidéo toujours visible sur le site dédié à la campagne. Pour Cambridge Water, le succès d’une telle initiative tient en grande partie du fait que le message provient « de l'intérieur de la communauté musulmane » plutôt que d'une compagnie des eaux. Des gourdes d'ablution ont été distribuées aux foyers volontaires, accompagnées d'audits gratuits de consommation d'eau à domicile.
Si l'intégralité des personnes interrogées après la campagne a déclaré avoir l'intention de pratiquer désormais les ablutions à la manière prophétique, « tout ou la plupart du temps », les évaluateurs du projet ont toutefois noté, avec prudence, que l'impact réel sur la consommation d'eau mesurée au niveau du réseau reste difficile à établir avec certitude, en raison notamment de la taille réduite de l'échantillon et de facteurs saisonniers susceptibles d'influencer les résultats.
Des critiques essuyées par le projet
C'est dans ce climat de sécheresse prolongée que la presse britannique s'est penchée, en août, sur le coût de l'ensemble du programme WEFDC comprenant deux campagnes, celle ciblant les musulmans et celle destinée aux communautés d'Asie du Sud-Est autour du lavage du riz. Appelée « Rice Washing », elle a été menée en s'appuyant sur la cheffe cuisinière malaisienne Ping Coombes pour promouvoir des pratiques de lavage du riz plus économes en eau. Selon une enquête du Telegraph, ce programme a mobilisé plus de 270 000 livres sterling (316 000 euros) d'argent public.
Plusieurs voix ont alors critiqué ce choix. Pour certains détracteurs, les compagnies des eaux devraient concentrer leurs efforts sur la réparation de leurs infrastructures plutôt que sur les pratiques de leurs usagers. Une étude de Greenpeace UK, publiée en juillet 2026, a ainsi révélé que les réseaux anglais et gallois perdaient chaque jour près de 2,87 milliards de litres d'eau à cause de fuites, soit l'équivalent de 1 150 piscines olympiques, un volume que l'ONG a présenté comme cinq fois supérieur à ce qu'économiserait une interdiction des tuyaux d'arrosage. Mike Wood, ministre du cabinet fantôme au sein de l'opposition conservatrice, a dénoncé, pour sa part, auprès du Telegraph un possible gaspillage de l'argent des contribuables, jugeant peu opportun de consacrer des fonds publics à des campagnes cherchant à modifier des pratiques religieuses et culturelles bien ancrées.
Interrogé dernièrement par Middle East Eye, un porte-parole de l'Ofwat a défendu le projet, rappelant que la sécheresse prolongée de cet été rendait plus que jamais nécessaire une gestion économe de l'eau. Il a précisé que ce projet pilote, mené en collaboration avec des compagnies des eaux, des associations caritatives et plusieurs groupes confessionnels, s'était achevé en avril 2025 et avait pour seul objectif de proposer des pistes pratiques aux différentes communautés, sans jamais dicter aux fidèles ce qu'ils devaient ou non faire, ni interférer dans leurs pratiques religieuses.
Plusieurs voix ont alors critiqué ce choix. Pour certains détracteurs, les compagnies des eaux devraient concentrer leurs efforts sur la réparation de leurs infrastructures plutôt que sur les pratiques de leurs usagers. Une étude de Greenpeace UK, publiée en juillet 2026, a ainsi révélé que les réseaux anglais et gallois perdaient chaque jour près de 2,87 milliards de litres d'eau à cause de fuites, soit l'équivalent de 1 150 piscines olympiques, un volume que l'ONG a présenté comme cinq fois supérieur à ce qu'économiserait une interdiction des tuyaux d'arrosage. Mike Wood, ministre du cabinet fantôme au sein de l'opposition conservatrice, a dénoncé, pour sa part, auprès du Telegraph un possible gaspillage de l'argent des contribuables, jugeant peu opportun de consacrer des fonds publics à des campagnes cherchant à modifier des pratiques religieuses et culturelles bien ancrées.
Interrogé dernièrement par Middle East Eye, un porte-parole de l'Ofwat a défendu le projet, rappelant que la sécheresse prolongée de cet été rendait plus que jamais nécessaire une gestion économe de l'eau. Il a précisé que ce projet pilote, mené en collaboration avec des compagnies des eaux, des associations caritatives et plusieurs groupes confessionnels, s'était achevé en avril 2025 et avait pour seul objectif de proposer des pistes pratiques aux différentes communautés, sans jamais dicter aux fidèles ce qu'ils devaient ou non faire, ni interférer dans leurs pratiques religieuses.
Une démarche que les porteurs de projet veulent élargir à d'autres communautés religieuses
Au-delà des deux campagnes pilotes menées dans le cadre du programme WEFD, le guide Waterwise consacre un chapitre entier à la manière dont l'eau est utilisée dans d'autres traditions religieuses présentes au Royaume-Uni, en vue de futures campagnes. Sont ainsi documentées les pratiques rituelles liées à l'eau chez les sikhs (le bain purificateur ou ishnaan, et la préparation du halwa sacré, le karah parshad), chez les hindous (lavage rituel des divinités, et les ablutions quotidiennes ou abhisheka), chez les juifs (le bain rituel ou mikvah), chez les chrétiens (le baptême et l'eau bénite) ainsi que chez les bouddhistes (l'eau bénite et les rituels funéraires). Le rapport souligne d'ailleurs que la diversité existe aussi au sein de chaque confession, les générations plus jeunes et plus âgées n'ayant pas toujours le même rapport à ces pratiques.
Les initiateurs du programme WEFDC espèrent que des campagnes visant à associer sobriété hydrique et respect des traditions religieuses, en s'appuyant sur des messagers issus des communautés elles-mêmes plutôt que sur les compagnies des eaux, pourront être répliquées par d'autres opérateurs britanniques auprès non seulement des musulmans mais aussi des sikhs, des hindous, des juifs, des chrétiens et des bouddhistes, dans une démarche commune et progressive de lutte contre le gaspillage de l'eau. Des initiatives louables qui ne doivent pas pour autant taire des problèmes plus profonds en cette matière, soulignés par Greenpeace et d'autres ONG dédiées à la protection de l'environnement.
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