Publié dans un contexte de crispations politiques, sociales et identitaires, ce texte garde aujourd’hui une résonance particulière. À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, alors que les débats autour de l’islam, de l’immigration, de la sécurité, de l’identité nationale et du vivre-ensemble traversent déjà l’espace public français, il invite à ne céder ni à la peur ni au repli. Il appelle au contraire à tenir ensemble lucidité, présence citoyenne, exigence de justice et confiance dans les capacités de dialogue de notre société.
« Inventez une charlatanerie, n’importe laquelle, vous trouverez toujours des hommes qui diront que ça marche, tant notre besoin d’illusion est intense. » (Boris Cyrulnik, L’Ensorcellement du monde, 1997)
« Je suis pessimiste par l’intelligence, mais optimiste par la volonté… En particulier je me suis toujours armé d’une patience illimitée, non passive, inerte, mais animée de persévérance. » (Antonio Gramsci)
De nombreux citoyens français, de confession ou de culture musulmane, ont l’impression d’être les témoins, avec une certaine lassitude, parfois même avec sidération, d’une séquence particulière de l’histoire politique de leur pays.
Peut-être assistons-nous à un profond bouleversement de l’échiquier politique, où certains courants cherchent avant tout à préserver leurs positions, tandis que d’autres alimentent une surenchère sécuritaire et identitaire. Cette surenchère permet trop souvent de masquer les véritables rapports de domination, les fractures sociales, les inégalités économiques et les impasses d’un modèle qui peine à prendre soin de l’homme, de son environnement et du lien commun.
Plus largement, nous sommes les témoins d’un appauvrissement de l’imaginaire politique et social français, qui ouvre la voie à des thèses simplificatrices, anxiogènes et parfois irrationnelles. Elles entretiennent le préjugé selon lequel certains citoyens seraient inassimilables en raison de leur religion réelle ou supposée : « guerre civile », « territoires perdus », « invasion », « grand remplacement »… autant d’expressions qui, à force d’être répétées, finissent par abîmer notre capacité à penser ensemble l’avenir du pays.
Ces expressions sont loin de disparaître du débat public. Certaines, comme celle du « grand remplacement », continuent même d’être discutées, reprises ou contestées dans l’espace médiatique et politique français. Cela montre combien les mots peuvent façonner durablement les représentations collectives.
« Inventez une charlatanerie, n’importe laquelle, vous trouverez toujours des hommes qui diront que ça marche, tant notre besoin d’illusion est intense. » (Boris Cyrulnik, L’Ensorcellement du monde, 1997)
« Je suis pessimiste par l’intelligence, mais optimiste par la volonté… En particulier je me suis toujours armé d’une patience illimitée, non passive, inerte, mais animée de persévérance. » (Antonio Gramsci)
De nombreux citoyens français, de confession ou de culture musulmane, ont l’impression d’être les témoins, avec une certaine lassitude, parfois même avec sidération, d’une séquence particulière de l’histoire politique de leur pays.
Peut-être assistons-nous à un profond bouleversement de l’échiquier politique, où certains courants cherchent avant tout à préserver leurs positions, tandis que d’autres alimentent une surenchère sécuritaire et identitaire. Cette surenchère permet trop souvent de masquer les véritables rapports de domination, les fractures sociales, les inégalités économiques et les impasses d’un modèle qui peine à prendre soin de l’homme, de son environnement et du lien commun.
Plus largement, nous sommes les témoins d’un appauvrissement de l’imaginaire politique et social français, qui ouvre la voie à des thèses simplificatrices, anxiogènes et parfois irrationnelles. Elles entretiennent le préjugé selon lequel certains citoyens seraient inassimilables en raison de leur religion réelle ou supposée : « guerre civile », « territoires perdus », « invasion », « grand remplacement »… autant d’expressions qui, à force d’être répétées, finissent par abîmer notre capacité à penser ensemble l’avenir du pays.
Ces expressions sont loin de disparaître du débat public. Certaines, comme celle du « grand remplacement », continuent même d’être discutées, reprises ou contestées dans l’espace médiatique et politique français. Cela montre combien les mots peuvent façonner durablement les représentations collectives.
Une nation paradoxale
La France est certes une nation particulièrement difficile à définir et à saisir d’une façon simple. Son passé comme son présent offrent un tableau de situations extrêmes, une chaîne de cimes et d’abîmes oscillant entre grandeur et décadence, mission de civilisation et œuvre de domination, entre génie et ridicule, unité et déchirement, universalisme et chauvinisme, rationalité et fanatisme, esprit critique et aveuglement collectif.
Une nation nerveuse et pleine de contrastes, comme l’affirmait Paul Valéry, et qui peut trouver malgré tout, dans ses paradoxes mêmes, des ressources imprévues — pour peu qu’elle fasse appel à son génie collectif, qu’elle ait confiance en la créativité de l’ensemble de ses citoyens et qu’elle parvienne à renouer avec ses valeurs fédératrices de liberté, d’égalité et de fraternité.
Une nation nerveuse et pleine de contrastes, comme l’affirmait Paul Valéry, et qui peut trouver malgré tout, dans ses paradoxes mêmes, des ressources imprévues — pour peu qu’elle fasse appel à son génie collectif, qu’elle ait confiance en la créativité de l’ensemble de ses citoyens et qu’elle parvienne à renouer avec ses valeurs fédératrices de liberté, d’égalité et de fraternité.
Le spectre de la guerre civile
La multiplication des références au risque de guerre civile est devenue l’un des marqueurs inquiétants du débat public en France. Cette référence traduit la fébrilité d’un pays qui peine à affronter la complexité du monde, de ses mutations sociales, culturelles, économiques et géopolitiques.
Elle est aussi entretenue par certaines forces idéologiques et politiques qui cherchent à imposer la figure d’un ennemi intérieur. Hier, d’autres minorités furent désignées comme responsables supposées des crises nationales. Aujourd’hui, ce sont souvent les musulmans des quartiers populaires qui se retrouvent placés au centre de récits anxiogènes, présentés comme les instruments d’un prétendu « grand remplacement ».
La question culturelle et identitaire, dans son acception la plus fermée, est ainsi imposée dans le débat public au détriment d’une analyse plus profonde des rapports de domination politiques, économiques, sociaux et symboliques qui traversent la société. Elle permet également de détourner l’attention des mécanismes de concentration du pouvoir, de l’argent, des médias et de la capacité à orienter l’agenda public.
Dans un climat tendu et polarisé, certaines forces politiques cherchent à accentuer les clivages et les fractures sociales. Elles empêchent ainsi de saisir les difficultés de la société française dans toute leur complexité, et de penser des réponses justes, collectives et apaisées.
Elle est aussi entretenue par certaines forces idéologiques et politiques qui cherchent à imposer la figure d’un ennemi intérieur. Hier, d’autres minorités furent désignées comme responsables supposées des crises nationales. Aujourd’hui, ce sont souvent les musulmans des quartiers populaires qui se retrouvent placés au centre de récits anxiogènes, présentés comme les instruments d’un prétendu « grand remplacement ».
La question culturelle et identitaire, dans son acception la plus fermée, est ainsi imposée dans le débat public au détriment d’une analyse plus profonde des rapports de domination politiques, économiques, sociaux et symboliques qui traversent la société. Elle permet également de détourner l’attention des mécanismes de concentration du pouvoir, de l’argent, des médias et de la capacité à orienter l’agenda public.
Dans un climat tendu et polarisé, certaines forces politiques cherchent à accentuer les clivages et les fractures sociales. Elles empêchent ainsi de saisir les difficultés de la société française dans toute leur complexité, et de penser des réponses justes, collectives et apaisées.
Plus que jamais être et témoigner
Il est impératif pour la société française, dans sa richesse et sa diversité, de retrouver confiance en son espace commun, en ses valeurs fondatrices et en ses capacités de dialogue, de débat et de coexistence intelligente et fraternelle.
L’une des missions importantes des citoyens issus des minorités, et notamment des citoyens musulmans souvent placés sous suspicion, est de refuser le repli, la peur et l’effacement. Il s’agit de continuer à être présents, à contribuer, à dialoguer, à témoigner et à porter une exigence de justice qui appartient au meilleur de la conscience humaine.
Cette exigence demeure d’autant plus nécessaire que la visibilité musulmane continue d’être régulièrement politisée. En septembre 2026, le Rassemblement national a relancé la proposition d’interdiction du voile islamique dans l’espace public, dans la perspective de l’élection présidentielle de 2027.
Il faut refuser de croire que les idéologies du « choc des civilisations », de la haine et de la confrontation auront raison des intelligences, des générosités et des forces de fraternité que recèle notre société. Ce défi doit nous pousser à faire preuve de remise en question, de volontarisme, de patience, de présence, d’intelligence, de partenariat et d’optimisme lucide. C’est une base essentielle : être et témoigner, non dans la crispation ni dans la victimisation, mais dans la dignité, la responsabilité et la confiance. Mais voulons-nous seulement nous défendre, ou voulons-nous aussi porter une parole de justice et de miséricorde pour tous ? Notre société a plus que jamais besoin de connaissance mutuelle, de reconnaissance réciproque et de citoyens capables de refuser à la fois l’aveuglement, la résignation et la haine.
*****
Première parution sur le site de Participation et Spiritualité Musulmanes (PSM).
Lire aussi :
Les musulmans de France n'ont pas à passer un examen de nationalité à chaque présidentielle
L’une des missions importantes des citoyens issus des minorités, et notamment des citoyens musulmans souvent placés sous suspicion, est de refuser le repli, la peur et l’effacement. Il s’agit de continuer à être présents, à contribuer, à dialoguer, à témoigner et à porter une exigence de justice qui appartient au meilleur de la conscience humaine.
Cette exigence demeure d’autant plus nécessaire que la visibilité musulmane continue d’être régulièrement politisée. En septembre 2026, le Rassemblement national a relancé la proposition d’interdiction du voile islamique dans l’espace public, dans la perspective de l’élection présidentielle de 2027.
Il faut refuser de croire que les idéologies du « choc des civilisations », de la haine et de la confrontation auront raison des intelligences, des générosités et des forces de fraternité que recèle notre société. Ce défi doit nous pousser à faire preuve de remise en question, de volontarisme, de patience, de présence, d’intelligence, de partenariat et d’optimisme lucide. C’est une base essentielle : être et témoigner, non dans la crispation ni dans la victimisation, mais dans la dignité, la responsabilité et la confiance. Mais voulons-nous seulement nous défendre, ou voulons-nous aussi porter une parole de justice et de miséricorde pour tous ? Notre société a plus que jamais besoin de connaissance mutuelle, de reconnaissance réciproque et de citoyens capables de refuser à la fois l’aveuglement, la résignation et la haine.
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Première parution sur le site de Participation et Spiritualité Musulmanes (PSM).
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