Grâce à nos différences

Prix Nobel de la paix : de la convergence des luttes

Rédigé par | Mercredi 10 Octobre 2018 à 11:00



Le médecin congolais Denis Mukwege et la porte-parole de la communauté yézidie Nadia Murad se sont vu décerner le prix Nobel de la paix 2018.
« Des gosses en uniformes dans une camionnette bâchée
S’enivrent en reniflant des vapeurs d’essence mal traité
Simplifient leurs commerces en déclarant des guerres
Cherchent la prospérité en déflorant des vierges
Armés de pieux ils finissent leurs besognes à l’ustensile
Et laisse repartir au village la jeune fille ostensible
Le but étant d’effrayer pour créer l’exode
D’avoir la main mise sur les diamants et contrôler l’or
À l’hôpital, mes patientes s’appellent des victimes
Chirurgien réparateur de leurs parties intimes
Je soigne le sexe faible du mal fait par les mâles
Ici les hommes m’appellent l’homme qui restaure nos femmes »


Ces paroles ne sont pas de moi mais sont du célèbre rappeur Médine, qui, déjà en février 2017, consacrait l’une des chansons de son dernier album au docteur Mukwege, bien avant que celui-ci ne soit à ce point favori pour le prix Nobel de la paix. Cette chanson de Médine pour le médecin congolais est un peu à l’image de la convergence des luttes dont la paix et ses petites sœurs (le lien, la cohésion, la fraternité, l’unité) ont toutes tant besoin !

Je parle de convergences des luttes, parce que le premier combat de Médine était de faire entendre la voix des quartiers français et en particulier la voix des musulmans. Il contestait les excès d’une laïcité appliquée de manière exclusive trahissant son esprit d’origine, dont l’inspiration ne pouvait être qu’inclusive.


Je parle de convergences des luttes, parce que le premier combat de Denis Mukwege était de redonner à ces femmes une partie de leur dignité et de restaurer en elles un espoir d’égalité avec les hommes de la même espèce, la race humaine.

Je parle de convergences des luttes, parce que tous les deux ont œuvré pour la paix, là où ils étaient. Car la paix est d’abord un combat pour la justice. « Justice et paix s’embrassent. » Il n’y a pas de paix sans justice comme il n’y a pas de justice dignement appliquée sans paix.


Nous pouvons aussi parler de convergences des luttes quand on constate autant de symboles, au sens noble du terme, c’est à dire le lien, la relation, dans la désignation de Nadia Murad comme deuxième lauréate de l’édition 2018 du prix Nobel de la paix. Nadia Murad a 25 ans, elle est la deuxième plus jeune lauréate du prix après Malala Yousafzai, récompensée en 2014 quand elle avait 17 ans, et avant Martin Luther King, récompensé en 1964 quand il avait 35 ans. Issue d’une minorité ethnique et religieuse (les Yézidis), Nadia Murad est une femme victime, elle aussi, de violences sexuelles et criminelles, réduite à l’état d’esclavage sous le poids d’une idéologie inhumaine.

Que ces deux parcours de vie – à la fois simples par ce que cet homme et cette femme incarnent et extraordinaires par ce qu’ils ont vécu – puissent être des parcours d’exemples et d’inspirations qui fassent rêver toute une génération d’enfants à venir et à grandir. Pour la paix et pour la justice.

Lire aussi : La paix est un combat

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Chronique publiée en partenariat avec RCF et Médiapart


Samuel Grzybowski est entrepreneur social et militant associatif. Il est fondateur de Coexister… En savoir plus sur cet auteur