Points de vue

Nous refusons le silence face à l'Apartheid et au nettoyage ethnique en Birmanie

#Rohingyas

Rédigé par Rokhaya Diallo, Sophie Ansel, Mahor Chiche | Jeudi 27 Juin 2013 à 12:52

Le président birman, Thein Sein, a annoncé sa visite, mi-juillet, en Grande-Bretagne et en France. En vue de cette visite, ses homologues anglais et français: David Cameron et François Hollande, ont la responsabilité de le confronter à une réalité dramatique et inacceptable de Birmanie: le nettoyage ethnique et un état d'apartheid. Ces graves problèmes ont été largement négligés par les dirigeants mondiaux depuis un an. Tout comme le silence et le laxisme qui les entourent, ils ne peuvent plus être tolérés.



Depuis 2010, la junte militaire s’est retirée de Birmanie. Les ex-généraux promettent l’ouverture avec la mise en place d’un gouvernement civil et la libération d’Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix, aujourd’hui élue au parlement.

Le pays donne les signes d’une marche volontaire vers la démocratie, mais nous ne pouvons ignorer les graves injustices qui subsistent. La Birmanie abrite près de 140 ethnies dont chacune apporte une empreinte fondamentale, unique et complémentaire donnant son identité inclassable à ce pays bigarré de langues et religions multiples.

Aujourd’hui, la démocratie birmane ne peut être bâtie que sur le respect, la réconciliation, et l’inclusion de toutes les minorités. Or, cinquante ans d’isolement, de peurs, de divisions interethniques et de propagande en Birmanie auront eu des effets dévastateurs et profonds sur la population birmane, fondant une nouvelle société ségrégationniste et raciste.

Les minorités sont exclues du renouveau démocratique et, pour beaucoup, le calvaire a empiré avec des offensives militaires au nord et à l’Est tandis qu’à l’Ouest des populations sont séquestrées sous un régime d’Apartheid.

Une campagne de nettoyage ethnique, lancée en juin 2012, cible aujourd’hui même, plus d’un million de Birmans musulmans. Parmi eux les Rohingyas, le peuple le plus persécuté au monde, selon les Nations Unies. Un rapport de Human Rights Watch d’avril 2013 dénonce la complicité du gouvernement birman dans les exactions commises par des gangs extrémistes massacrant des musulmans en toute impunité.

Cependant, la communauté internationale ferme les yeux, galvanisée par le fantasme de l’avènement d’une démocratie birmane.

Depuis un an, ce sont des milliers de villages musulmans qui ont été brûlés ou rasés tandis que continuent d’être perpétrés immolations, viols collectifs et massacres de masse.

Aujourd’hui, 700 000 autres Rohingyas vivent dans la terreur dans l’Arakan et plus d’une centaine de milliers d’entre eux sont parqués dans des camps. En vue du recensement, les autorités qui souhaitent entériner l’exclusion de la nation des déportés Rohingyas les forcent à signer des papiers les identifiant comme « Bengali », faisant d’eux des étrangers.

Ailleurs dans le pays, des extrémistes, fanatiques et ultranationalistes, perpétuent une campagne visant à anéantir les musulmans présents en Birmanie, soit 4 à 5% de la population du pays.

Nous, signataires de ce texte, dénonçons :

1) Les pogroms de masse visant les civils musulmans

2) L’impunité totale des nationalistes extrémistes, des soldats, et des moines qui commettent des crimes de masses et, dans le cas de la force spéciale Nasaka : des viols collectifs.

3) La ségrégation systématique, le racisme et la terreur subis par les communautés birmanes musulmanes et l’absence totale de protection.

4) Une campagne de propagande et d’incitation à la haine menée notamment par des moines extrémistes, tels Ashin Wirathu le «Ben Laden» birman autoproclamé, qui appelle au boycott des échanges avec les birmans musulmans.

5) Une justice inexistante pour les birmans musulmans, des arrestations arbitraires et des procès inéquitables.

6) L’entrave à l’aide humanitaire par la menace et l’interdiction d’accès aux zones où les musulmans ne reçoivent ni les soins ni les rations nécessaires à leur survie.

7) La Loi discriminatoire de 1982 qui a fait des Rohingyas des apatrides et nie leur appartenance à la Birmanie

Pendant que l'Union Européenne lève les sanctions économiques, que les échanges d’affaires avec la Birmanie s’intensifient, que le président Thein Sein est reçu à Washington, et qu’Aung San Suu Kyi ne manifeste guère d’intérêt pour la situation, deux millions de personnes sont otages de la haine d’une partie de l’ethnie majoritaire. Le silence coupable de la communauté internationale condamne chaque jour plus de vies chez les Rohingyas. La démocratie ne peut s ‘épanouir sur le sacrifice d’une minorité.

Nous appelons le Président de la République française, le premier ministre britannique, les dirigeants européens et internationaux et les représentants des Nations Unies à :

- Interpeller fermement le gouvernement birman afin de faire cesser immédiatement les violations des droits humains et le nettoyage ethnique en cours en Birmanie.

- Exiger l’ouverture d’une commission d’enquête internationale indépendante disposant d’un accès libre sur le terrain, pour enquêter sur les crimes commis envers les minorités musulmanes de l’Arakan et particulièrement les Rohingyas.

- Apporter une assistance humanitaire et une protection immédiate à ces peuples sans voix courant le danger de l’extermination totale.

Martin Luther King disait « celui qui ignore le mal s'en fait complice ».

Nous ne resterons pas silencieux.

Pour signer la pétition, cliquez ici

Signataires : Sophie Ansel, écrivain et réalisatrice ; Rokhaya Diallo, éditorialiste ; Mahor Chiche, Avocat ; Maung Zarni, chercheur et activiste, Birmanie ; Noam Chomsky, philosophe ; Joe Sacco, journaliste et auteur de BD ; Omar Sy, comédien ; Lilian Thuram, président de la Fondation éducation contre le racisme ; Jamel Debbouze, comédien ; Eva Joly, députée européenne ; Rama Yade, ancienne secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme ; William Schabas, ancien président de l'Association internationale des experts du génocide et professeur de loi internationale, Université de Middlesex ; Geoffrey Nice, avocat et militant ; Patrick Boitet, rédacteur en chef TV ; Juan José Tamayo, théologien ; Duleep de Chickera, évêque anglican ; Sam Garcia, dessinateur de bandes dessinées, auteur de "Lunes birmanes" ; Habiburahaman, auteur rohingya "Nous les innommables, un tabou birman" ; Mireille Fanon-Mendès France, présidente de la Fondation Frantz Fanon ; Doudou Diène, ancien rapporteur spécial des Nations Unies sur les formes contemporaines de racisme, de xénophobie et de l'intolérance qui y est associée ; François Durpaire, historien ; Frédéric Debomy, auteur et militant ; John Pilger, journaliste et documentariste ; James C. Scott, politologue et anthropologue ; Benedict Anderson, auteur ; Sai Latt, doctorant et activiste birman, Université Simon Fraser ; Leila Nachawati Rego, activiste syrienne, espagnole et professeur en communication ; Babylon Circus, musiciens ; Abdennur Prado, écrivain et directrice du congrès international du féminisme islamique ; HK et les Saltimbanks, musiciens ; Benjamin Bejbaum, fondateur de Dailymotion ; Veronica Pedrosa, journaliste TV ; Suthep Kritsanavarin, photographe ; Zebda, musiciens ; Pavin Chachavalpongpun, politologue, chercheur et enseignant ; Lynn Lee, réalisateur, "Le génocide caché" ; Laurent Jais, producteur réalisateur ; Albert Lecoanet, journaliste indépendant & réalisateur de documentaire ; Bertil Scali, éditeur, auteur ; Saiful Huq Omi, photographe, réalisateur et activiste ; Professeur Dr. Mohammad Redzuan Othman, doyen de la faculté des arts et sciences sociales, Université Malaya de Kuala Lumpur ; Jeff Mc Mullen, écrivain et réalisateur ; Amal de Chickera, activiste des droits de l'humain ; Barbara Harris-White, professeur émérite d'études du développement, Oxford Universtiy ; Jamila Hanan, activiste, Save the Rohingya (England) ; Matthew Smith, directeur de Fortify Rights International ; Tom Andrews, ex-membre du Congrès américain, directeur de United to End Genocide ; Bo Bo Lansin, écrivain doctorant birman.