Points de vue

Les musulmans, partie intégrante de l'Histoire des États-Unis

Par Altaf Husain*

Rédigé par Altaf Husain | Lundi 10 Septembre 2012 à 00:00



Il y a 400 ans, des musulmans provenant notamment du Sénégal, du Mali, de Côte d'Ivoire et du Nigéria ont été déportés vers les Amériques. Selon les estimations, 30 % des esclaves étaient musulmans.
Washington - Ce mois-ci, la première mosquée de Cleveland, dans l'Ohio, va célébrer son 75e anniversaire et honorer son fondateur et dirigeant visionnaire, Hajj Wali Akram. Né au Texas, cet Afro-Américain s'est ensuite installé à Cleveland, où il a créé une communauté sunnite dynamique, qui subsiste encore de nos jours.

Pourtant, en écoutant les médias populaires d'aujourd'hui, voire l'avis de certains élus, nous pourrions aisément croire que Hajj Wali Akram a immigré aux Etats-Unis − et que l'islam est étranger au paysage national. Trop souvent, nous entendons dire que les musulmans ne sont arrivés que récemment et qu'ils ne sont pas d'« authentiques Américains », à la différence des protestants, des catholiques ou des juifs.

Or, rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité.

La population musulmane étant en augmentation aux Etats-Unis, il est particulièrement important d'examiner l'Histoire de l'islam dans ce pays et de reconnaître et d'apprécier la contribution des musulmans américains.

L'étude de Sylviane Diouf du Centre Schomburg pour la recherche sur la culture noire, de Michael Gomez de l'Université de New York et d'Amir Muhammad du musée de l'Histoire de l'islam en Amérique a confirmé que certains des esclaves amenés d'Afrique de l'Ouest en Amérique étaient musulmans. Des objets anciens, des peintures, des écrits et même des pierres tombales représentant un lien avec la religion prouvent la transmission et la préservation de leur foi au fil des siècles.

Etant donné leur asservissement et leur mobilité extrêmement réduite, ces premiers croyants ne pouvaient bénéficier de la citoyenneté américaine, pas plus qu'ils n'avaient la liberté de créer des communautés ou des institutions. Cependant, il est prouvé que les dirigeants américains de l'époque, y compris les pères fondateurs de notre nation tels que John Quincy Adams et Thomas Jefferson, connaissaient relativement bien l'islam et conservaient un exemplaire du Coran dans leur bibliothèque.

Hajj Wali Akram, considéré comme l'un des pionniers des musulmans noirs américains.
Dans les années 1930, M. Akram fut l'un des nombreux musulmans à encourager le renforcement des communautés musulmanes. Il développa un plan décennal visionnaire dont des stratégies visant l'autosuffisance économique et il mit l'accent sur l'éducation, en particulier sur l'islam et l'importance de la langue arabe. Il a même possédé une presse d'imprimerie de manière à permettre la diffusion de l'information pertinente et en temps utile aux membres de la communauté.

La transformation en une communauté américano-musulmane pleine de vie, dynamique et profondément enracinée au cours des années 1960 est plus directement liée à l'islam contemporain aux Etats-Unis. En outre, la population musulmane aux Etats-Unis a sensiblement augmenté au cours de cette période. Ces changements sont dus, en partie, aux efforts de l'imam Warith ud Deen Muhammad, qui a suggéré l'adoption de l'islam sunnite aux milliers d'Américains d'origine africaine naguère disciples de son père, Elijah Muhammad.

Suite aux réformes de la politique d'immigration en 1965, l'arrivée d'un nombre sans précédent d'immigrés musulmans en provenance d'Afrique du Nord et d'Asie du Sud a également joué un rôle dans cette transformation. Au cours des décennies suivantes, des Américains d'origine caucasienne et plus récemment hispanique se sont aussi convertis à l'islam.

Ces groupes hétéroclite de musulmans, et maintenant leurs descendants, ont participé à la construction des villes américaines en tant qu'ingénieurs et architectes; ils sont au service des malades et des nécessiteux en tant que médecins, psychiatres et travailleurs sociaux; ils défendent les droits des opprimés et des faibles en tant qu'avocats; ils éduquent les enfants et les jeunes en tant qu'enseignants, et ils contribuent aussi en exerçant bien d'autres métiers.

Ainsi, une étude relative à l'histoire des Etats-Unis serait incomplète s'il n'était fait mention de l'islam et des musulmans. A l'instar de leurs ancêtres, les Américains musulmans continuent d'enrichir le paysage américain en tant que citoyens fiers qui déclarent avoir pour pays l'Amérique.




* Altaf Husain est maître assistant à l'école de Service social de la Howard Université, chargé de recherche à l'Institut des politiques sociales et de la compréhension et membre du conseil d'administration de la Société islamique d'Amérique du Nord (ISNA).