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Les Joyaux éclatants de l’exégèse du Coran

Coup de cœur de Chems-eddine Hafiz

Rédigé par Chems-eddine Hafiz | Samedi 28 Septembre 2013 à 06:00



Chez Casbah Éditions, il est à signaler la publication, en 2010, d’une traduction en français de l’exégèse coranique El djawahir el hiçan fi tefsîr el Qur’ân (Les Joyaux de l’exégèse coranique)*, écrite en 1429 par Cheikh Abderrahmane At-Thaâlibi, « le lettré », le saint patron d’Alger.

Cette traduction d’Issam Toualbi, qui est enseignant à la faculté de droit de l’université d’Alger et descendant du Cheikh, est accompagnée de commentaires très utiles. La préface est signée par Abderrazzak Guessoum, professeur de philosophie et de pensée islamique au sein de la même université.

Il est bon de préciser tout d’abord que cette traduction permet aux francophones de mieux appréhender la pensée profonde et riche de Cheikh Abderrahmane At-Thaâlibi. Une notice sur la vie et l’œuvre du Cheikh donne quelques éléments supplémentaires.

Ensuite, ce livre est destiné à la jeunesse musulmane qui doit s’imprégner de la pensée de notre élite religieuse qui a fait un réel effort intellectuel, depuis la Révélation, pour vulgariser la science coranique. Le tafsîr (interprétation), terme arabe qui désigne une exégèse du Coran, et effectuée par un moufassir, personne dotée d’une érudition en matière coranique qui s’engage sur le chemin extrêmement difficile de l’explication des versets, en relevant les subtilités de la langue arabe et des messages que tout un chacun devra, durant sa vie terrestre, déceler. Le moufassir devra, avant de se lancer dans cette exaltante mission, maîtriser parfaitement la langue arabe : « C’est une Révélation en langue arabe claire » [Coran, s. 26, v. 195].

Abderrahmane At-Thaaâlibi, saint patron d’Alger

C’était le cas de cet érudit qui s’appelait Abderrahmane At-Thaaâlibi, de son vrai nom Ibn Zeïd Ibn Makhlouf Abderrahmane El Thaâlibi, de la tribu des Thaâlba. Il est né en 1384 à Oued Isser, à une soixantaine de kilomètres à l’est d’Alger. Il effectua de nombreux voyages d’études en Tunisie, en Égypte, en Turquie et en Syrie, pour approfondir ses connaissances théologiques. De retour à Alger en 1414, il occupa le poste de cadi (magistrat) de la ville.

Spécialiste de l’exégèse coranique, Abderahmane At-Thaaâlibi est également l’auteur de plusieurs manuscrits consacrés à la théologie, à la mystique, au soufisme et à l’histoire. Il a notamment écrit « Les Bons Joyaux dans l’interprétation », « Les Lumières éclairantes dans l’union de la Loi et de la Vérité », « Les Jardins des saints », « Des vérités sur le soufisme », « Les Nobles Sciences dans l’observation des états de l’autre monde ».

Il fonda l’école Thaalibiya, où diverses matières étaient enseignées (histoire, littérature, soufisme, doctrines, interprétation...). La zaouia de Sidi Abderrahmane El Thaalibi abrite, depuis 1471, le mausolée (« la Koubba ») du saint homme.

En 1696 fut érigée sur l’emplacement de son tombeau la mosquée située dans le quartier de la basse Casbah de la ville d’Alger. L’un des grands lustres a été offert par la reine d’Angleterre Victoria et la légende nous fera dire que l’eau de la fontaine de la cour est miraculeuse.

Aux côtés de la tombe du Cheikh reposent un grand nombre de mes aïeux. Ce très bel endroit, salué encore aujourd’hui par les femmes venant solliciter le saint patron d’Alger, me rappelle avec émotion l’histoire d’Alger, ma ville natale.


Chems-eddine Hafiz, avocat au barreau de Paris, est co-auteur de Droit et religion musulmane (Éd. Dalloz, 2005) et auteur de De quoi Zemmour est devenu le nom (Éd. du Moment, 2010).

(*) Cheikh Abderrahmane At-Thaâlibi, Les Joyaux éclatants dans l´exégèse du Coran – El djawahir el hiçan fi tefsîr el Qur´ân, traduction et commentaires d'Issam Toualbi, Casbah Éditions, Alger, 2010, 234 pages.