Points de vue

Le patriotisme français dépasse les frontières religieuses

Par Jean-Pierre Filiu*

Rédigé par Jean-Pierre Filiu | Lundi 22 Juin 2009 à 09:01



La France compte aujourd’hui la plus importante communauté musulmane d’Europe, forte de quelque 5 millions de personnes, majoritairement de nationalité française (soit environ 8 % de la population). Cette réalité sociologique et démographique a alimenté de nombreuses interrogations quant aux défis d’intégration de cette communauté, plus ou moins bien intentionnées, même si toutes les études soulignent l’adhésion des musulmans de France aux valeurs et aux institutions de leur pays.

Gallup vient de publier un passionnant rapport qui confirme ce phénomène.

Consultable sur www.muslimwestfacts.com, il démontre que ce processus s’approfondit également chez les musulmans de Grande-Bretagne (un peu plus de 2 millions de personnes, soit plus de 3 % de la population) et d’Allemagne (environ 3 millions, soit moins de 4 %).

Le principal résultat de cette étude est que les Français de confession musulmane s’identifient à leur pays dans la même proportion que leurs compatriotes (52 % / 55 %). Ce civisme national est incontestablement enraciné avec la même prégnance, quelle que soit la religion professée. Cette donnée est d’autant plus frappante que les musulmans de France accordent une place bien plus importante à leur foi dans leur vie quotidienne que le reste de la population (69 % jugent cette place « importante » contre 25 % des Français en général).

Il n’y a donc aucune contradiction entre cette pratique religieuse, plus intense chez les personnes musulmanes interrogées, et l’identification à la France et à ses institutions, partagée avec l’ensemble des autres citoyens. Les Français, musulmans ou non, accordent ainsi le même degré de confiance relative au système de gouvernement, aux élections ou aux médias.

Les personnes musulmanes interrogées apparaissent socialement plus conservatrices que leurs compatriotes, même si, là encore, les musulmans de France sont plus nombreux à juger l’avortement « moralement acceptable » (35 %) que leurs coreligionnaires allemands (19 %) et britanniques (5 %). Les Français non musulmans ont pour leur part gagné en tolérance, puisque près des deux tiers d’entre eux estiment que le port du voile n’est pas un handicap à l’intégration.

L’intégration sociale se joue aussi dans l’image de soi aux yeux des autres et de soi-même : les Français musulmans sont aussi nombreux que leurs compatriotes à considérer qu’ils sont traités avec respect dans leur vie quotidienne, que la journée écoulée valait la peine d’être vécue, ou qu’ils sont fiers de ce qu’ils ont accompli ce jour-là.

Pour mener une existence épanouie, les musulmans accordent d’ailleurs la même importance que les autres Français à la maîtrise de la langue française et à l’exercice d’un emploi. Ils sont encore plus nombreux que leurs compatriotes à valoriser le poids de l’éducation dans la réussite sociale (90 % /80 %), mais ils misent moins qu’eux sur l’engagement politique (49 % / 66 %). De manière générale, c’est moins la pratique religieuse que la précarité économique qui est perçue et vécue comme un obstacle à la réussite sociale.

Ces éléments sont publiés alors que l’élection du président Obama a relancé en France le débat sur la « diversité » ethnique et religieuse, ainsi que sur l’intégration des « minorités visibles ». Le multiculturalisme de type anglo-saxon est toujours vivement débattu en France, où l’attachement à la « laïcité républicaine » a souvent conduit la négation de toute spécificité culturelle. Avec pour conséquence un contraste frappant entre la vivacité de ces débats controverses et le processus, serein et irréversible d’intégration de l’islam en France.


* Jean-Pierre Filiu est professeur à l’Institut d’études politiques de Paris.




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