Culture & Médias

Le hip-hop américain apporte son soutien à la révolution tunisienne

Hip Hop Diplomacy

Rédigé par Hajer Naili (New York) | Samedi 19 Novembre 2011 à 22:54

Après un premier titre sorti en septembre dernier en hommage à Mohamed Bouazizi, le groupe de hip-hop américain Remarkable Current revient avec un nouveau morceau célébrant la révolution du Jasmin.
Le titre co-signé El Général et intitulé « Pick up The Pieces » a été enregistré à Sfax, en juin dernier, lors d'une tournée en Tunisie du groupe américain. La tournée musicale, destinée à apporter un soutien à la jeunesse tunisienne, a été sponsorisée par le Département d’État américain.



De g. à dr. : El Général, Anas Canon et Kumasi Simmons (Photo : Remarkable Current ).
« Pick up the Pieces » est la deuxième collaboration musicale entre Remarkable Current et des artistes de rap tunisiens depuis le début du Printemps arabe. Le titre sorti le 7 novembre –date qui célébrait habituellement le coup d’État de l’ancien président Zine El-Abidine Ben Ali – est un hommage à la révolution du Jasmin et au peuple tunisien après 23 années de dictature.

« Pick up The Pieces » (« Ramassez les morceaux » en français) a été enregistré à Sfax, en juin dernier, lors d’une rencontre entre le rappeur El Général et les membres de Remarkable Current.


Remarkable Current s'associe à El Général

Fondé en 2001, Remarkable Current est un collectif d’artistes américains constitué de musiciens, de compositeurs et de rappeurs, qui, à travers leur musique, visent à répandre un message de paix et de tolérance.

Quatre mois après la fuite de Ben Ali, Remarkable Current a été sollicité par le Département d’État américain et invité par l’ambassade des États-Unis, à Tunis, à effectuer une tournée dans le but d’apporter le soutien de la diplomatie américaine à la jeunesse tunisienne dans son désir de changement. « Le Département d’État américain cherchait un moyen de sensibiliser les jeunes électeurs à travers le hip-hop », explique Anas Canon, le fondateur de Remarkable Current.

« Pick up the Pieces », rappé par El Général, Kumasi Simmons et Anas Canon, décrit la lutte entre les peuples et les dirigeants. « Le refrain parle de ces nations qui se disputent pour les richesses et le pouvoir et de ces quelques personnes qui prennent toutes les décisions qui, chaque jour, affectent des millions de personnes », explique Canon.

Toutefois, Anas Canon avoue combien il a été difficile de convaincre El Général d’enregistrer le titre. « El Général était hésitant et sceptique du fait que nous étions des artistes américains », confie-t-il, « après 30 minutes de discussion pour tenter de le convaincre, il a enfin réalisé que nous venions d’endroits similaires et que nous étions ici pour le soutenir. Et, en effet, nous n’avions pas d’autre agenda que celui-là. »

Construire des liens à travers l’art et la musique

Le fondateur du collectif américain insiste : « Remarkable Current n’était en aucun cas un émissaire diplomatique du Département d’État américain. » Canon souligne que l’ambassade des États-Unis a uniquement apporté un soutien financier et logistique à la tournée.

Lors d’une interview enregistrée par Remarkable Current avec El Général à Sfax, le rappeur tunisien a confié ne plus être inspiré par le hip-hop américain depuis que celui-ci se fait moins engagé et plus commercial. « Je constate que le rap américain a perdu de son essence. On ne voit plus que des images de femmes dénudées. C’est vraiment une image du rap américain différente de celle qu’on a aimé et écouté auparavant », avoue El Général.

Il admet, en revanche, être agréablement surpris par sa rencontre avec Remarkable Current, dont la majorité des artistes sont musulmans. Tout comme dans les textes d’El Général, l’islam est, en effet, un thème récurrent dans les productions musicales du collectif américain. Toutefois, « notre message n’est pas uniquement axé sur la religion », insiste Anas Canon, « il est aussi lié à la culture et à l’unité à travers la diversité. Le but est de construire des liens à travers l’art et la musique. »

Hommage hip-hop à Mohamed Bouazizi

Il y a cinq ans, Remarkable Current a lancé un programme nommé « Hip Hop Ambassadors » visant à développer les échanges et les collaborations musicales entre les jeunes à l’étranger et des artistes américains. Le programme s’inspire du « Jazz Diplomacy », né dans les années 1950 aux États-Unis, en pleine Guerre froide. À cette époque, le Département d’État américain avait décidé d’envoyer les meilleurs musiciens de jazz aux quatre coins du monde dans le but de promouvoir une image positive des États-Unis et de nouer des liens avec le reste du monde. « Hip Hop Ambassadors » s’inscrit dans la même lignée avec le hip-hop pour outil d’interaction.

Depuis le 11-Septembre, les États-Unis tentent de convaincre l’opinion publique internationale, et plus particulièrement les pays musulmans, qu’ils ne sont pas en guerre contre l’islam. Le Département d’État américain utilise donc, parmi d’autres moyens, le hip-hop pour nouer avec cette jeunesse étrangère, très souvent de confession musulmane.

Outre la Tunisie, les « Hip Hop Ambassadors » ont été sollicités pour des tournées en Algérie, au Maroc, en Égypte, en Turquie, à Dubaï, en Indonésie, en Tanzanie ou encore à Jérusalem.

« Le Département d’État américain ne disposait pas d’un système de recrutement de talents pour des tournées à l’étranger. J’ai donc pensé qu’il serait bon de cibler les besoins du Département d’État et d’y répondre », explique Anas Canon, « mais il ne s’agissait pas simplement de trouver des artistes et des musiciens capables de jouer de la musique, il fallait aussi qu’ils soient capables de prendre part à un échange culturel. C’est ainsi que m’est venue l’idée de créer une compagnie qui susciterait l’intérêt du Département d’État et qui faciliterait leur recherches de talents. »

Remarkable Current a aussi rendu un hommage à Mohamed Bouazizi dans un autre titre « A Young Man’s Spark », sorti en septembre dernier. Le morceau réunit trois membres du label américain (Kumasi Simmons, Creme De La Ultra, Anas Canon) et des artistes tunisiens (Nizar T-Man, Weld Michel et L’Empire).