Politique

L’exclusion à l’origine de l’abstention dans les quartiers

Rédigé par Nicolas Theodet | Mardi 6 Mars 2012 à 13:11

Comme à chaque échéance électorale, l’épineuse question de l’abstention soulève l’inquiétude des partis politiques. Dans les quartiers populaires, ce taux d’abstention est souvent très élevé. Pour le chercheur, Eddy Fougier qui travaille sur ce sujet, le chômage et l’exclusion sont les principales causes ce phénomène en hausse constante.



En France, le contexte de l’abstention est complexe. Comme le déclare dans un entretien à Zaman France, Eddy Fougier, chercheur à l’IRIS, « il y a deux types d’abstention qui sont reconnues. L’une est positive et concerne les personnes qui rejettent le monde politique. L’autre est beaucoup plus négative et concerne des personnes qui se sentent exclues de la société ». Le taux d’abstention a néanmoins une importance symbolique car « il représente la défiance » de la population, analyse le chercheur.

« Il faut que les candidats, notamment ceux de l'élection présidentielle, montrent un intérêt à mobiliser ce types d’électeurs, car ils pourraient changer les résultats », ajoute-t-il. Mobiliser l’électorat des quartiers défavorisés est au centre de la campagne présidentielle des candidats de gauche. Outre le problème du déni politique, la principale cause de l’abstention dans les quartiers défavorisés est principalement liée au sentiment d’exclusion de ses habitants, souvent victimes du chômage et de l’exclusion.

Pas de solutions miracles à l’abstention

Les solutions pour résoudre ce problème sont nombreuses. La première est celle du vote obligatoire, déjà en vigueur en Belgique. Eddy Fougier déclare pourtant que « ce n’est pas une bonne solution. Les gens iraient voter à contre-cœur ». Pénaliser financièrement l’abstention serait également une erreur. « Les personnes qui ne vont pas voter sont généralement celles qui ont de grosses difficultés financières : les menacer d’une amende ne ferait qu’augmenter leur dégoût pour la politique », précise M. Fougier.

De plus, d’après le chercheur de l’IRIS, cela semble impossible car Nicolas Sarkozy n’a aucun intérêt à légiférer le vote obligatoire. « En banlieue, cela lui permet de séparer les habitants, et de diviser pour mieux régner en quelque sorte » explique-t-il.

La seconde option est celle du vote négatif. A la mode depuis quelque temps, le vote contestataire prend de plus en plus de poids. Cette proposition est apparue sur Usenet, forum d’information sur Internet, qui permettrait de voter non pas pour le candidat que l’on souhaite élire, mais pour celui que l’on ne veut pas voir gagner. Celui qui a obtenu le moins de voix serait donc élu. Mais, pour M. Fougier, « mettre en place un tel projet, pour une élection de type présidentielle, paraît moins légitime que de voter pour celui que l’on préfère ».

La dernière solution resterait donc la prise en compte du vote blanc au même titre qu’un candidat. Mais, comme le dit le chercheur, « je ne suis pas certain que cela change quoi que ce soit. Le seul intérêt qu’aura cette prise en compte sera de légitimer plus modérément le candidat élu ». La principale action reste donc de mobiliser les abstentionnistes, en les responsabilisant au devoir citoyen.

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