Société

JMEC 2020 : Porter le combat pour l'égalité des chances jusqu'à l'ONU

Rédigé par Myriam Attaf et Hanan Ben Rhouma | Samedi 5 Décembre 2020 à 09:00

Et si l'ONU reconnaissait la Journée mondiale de l'égalité des chances (JMEC) par l’ONU ? C'est la démarche qu'entame le collectif Different Leaders à l'occasion de la 6e édition de JMEC, qui valorise les actions de lutte contre les inégalités portées par des associations en France et dans le monde.



C'est le 5 décembre qu'est célébrée la Journée mondiale de l'égalité des chances (JMEC), portée depuis sa création en 2015 par le collectif Différents Leaders, lui-même animé par l’association Article 1 qui œuvre en France pour l'égalité des chances en accompagnant des jeunes issus de milieux populaires dans la réussite de leurs études et de leur insertion professionnelle. Cette initiative est destinée à sensibiliser les opinions publiques sur les inégalités en matière d'éducation et d'accès à l'emploi et à alerter les pouvoirs publics comme les organisations internationales sur l’absolue nécessité d’œuvrer pour plus de justice sociale.

La JMEC, fixée le 5 décembre en hommage à Nelson Mandela, disparu ce jour-là, réunit diverses structures à travers le monde, principalement dans des pays de l'espace francophone pour l'heure. Bien que les contextes nationaux soient différents les uns des autres, tous sont confrontés à des problématiques similaires : la précarité étudiante, la difficile insertion professionnelle des jeunes sur le marché du travail ou encore la fracture numérique.

« Ce qu’on voulait au départ, c’était de valoriser les structures qui, au quotidien, travaillent sur cette thématique (de l'égalité des chances) mais aussi sur l’accès à l’emploi et la lutte contre les discriminations. On souhaite interpeller les décideurs et faire que ces sujets aient plus d’écho » dans nos sociétés, explique Wassila Djellal, représentante de Different Leaders et coordinatrice de la JMEC 2020, lors d'une visioconférence organisée mercredi 2 décembre en présence d'activistes français, belge, marocain, malien, sénégalais et nigérien.

A cette fin, Different Leaders rencontre, samedi 5 décembre, en visioconférence, la ministre chargée à l'Égalité femmes-hommes, à la Diversité et à l'Égalité des chances afin de lancer la 6e édition de la JMEC et lui présenter leurs priorités. Surtout, le collectif espère obtenir d'elle un soutien appuyé à la démarche qu'il entreprend cette année : celle de faire reconnaître la Journée mondiale par l’ONU.*

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*Mise à jour : « On naît avec les mêmes droits, mais pas les mêmes chances. (...) La motivation c’est important, mais ça ne suffit pas. Pour choisir ce qu’on veut faire de notre vie il faut en avoir les moyens », a affirmé la ministre auprès du collectif, lui accordant son soutien à leur demarche, nous affirme-t-on.

L'égalité des chances en pleine crise sanitaire, un véritable défi

En pleine pandémie de la Covid-19, « la JMEC offre à ses organisateurs et organisatrices l’opportunité de réaffirmer haut et fort que crise actuelle n’arrête pas le combat contre les inégalités : elle lui donne au contraire encore plus de sens, et souligne son caractère de défi mondial », fait-on valoir cette année.

« Nous accompagnons les jeunes bacheliers jusqu’à leur insertion professionnelle et, en général, 90 % d’entre eux trouvent du travail six mois après l’obtention de leur diplôme. Mais cette année (en raison de la crise sanitaire, ndlr), notre pourcentage est très faible. C’est pour cela qu’on a décidé de dédier cette 6e édition à faire des ateliers et des séminaires qui permettront aux jeunes de faciliter leur insertion professionnelle », déclare Lamiae Moutrib, membre de la Fondation marocaine de l’étudiant (FME).

Pour Ilhame Hadouch, bénévole pour Different Leaders, la fracture numérique figure parmi les problèmes majeurs identifiés. « Avec le confinement, on a vu à quel point c’était l’enfer. Des étudiants habitant les zones rurales n'avaient pas d’accès à Internet. D’autres étudiants n’avaient pas de matériel et devaient partager un ordinateur par famille, ce qui est très difficile », confie-t-elle.

La précarité étudiante a aussi frappé bon nombre de jeunes qui parvenaient à s’en sortir grâce à un petit boulot. Mais la pandémie a mis un coup d’arrêt à leur activité salariale. « Près de 80 % des jeunes suivis par Article 1 ont perdu leur boulot », partage Tara Dickman, formatrice et consultante pour Article 1. Pour les soutenir, l’association a organisé une levée de fonds et a ainsi pu récolter « 140 000 euros » qui ont servi à apporter une aide alimentaire aux jeunes. Une preuve, pour la formatrice, des dures conséquences de la crise sanitaire. Au Maroc, la FME a elle aussi offert un soutien financier à ses bénéficiaires en leur offrant un équipement informatique et une connexion internet.

L'Afrique davantage confrontée au manque d'actions politiques

En Afrique, les activistes œuvrant pour l'égalité des chances font face à une forte insuffisance d’actions politiques visant à réduire les inégalités, bien plus que sur le Vieux continent. Ousseynou Gueye, co-organisateur de la JMEC au Sénégal et au Mali, considère d'ailleurs que la mauvaise gouvernance est un frein à leur réalisation. « Ce n'est pas simple de faire bouger les choses. Plaider pour l’égalité des chances en Afrique est plus compliqué qu’en Europe, je pense. Il n'y a pas de débats publics. Il y a une gouvernance et une mentalité héritées du système colonial », déclare le fondateur de l’association Polaris qui lutte contre la fracture numérique sur le continent noir.

Un point de vue partagé par Idriss Laouali Abdou, coorganisateur de la JMEC au Niger. « Localement, on a pas de réelle légitimité et, souvent, les associations sont très mal perçues par les politiques, qui les voient comme des ennemies qui feront ressortir leurs mauvais résultats », affirme-t-il.

Cependant, Ousseynou Gueye note que, pour pallier le manque d'actions politiques, les jeunes Africains peuvent compter sur une forte solidarité familiale et communautaire : « Il y a de l’entraide. En Afrique, c’est rare de voir quelqu’un complètement livré à lui-même. Cette culture, c’est un atout pour notre combat en faveur de l’égalité des chances. » Un atout qui rappelle l'importance du poids que peut apporter la société civile dans cette lutte.

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