Société

Islamophobie : pourquoi le leader de l’extrême droite britannique démissionne

Rédigé par | Mardi 8 Octobre 2013 à 16:40

Le fondateur charismatique de l’English Defence League (EDL), Tommy Robinson, a annoncé sa démission cette semaine, justifiant son départ par « le besoin de combattre l'idéologie islamique non à travers la violence mais à travers des idées meilleures et démocratiques ». Comment prendre une telle annonce ?



Tommy Robinson (à dr.) et Kevin Caroll, désormais ex-leaders de l'English Defence League (EDL).
Coup de tonnerre dans les rangs de l’extrême droite britannique. Tommy Robinson, le leader de l’English Defence League (EDL), a démissionné. Il a justifié son départ, mardi 8 octobre, en reconnaissant « les dangers de l'extrême droite et le besoin de combattre l'idéologie islamique non à travers la violence mais à travers des idées meilleures et démocratiques ».

Fer de lance de l’islamophobie en Grande-Bretagne, l'EDL, fondée en 2009, a organisé de nombreuses manifestations contre « l’islamisation » du pays en propageant des discours de haine à l’égard des musulmans. L’organisation a mené une violente campagne islamophobe après le meurtre du soldat britannique le 22 mai dernier à Londres. De nombreuses mosquées ont été notamment la cible d’attaques d’origine criminelle.

Tommy Robinson, 30 ans, s'est affiché à de nombreuses reprises avec des responsables de l'extrême droite européenne et américaine. « Je veux mener une révolution contre l'idéologie islamiste, pas contre les musulmans », a déclaré le fondateur de l'EDL à la presse, regrettant que les gens pensent à lui « dès qu'un imbécile soulève son tee-shirt pour montrer l'image d'une mosquée faisant boom ». Un militant de l'EDL avait en effet été arrêté, fin juillet, pour incitation à la haine raciale après avoir été photographié avec son tee-shirt relevé sur son torse portant le dessin d'une mosquée qui explose.

Kevin Carroll, autre leader de l’EDL, a également décidé de quitter l’organisation. « Cela fait un long moment que je réfléchis à cette décision (de démissionner) car je dois admettre que, même si les manifestations nous ont fait avancer jusqu'à un certain point, elles ne sont plus productives aujourd'hui », a ajouté M. Robinson.

Des annonces à prendre au sérieux ?

L'artisan des deux démissions surprises : la fondation Quilliam, un think-tank britannique contre l'extrémisme qui s’est félicité mardi dans un communiqué de ces départs en raison de leur incapacité à maîtriser les éléments les plus violents de l’EDL. A la tête de cette organisation, Maajid Nawaz, un ancien membre du groupe Hizb ut-Tahrir (Parti de la libération) qui se décrit comme un ancien extrémiste islamiste. « Nous appelons tous les anciens collègues de Tommy au sein de l'EDL à suivre ses traces et nous appelons aussi les dirigeants extrémistes islamistes à suivre cet exemple en quittant leurs groupes respectifs », a-t-il fait savoir.

Faut-il pour autant se réjouir de ses départs ? « Je ne peux pas prendre les annonces de Tommy Robinson ou de Kevin Carroll au sérieux jusqu'à ce qu'ils rejettent leurs opinions fascistes sur l'islam et les musulmans », a déclaré Mohammed Shafiq, directeur de la fondation Ramadhan, un mouvement de jeunesse musulmane, qui a rencontré les intéressés quelques jours plus tôt.

Lors de leur entrevue, « à aucun moment, il (Tommy Robinson, ndlr) n'a rejeté ses précédentes attaques répugnantes sur l'islam et les musulmans ou fait des excuses au peuple britannique pour les millions gaspillés pour surveiller leurs manifestations », a-t-il fait savoir.

Un procès des leaders de l'EDL en vue

Une déclaration qui atténue largement la force des annonces des ex-leaders de l'EDL, qui comparaîtront par ailleurs au tribunal le 16 octobre pour avoir défié l'interdiction de manifester, fin juin, sur les lieux de l'assassinat du soldat Lee Rigby. Leurs récentes déclarations, qui n'ont rien de hasardeux, devraient pouvoir constituer une stratégie de défense bien préparée. Arrêté à plusieurs reprises en d'autres occasion, Tommy Robinson, de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon, veut éviter la prison.

Les réactions semblent partagées du côté des opposants de l'EDL, qui attendent désormais de voir la suite que leur réservent les démissionnaires.



Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur