Points de vue

Islamophobie : agir ou attendre une seconde « fournée » ?

Par Fatima Adamou*

Rédigé par Fatima Adamou | Samedi 13 Avril 2013 à 00:52



Pour son salut nazi après avoir marqué un but, le footballer grec du club AEK Giorgios Katidis a finalement été suspendu et condamné à payer une amende. Même si cette peine semble légère, cela marque l’avancée contre le racisme. Avec un Noir à la Maison Blanche, le racisme du XXe siècle est derrière nous, en apparence seulement.

En effet, une crainte s’est installée : dans des colloques, des livres, des articles, on met en garde contre l’islamophobie montante un peu partout en Europe. Le parallèle est fait avec la situation des juifs dans les années 1930. Les unes de journaux sont comparées : les mots « musulmans » et « Islam » reviennent fréquemment associés à des événements négatifs ; les institutions musulmanes sont régulièrement prises pour cible ; les carrés musulmans profanés ; les citoyens musulmans sujets à une discrimination ouverte, voire à des attaques physiques.

Dans un monde en proie à la crise économique, un bouc émissaire est recherché, comme toujours dans ces circonstances. On scrute les différences : si ce n’est pas la couleur de la peau c’est la religion, si elle est commune on cherche une différence parmi les ancêtres. En Europe, c’est tout trouvé : c’est l’islam. Le bouc émissaire rêvé : nul besoin de propagande sur la volonté des musulmans d’imposer à tous leur religion et la charia ; les musulmans extrémistes s’en occupent et les petits actes d’ignorance commis à répétition affermissent cette théorie.
On a tous lu des articles ou des rapports faisant mention d’un musulman arrêtant son activité soudainement, étalant son tapis pour prier comme un chauffeur de bus britannique, ignorant ces passagers, un étudiant en plein cours dans une université française ou l’esclandre d’ un mari dans un hôpital ne voulant pas laisser sa femme être auscultée par un médecin masculin.

Cela traduit nettement une carence dans la transmission de la pratique religieuse et de l’ignorance mais également un manque de communication avec les représentants religieux, dont le rôle est aussi de transmettre des requêtes comme obtenir des salles de prière.

Le courage s’impose pour démolir les thèses antimusulmanes

Hélas, ce type d’exemples est utilisé par les partis d’extrême droite pour exacerber la peur du musulman et de l’islam et gagner des voix. Cette progression des parties d’extrême droite reflète peut-être aussi l’échec des sociétés et notre échec en tant que citoyens musulmans.

Nous n’avons pas su créer des liens humains solides, capables de passer ces périodes de crises économiques. Nous n’avons pas suffisamment intégré les réseaux associatifs laïcs et interreligieux afin de briser les préjugés et discréditer les propos antimusulmans.

Aujourd’hui, les attaques physiques contre les personnes handicapés, les homosexuels et les transsexuels sont courants un peu partout en Europe. Les Roms sont stigmatisés, discriminés. Les symboles et institutions religieux saccagés augmentent en Europe. Le nombre d’églises vandalisées se multiplie, les sikhs sont de plus en plus visés, l’antisémitisme n’a pas disparu. Dans les pays à majorité musulmane, les minorités religieuses, en particulier les chrétiens, sont inquiétées et leurs lieux de culte dévastés.

L’absence de mobilisation contre les injustices autres que celles qui affectent les musulmans renforce peut-être notre rejet.

Nous pouvons choisir d’adopter le statut confortable de victime : participer aux colloques, lire les articles spéculant sur une seconde « fournée », stigmatiser à notre tour les personnes apeurées par l’islam et des musulmans, adopter la rhétorique préférée des partis d’extrême droite du « nous » et du « eux ». Ou bien l'on peut choisir d’agir en étudiant ce qui a permis aux sociétés divisées ou aux empires à multiples ethnies et religions de coexister.

Évidemment, les remèdes pour contrer les actes antimusulmans ne devraient être les mêmes. Un pays où des membres religieux siègent au Parlement comme la Grande-Bretagne n’est pas similaire à un pays où le mot « Dieu » est pratiquement tabou en public comme en France. Traiter la Suède identiquement à la Bulgarie et à la Grèce où l’islam est présent de puis des siècles est impensable.

Enfin, démolir les thèses antimusulmanes des extrêmes droites est décisif. Pour cela, le courage s’impose. D’abord, celui de reconnaître les problèmes de la communauté et savoir y faire face. Ensuite, le courage de dénoncer et de se démarquer totalement des extrémistes musulmans en Europe et ailleurs. Lesquels provoquent la séparation d’avec nos concitoyens non musulmans, profitent des lacunes des gouvernements envers leurs jeunes citoyens pour semer des enseignements erronés et contraires à l’esprit de l’islam.
Ce courage, c’est le devoir de nos chefs et représentants religieux mais aussi de tout un chacun, hommes et femmes.


* Tutrice de français en Grande-Bretagne, Fatima Adamou est également researcher bénévole à l'association Christian Muslim Forum.