Politique

Edouard Philippe et « la mosquée radicale » du Havre, l'intox islamophobe du FN

Rédigé par Imane Youssfi | Jeudi 18 Mai 2017 à 16:45



Affubler un homme politique d'un prénom arabe telle une insulte pour dénoncer de lui des pseudo-accointances avec l'islamisme, une technique que la fachosphère n'hésite plus à utiliser contre des personnalités de gauche comme de droite. Après Ali Juppé et Farid Fillon, Bilal Hamon et Djamel Macron, c'est au tour d'un certain Hassan Philippe de voir le jour.

A peine nommé, le nouveau Premier ministre Edouard Philippe doit déjà faire face aux intox de la fachophère le dépeignant comme un ami des « fondamentalistes islamistes ». Une intox qui a pris une forte ampleur sur les réseaux sociaux après le message, en date du lundi 16 mai, de Florian Philippot.

Capture d'écran du post de Florian Philippot, à charge contre le Premier ministre
« Avec Macron/Philippe, avec LREM (La République en marche, ndlr), le fondamentalisme islamiste a malheureusement encore de beaux jours devant lui ! », a écrit le vice-président du Front national.

Son message, partagé plus 3 600 fois via Facebook, accuse directement l’ancien maire du Havre d’une proximité avec un lieu de culte soi-disant radical. « En 2013, Édouard Philippe, alors maire du Havre, inaugurait la mosquée radicale Mesjed Ennour. #LeVraiPhilippe », est-il inscrit dans un photomontage.

Qu'en est-il et qui est derrière la mosquée Ennour tant évoquée sur les réseaux sociaux ? Le lieu de culte, située dans le quartier de La Mare-Rouge, a bien été inauguré en septembre 2013 par le député-maire du Havre mais les faits s'arrêtent là. Cet important événement local avait alors été organisé en présence d'élus locaux et de Dalil Boubakeur, alors président du Conseil français du culte musulman (CFCM), comme le rapportait à l'époque Saphirnews.

Pourquoi cette mosquée n'a rien de radicale

Une mosquée radicale, dit-on ? Le président de la mosquée n'est autre que Hadj Khababa, aumônier militaire du culte musulman. Lors des attentats de Paris en novembre 2015, le lieu de culte condamnait ces actes en des termes sans équivoque.

« La mosquée Mesjed Ennour du Havre condamne avec la plus grande vigueur et fermeté la terrible vague meurtrière d’attentats terroristes qui vient de frapper notre pays. (…) Devant le nombre effroyable de victimes de cette agression hyper-terroriste perpétrée contre la population parisienne, nous tenons à affirmer notre solidarité avec les familles et notre compassion totale pour les victimes », faisait-elle valeur dans un communiqué.« Notre conviction est que seule l’unité nationale devant cette terrible épreuve qui frappe la Nation permettra de juguler ce péril majeur pour notre démocratie. »

Plus récemment, la mosquée, à l'instar de nombreuses organisations musulmanes, invitait ses fidèles à se rendre aux urnes lors des élections présidentielles. Elle a également organisé, courant du mois d'avril, une opération de don du sang dans ses locaux, avec l'Etablissement français du sang (EFS). On est bien loin de l’image fondamentaliste véhiculé par les militants islamophobes.

Après la mosquée, l'affaire des mousses au chocolat pas halal

Pour donner du poids à la rumeur sur la proximité du Premier ministre avec le fondamentalisme islamiste, plusieurs sites de la fachosphère ont ressorti l’affaire des 8 500 mousses au chocolat jetés à la poubelle par la municipalité du Havre en 2012 car contenant de la gélatine de porc.

Les desserts, destinés à être servies dans 67 cantines scolaires d’écoles maternelles et élémentaires, n’avaient en effet pas été distribués pour respecter le choix des élèves qui ne consomment pas de porc, qu'ils soient musulmans, juifs ou d'une autre conviction. Cela ne suffit guère pour accréditer les accusations.

Lire aussi :
Macron - Philippe : le gouvernement nommé, qui sont les ministres ?
Dalil Boubakeur à l'inauguration de la mosquée du Havre
8 500 mousses au chocolat à la poubelle pour cause de gélatine de porc
« Ali Juppé », une intox de l’extrême droite qui favorise François Fillon