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Coupe du monde 2026 : derrière la fête du football, le spectre du racisme aux Etats-Unis

Rédigé par Lina Farelli | Mercredi 10 Juin 2026

Alors que le coup d'envoi du Mondial 2026 sur les pelouses américaines, mexicaines et canadiennes va être lancé jeudi 11 juin, une ombre persistante plane sur l'événement : celle des discriminations et du racisme sous toutes ses formes. Refus de visas, fouilles humiliantes, expulsions d'arbitres, politiques migratoires ciblées… La plus grande compétition de football du monde s'ouvre dans un contexte particulièrement tendu pour les ressortissants africains.



L'édition 2026 de la Coupe du monde de football se tiendra aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique du 11 juin au 19 juillet. © CC BY-SA 4.0/UKinUSA
Quand des joueurs sont traités comme des criminels. A peine les équipes du Sénégal et de l'Ouzbékistan débarquaient-elles sur le sol américain que la polémique a éclaté. Les joueurs sénégalais ont été contraints, mardi 9 juin, de se soumettre à des fouilles minutieuses de leurs bagages directement sur le tarmac de l'aéroport de San Antonio. Leurs homologues ouzbeks, eux, ont été accueillis à leur centre d'entraînement de New York par des chiens renifleurs et des portiques de détection.

Sur les réseaux sociaux, l'indignation a été immédiate. Des milliers d'internautes ont qualifié ces scènes de « honte », de « dégoût » et d'« insulte » à la dignité des athlètes. Le contraste avec l'accueil réservé à d'autres délégations, comme celle des Pays-Bas lors d'un récent match amical, n'a pas manqué d'être relevé : ces derniers n'avaient subi aucun contrôle comparable. Toutes les équipes - 48 au total - ne sont clairement pas logées à la même enseigne.

La privation du Mondial à un arbitre somalien, symbole d'une injustice systémique

Tous les professionnels du ballon rond non plus. Le cas le plus emblématique reste celui d'Omar Abdulkadir Artan. Cet arbitre somalien, titulaire du statut FIFA depuis 2018, sacré meilleur arbitre de l'année par la Confédération africaine de football en 2025, s'est vu refuser l'entrée aux États-Unis à l'aéroport de Miami, en dépit d'un visa en règle. Arrivé d'Istanbul, il a été reconduit à la frontière par la police américaine des douanes et de la protection des frontières (CBP), sans explication officielle.

Son éviction sonne comme un symbole douloureux : un professionnel reconnu à l'échelle internationale, issu d'un pays africain à majorité musulmane, écarté d'un tournoi mondial sans raison fournie. Face à la polémique, la FIFA s'est contenté de déclarer qu'elle « ne participait pas aux processus d'immigration ou aux décisions de visa des pays hôtes, y compris dans l’octroi des visas ». Une réponse jugée bien insuffisante par les défenseurs des droits humains.

Du côté de l'équipe d'Irak, l'attaquant Aymen Hussein a été soumis à sept heures d'interrogatoire par les agents frontaliers à l'aéroport de Chicago avant d'être autorisé à entrer. Le photographe officiel de l'équipe irakienne, Talal Salah, n'a, quant à lui, pas eu cette chance : il a purement et simplement été refoulé.

Le « visa bond », une mesure dénoncée comme discriminatoire

En amont du tournoi, l'administration Trump avait mis en place un programme de cautionnement des visas (Visa Bond Program) en août 2025. Initialement prévu pour 38 pays considérés comme ayant des taux élevés de dépassements de visa, il avait été étendu à 12 autres. Il impose aux ressortissants concernés le versement d'une caution allant de 4 350 euros pour un enfant à environ 13 000 euros pour un adulte afin d'obtenir le droit d'entrer sur le territoire américain.

Cinq des six pays africains qualifiés pour le Mondial - l'Algérie, le Cap-Vert, la Côte d'Ivoire, le Sénégal et la Tunisie - avaient aussi initialement vu leurs supporters frappés par cette obligation de caution avant d'en être finalement dispensés s'ils ont acheté des billets officiels de la FIFA. Toutefois, l'annonce a été faite tardivement, privant des fans de faire leur demande de visas dans les temps pour espérer se rendre outre-Atlantique.

Si l'obligation de caution a été levée pour les Ivoiriens et les Sénégalais, ils font toutefois toujours l'objet de restrictions de visas. Pire encore sont les Haïtiens et les Iraniens : ces derniers font l'objet d'un visa ban, leur interdisant tout accès aux États-Unis sauf à bénéficier d'une double nationalité. Pour de nombreuses associations et ONG, le message est clair : il ne s'agit pas d'une mesure sécuritaire neutre, mais d'une politique aux contours raciaux assumés, qui prive des supporters africains et musulmans du droit d'assister à la compétition dans les mêmes conditions que les autres.

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Un tournoi sous surveillance policière accrue

Au-delà des stades, c'est l'ensemble du contexte politique américain qui inquiète. Depuis janvier 2025, les forces de l'immigration (ICE) et les agents frontaliers (CBP) ont intensifié leurs opérations dans les 11 villes américaines accueillant des matchs du Mondial. Selon des données récentes, au moins 167 000 personnes ont été arrêtées aux abords de ces villes entre janvier 2025 et mars 2026.

L'Union américaine des libertés civiles (ACLU) a ainsi lancé une campagne d'information en avril dernier à destination des visiteurs étrangers se rendant aux États-Unis pour la compétition, dans les villes déjà touchées par les opérations musclées d'application des lois sur l'immigration : « Connaissez vos droits, connaissez vos risques ». Son initiative, rare à l'occasion d'un événement sportif mondial, alerte sur plusieurs menaces concrètes que les visiteurs étrangers pourraient rencontrer comme le refus arbitraire d'entrée sur le territoire, le risque d'arrestation, de détention ou d'expulsion ou encore les traitements inhumains ou dégradants en détention.

L'ACLU a interpellé la FIFA, lui demandant de défendre les droits humains, estimant que l'organisation « fait semblant de s'y intéresser tout en s'accommodant de l'administration Trump, mettant des millions de personnes en danger ». Human Rights Watch a publié un rapport en février 2026 appelant la FIFA à « mettre fin à la discrimination », soulignant que l'organisation avait une responsabilité morale dans le choix de ses hôtes et dans la garantie de conditions d'accueil équitables pour tous.

Pour des millions de supporters africains, venir soutenir leurs équipes exige des efforts considérables et se transforme en parcours du combattant administratif et financier, qui se révèle parfois humiliant. La question posée par ces événements dépasse le cadre sportif. Elle interroge la responsabilité de la FIFA dans le choix de ses pays hôtes, l'égalité de traitement entre nations et supporters, et la sincérité de ses engagements contre toutes les formes de discrimination. À l'heure où le football se veut porteur de valeurs de fraternité et d'universalité, ce Mondial 2026 risque de laisser un goût amer bien au-delà du coup de sifflet final.

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