Sur le vif

Calais : des ONG avec le Secours islamique sur le terrain de l'urgence

Rédigé par La Rédaction | Jeudi 2 Juillet 2015 à 11:40



A Calais, sommes-nous encore en France ? Si les ONG interviennent habituellement en urgence à l'étranger, dans des pays en guerre ou qui ont subi des catastrophes climatiques, Calais, dans le Nord-Pas-De-Calais, fait également partie d'une zone de couverture d'urgence. Face à la réaction lente et tardive des pouvoirs publics, le Secours Islamique France s'associe avec Médecins du Monde, le Secours Catholique et Solidarités International pour venir en aide aux migrants, annoncent les ONG dans un communiqué commun publié le 30 juin.

3 000 migrants vivent aujourd’hui dans une ancienne décharge sauvage, sur un terrain municipal de Calais. A la fin du mois de mars, sous la pression des pouvoirs publics, ils ont été contraints de se rabattre sur cette « lande » sans aucun aménagement. Ce lieu d’accueil de jour peut accueillir de 1 000 à 1 500 personnes, mais est déjà saturé.

Après la « jungle » où les migrants tentaient de survivre dans les bois, il s'agit d'une nouvelle « jungle autorisée » selon les ONG. Un système absolument inédit en Europe, sans aucun respect des normes des Nations Unies (UNHCR et OMS), dénoncent les humanitaires. L'accès à l’eau potable est insuffisant (30 robinets), quasiment pas de toilettes accessibles (20 pour 3 000 personnes), une alimentation de qualité insuffisante, un accès aux soins inadapté... Des hommes, des femmes, des enfants cohabitent ainsi dans ce qui peut être considéré comme un bidonville.

Des annonces ministérielles incomplètes

De façon exceptionnelle et urgente les ONG rassemblées interviennent concrètement sur le terrain. Le Secours Islamique distribuent 3 000 colis alimentaires quand Médecins du Monde déploie des cliniques mobiles pour proposer des consultations de médecine générale de proximité.

De son côté, Solidarités International distribue des kits d'hygiène ainsi que des récipients pour garder l’eau potable. Enfin, le Secours Catholique dépêche une équipe de bénévoles pour apporter des moyens et construire avec les exilés des abris, cuisines collectives et autres aménagements.

Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé en juin la réalisation urgente de travaux d’aménagement mais s’il faut « se réjouir de cet élan », les ONG dénoncent son « caractère tardif ». « Nous demandons aux pouvoirs publics de sortir de la logique de campement. Le démantèlement du bidonville doit être préparé pour aller vers une véritable mise à l’abri de tous, en créant des centres d’hébergement à taille raisonnable, répartis sur plusieurs lieux et régions sur le territoire national (Nord-Pas-de-Calais, Ile-de-France, etc.) » demandent les ONG.

Si le ministre de l’Intérieur a encouragé les exilés à déposer une demande d’asile en France, via notamment des actions spécifiques mises en œuvre par l’OFII et par l’OFPRA, les ONG regrettent « l’inadéquation complète du dispositif préfectoral : Les temps d’attente pour obtenir l’enregistrement de la demande d’asile par les préfectures sont, à Calais comme en région parisienne, de plusieurs mois ». Les ONG comme les autres observateurs de terrain sont au diapason pour dénoncer une aggravation des conditions d’accueil des migrants qui continuent de risquer leurs vies, toujours plus nombreux, pour espérer un avenir meilleur. Ou simplement un accueil humain en France.

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