Sur le vif

Belgique : les actes islamophobes en forte hausse en 2013

Rédigé par La Rédaction | Lundi 24 Février 2014 à 13:09



Comme en France, la prégnance de l’islamophobie est une triste réalité en Belgique. A l’image du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), Muslims Rights Belgium (MRB) recense les actes islamophobes en Belgique.

Pour la deuxième année consécutive, l’association fondée en septembre 2012 publie son rapport annuel. Son dernier bilan rendu public tout dernièrement compile les actes islamophobes recensés en 2013. MRB constate notamment qu’une « image très négative de l’islam et des musulmans » est « véhiculée dans l’actualité médiatique » et qu’il y a la « promotion de discours populistes de certains de nos élus ou leaders d’opinion, en recherche pour certains de victoire électorale, de visibilité médiatique ou de construction d’un plan de carrière personnelle ».

En terme de chiffres, MRB indique avoir récolté 713 signalements contre 576 en 2012. « Plus de 700 personnes ont donc signalé une discrimination ou une violence verbale ou physique dont elles ont été victimes en raison de leur appartenance réelle ou supposée à l’islam », commente l’association, qui indique avoir lancé un appel à signalement pour recueillir ces données.

« De nombreuses plaintes concernent, par exemple, la vision tronquée de l’islam et de la communauté musulmane véhiculée par certains médias et leaders politiques », note MRB, qui concède donc que c’est « souvent le climat d’islamophobie qui est pointé du doigt lors des signalements ».

Comme dans l’Hexagone, ces faits islamophobes touchent principalement les femmes (70,5 % contre 29,5 % d'hommes). « Trois quarts des signalements féminins dans les secteurs éducation et emploi sont faits par des femmes voilées », est-il précisé. « De nombreuses femmes voulant entreprendre des études ont dû y renoncer car y accéder signifiait devoir renoncer à ses convictions personnelles. Il n’y a pourtant qu’aux femmes voilées qu’on demande un tel sacrifice », dénonce MRB, qui estime que « l’islamophobie nuit directement à l’émancipation des femmes musulmanes ».

Moins de deux victimes d'islamophobie sur 10 engagent des poursuites

L’association fait remarquer que « près de la moitié des personnes ayant répondu à (leur) appel à signalements (47 %) ne portent aucun signe visible de conviction religieuse (ni foulard, ni barbe) ». Certaines victimes « témoignent d’ailleurs ne pas être musulman pratiquant, d’autres attribuent plus spécifiquement la discrimination à leur origine extra-européenne (principalement maghrébine) ».

De plus, « les victimes ayant signalé un fait islamophobe sont pour la grande majorité de nationalité belge. Seuls 30 signalements ont été reçus de la part d’étrangers, deux européens et 28 extra-européens », est-il indiqué. Mais, parmi les victimes belges, 86 % sont d’origine extra-européenne et doivent faire face à un amalgame entre leur origine, leur nationalité et leur religion supposée.

Face au traitement différencié auquel ils font face, tous demandent à être considérés comme des Belges à part entière, relève les témoignages publiés dans le rapport. Cependant, peu entreprennent des démarches contre les discriminations dont ils sont victimes. Sur l'ensemble des témoignages recueillis par MRB, moins de deux personnes sur 10 choisissent d’engager des poursuites. « Près de la moitié des victimes dit ne pas connaître leurs droits ni savoir à qui s'adresser. Plus grave encore, 3 discriminés sur 10 pensent que la justice ne leur donnera pas raison. Enfin, près de 2 témoins sur 10 estiment ne pas avoir de preuves suffisantes », détaille l’association belge.

Elle cite également les chiffres officiels du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme (CECLR). Dans son dernier rapport sur l’année 2012, qui dévoile une augmentation de 25 % de cas relatifs aux convictions religieuses ou philosophiques, une majorité (plus de 80 %) concerne des victimes musulmanes avec 222 cas sur 265.

Quelques actions sont mises en place pour contrer cette islamophobie comme la campagne « #HeadUp ! (Relevez- la tête), lancée fin janvier, pour sensibiliser les Belges aux discriminations subies par les femmes voilées. Mais MRB attend aussi une réponse forte des pouvoirs publics pour lutter contre l'islamophobie.