Points de vue

Après les attentats en Norvège : résister ensemble à l'intolérance

Par Ekmeleddin Ihsanoglu*

Rédigé par Ekmeleddin Ihsanoglu | Samedi 20 Aout 2011 à 01:16



Istanbul - Les événements tragiques qui se sont déroulés à Oslo nous rappellent encore une fois combien il importe de combattre l'intolérance religieuse et de faire avancer l'intercompréhension culturelle.

Cet ensemble d'attitudes et de comportements hostiles à l'islam et aux musulmans que l'on désigne par le terme islamophobie prend une place de plus en plus grande dans la démarche des partis politiques de l'ultra-droite et des sociétés civiles de l'Occident au niveau de leur politique anti-immigration et antimulticulturalisme, comme il ressort clairement du manifeste du tueur norvégien. Ces opinions sont paradées sous la bannière de la liberté d'expression, tout en claironnant que les musulmans ne respectent pas le droit.

Quelques jours avant l'attentat d'Oslo, le 15 juillet à Istanbul, l'Organisation de coopération islamique (OCI) et les Etats-Unis s'étaient retrouvés autour d'une position commune pour “combattre l'intolérance, les stéréotypes négatifs, ainsi que la discrimination, l'incitation à la violence et la violence contre les personnes fondée sur la religion et la croyance”, par la mise en œuvre de la résolution 16/18 du Conseil des droits de l'homme des Etats-Unis.

Lors de cette réunion — coprésidée par la secrétaire d'Etat et moi-même, en présence de la Haute Représentante aux affaires étrangères de l'UE, de ministres des affaires étrangères et de hauts fonctionnaires d'Etats membres de l'OCI et de pays occidentaux, ainsi que de représentants d'organisations internationales — les participants ont renouvelé leur engagement à mettre en œuvre efficacement les mesures prescrites par la résolution.

C'était là un pas important vers la consolidation des fondements de tolérance et de respect pour la diversité religieuse ainsi que la promotion et la protection des droits de la personne des libertés fondamentales dans le monde entier.

L'OCI, qui était à l'origine du texte de la résolution, avait travaillé en étroite concertation avec les Etats-Unis et l'Union européenne pour la faire triompher le 21 mars.

Ce texte constitue une démarche fondatrice sur le problème de l'intolérance religieuse. Elle offre la plus grande marge à la liberté d'expression et réaffirme le refus de toute discrimination, incitation ou préjugé utilisés par l'autre ou contre les symboles des fidèles des religions.

L'OCI n'a jamais cherché à limiter la liberté d'expression, à assurer un traitement préférentiel à l'islam, à réprimer la création ni à permettre la discrimination contre les minorités religieuses dans les pays musulmans.

La foi islamique est fondée sur la tolérance et l'acceptation des autres religions. Elle ne justifie pas la discrimination entre les êtres humains au motif de la caste, de la croyance, de la couleur ou de la religion. Tous les Etats membres de l'OCI ont le devoir sacré de protéger la vie et les biens de leurs citoyens non musulmans, et de les traiter sans aucune forme de discrimination. Les éléments qui chercheraient à nuire ou à menacer les citoyens appartenant à des minorités doivent être soumis à la loi. Constamment, nous nous sommes fermement exprimés contre les violences perpétrées contre des non-musulmans, que ce soit en Irak, en Egypte ou au Pakistan.

Nul n'a le droit d'insulter autrui au motif de ses convictions ni d'inciter à la haine et aux préjugés. Il s'agit là d'un comportement irresponsable et non civilisé.

D'un autre côté, nous ne devons pas oublier que le monde est divers. La perception qu'on a en Occident de certains problèmes diffère de ce qu'elle est ailleurs. Nous devons faire preuve de tact et de sensibilité dans l'appréciation de cette réalité, surtout lorsqu'il s'agit de critiquer ou d'exprimer une opinion sur des questions relatives à la religion et à la culture.

La publication de caricatures insultantes pour le Prophète il y a six ans a déclenché une vague de réprobation dans le monde musulman. La publicité faite au film Fitna et, plus récemment, autour des Corans brûlés, sont des cas d'incitation à la haine qui alimente une atmosphère de dangereux soupçons mutuels. La liberté d'expression doit s'exercer dans la responsabilité. Cela étant, toute réaction violente à la provocation est également irresponsable et non civilisée — nous les condamnons toutes deux au même titre.

Il ne suffit pas d'adopter des résolutions et des lois contre l'incitation religieuse. Nous devrions également être diligents au niveau des initiatives et des mesures visant à favoriser le dialogue et le rapprochement interculturel à tous les niveaux — politique, social, commercial, médiatique, universitaire et religieux.

La résolution CDH 16/18 propose une démarche en huit points : mesures diverses pour favoriser la tolérance, y compris le développement de réseaux collaboratifs visant à construire la compréhension mutuelle et l'action constructive, la création de mécanismes appropriés au sein des gouvernements pour identifier et traiter des domaines de tension potentielle entre les membres de communautés religieuses et la sensibilisation de l'opinion locale, nationale et internationale aux effets des préjugés religieux et de l'incitation à la haine religieuse.

La mise en œuvre de la Résolution 16/18 du CDH de 2011 pourra contribuer à faire de notre monde un lieu de vie plus paisible et plus harmonieux.


* Le Professeur Ekmeleddin Ihsanoglu est le Secrétaire général de l'Organisation de Coopération islamique (ex-Organisation de la Conférence islamique), organisation internationale regroupant 57 Etats membres.