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Société

Violences policières : une plainte contre l'Etat en vue pour les ados du 12e de Paris

Rédigé par | Mercredi 12 Juillet 2017

Dix-huit adolescents du 12e arrondissement de Paris se déclarant victimes de harcèlements policiers souhaitent engager la responsabilité de l’Etat. Une initiative qui fera alors suite aux poursuites pénales engagées contre les agissements des onze policiers de la brigade de soutien de quartier.



Violences policières : une plainte contre l'Etat en vue pour les ados du 12e de Paris
La presse l’avait révélé avant même que les principaux intéressés ne soient mis au courant : le parquet de Paris a décidé, lundi 3 juillet, de citer quatre policiers du 12e arrondissement de Paris devant le tribunal correctionnel pour des faits de « violence volontaire » et de « violence avec armes en réunion » commis par des personnes dépositaires de l’autorité publique en 2014 et 2015. Cela fait suite aux plaintes déposées en décembre 2015 par 18 adolescents du même arrondissement, âgés de 14 à 18 ans.

Mais au cours de la conférence de presse organisée mercredi 12 juillet, Slim Ben Achour et Felix de Belloy, les avocats des jeunes, étaient loin de crier victoire. Selon eux, la poursuite des quatre policiers est nettement insuffisante au vu des nombreux éléments présentés par les plaignants, mais aussi et surtout par ceux rapportés par l’enquête de l’IGPN, la police des polices.

Des faits de violence et d'agressions sexuelles recensés

Le dossier des victimes contient 44 faits de violence, d’agressions sexuelles, d’arrestations arbitraires, de détentions illégales et de séquestrations commis par 11 policiers. Le parquet a décidé de ne renvoyer uniquement trois de ces faits car ils étaient les seuls à disposer d’éléments probants selon le procureur de la République.

Les jeunes affirment qu’ils sont régulièrement pris à partie par les membres de la brigade de soutien de quartier (BSQ), surnommée « les Tigres ». Ils rapportent qu’ils sont interpellés sans raison sur la voie publique, emmenés au commissariat, retenus parfois plusieurs heures avant d'être libérés, le tout sans raison. Les agents de police prennent le soin de noter sur un registre l’arrivée des jeunes mais ne les placent pas en garde à vue.

Certains adolescents se sont plaints de palpations, de « doigts dans les fesses », de devoir se dénuder par moment. Interrogés par l’IGPN, les fonctionnaires de police arguent qu’ils effectuaient des vérifications selon un rapport consulté par les avocats. Cependant, il n’existe aucune trace de vérification d’identité de ces jeunes. Concernant les attouchements, ils expliquent avoir voulu s’assurer que les individus ne cachaient pas de couteaux dans des étuis péniens.

« Saturer l’espace » et « déloger les indésirables »

Pour Me Slim Ben Achour, ces pratiques sont dignes de celles d’un Etat « autoritaire ou dictatorial ». « Les policiers ne connaissent pas l’article 78.2, relatif au contrôle d'identité. Ils révèlent qu’ils ne savent pas qu’on peut venir leur réclamer des comptes », ajoute Me Felix de Belloy.

Les plaignants annoncent qu'ils entendent prochainement faire un recours auprès de la cour d’appel de Paris pour que la quarantaine de cas déboutés soient examinés par le tribunal correctionnel. Ils ne souhaitent pas s’arrêter là. « Nous allons engager la responsabilité de l’Etat », affirme Slim Ben Achour, qui estime que le comportement des agents de police est connu par la hiérarchie et donc toléré ou encouragé. L’avocat évoque des directives qui exigent des policiers de « saturer l’espace » ou de « déloger les indésirables ». « Nous ne sommes qu’au début » d’un long combat judiciaire, avertit son collègue Felix de Belloy.

Les jeunes se plaignent des représailles

Omer Mas Capitolin, éducateur et fondateur de la Maison communautaire pour un développement solidaire, a pris part à la conférence de presse. Il est à l’origine de la mobilisation des jeunes contre les abus policiers. En septembre 2015, au cours d’un atelier de discussions organisé à Paris, un jeune de 15 ans avait exprimé son ras-le-bol. Après un énième contrôle, il a laissé éclater sa colère.

Omer Mas Capitolin
Omer Mas Capitolin
Dans la poche populaire du 12e arrondissement, aux alentours de Daumesnil, la présence de jeunes noirs et arabes dans la rue est mal tolérée selon Omer Mas Capitolin. « Pour un certain nombre d’habitants, deux ou trois Arabes regroupés équivaut à un danger. Le fait que les policiers les arrêtent puis les contrôlent sans cesse accentue cette impression », explique-t-il. Lors des conseils de quartier, les riverains réclament plus de sécurité auprès du maire. En ce sens, la brigade de soutien de quartier a été lancée en 2005. Lorsque l’éducateur a réuni les ados pour organiser une riposte aux abus policiers, il s’est rendu compte que, très souvent, les parents ignoraient les faits. « La plupart des parents pensaient que, si leurs enfants allaient au commissariat, c’est qu’ils avaient forcément fait quelque chose », raconte-t-il.

En janvier 2016, après le dépôt de plainte, parents et habitants du 12e ont monté le collectif « Place aux jeunes » pour soutenir l’action collective des ados et lutter contre « la mission permanente de harcèlement » de la BSQ. Un soutien dont les jeunes ont bien besoin car, depuis l’ouverture de l’enquête de l’IGPN, ils se plaignent de représailles des fonctionnaires de police, bien que la plupart des « Tigres » impliqués aient été mutés. Les contrôles et les violences se font plus rares mais les agents procéderaient, selon les avocats, à une nouvelle méthode : la verbalisation. Les jeunes reçoivent des amendes pour nuisances sonores par exemple sous prétexte qu'ils écoutent fort de la musique avec leur téléphone portable. Le combat promet d'être jonché d'obstacles pour les 18 adolescents ; leur détermination saura leur être précieuse.






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