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Sur le vif

Une mairie de Paris censure Rokhaya Diallo, « faux nez de Tariq Ramadan »

Rédigé par | Mardi 24 Février 2015



La militante antiraciste Rokhaya Diallo, déclarée persona non grata par la mairie du 20e arrondissement de Paris.
La militante antiraciste Rokhaya Diallo, déclarée persona non grata par la mairie du 20e arrondissement de Paris.
Rokhaya Diallo est déclarée persona non grata par la mairie du 20e arondissement de Paris, dirigée par la socialiste Frédérique Calandra. Celle-ci a décidé d’interdire la venue de la journaliste et militante antiraciste dans l'hôtel de ville, qui devait s’exprimer sur les violences faites au femmes dans le cadre d'une semaine pour l'égalité femmes-hommes organisée du 5 au 9 mars, rapporte Mediapart lundi 23 février.

Rokhaya Diallo se voit reprocher par la maire d'avoir signé une pétition « pour la défense de la liberté d’expression, contre le soutien à Charlie Hebdo » en novembre 2011 après l'incendie criminel qui a touché les locaux de l'hebdomadaire satirique.

Elle se voit également reprocher d'avoir décerné à Caroline Fourest un Y'a Bon Awards, cérémonie organisée par Les Indivisibles dont Rokhaya Diallo est la cofondatrice. Enfin, ses positions contre les lois anti-voile de 2004 et de 2010 ainsi que ses propos tenus en 2010 lors d'un débat sur RTL sont aussi critiqués par Frédérique Calandra. Lors de ce débat, elle faisait valoir que l'armée française n'avait pas à rester en Afghanistan sous prétexte que Ben Laden a menacé la France en lui demandant de retirer ses troupes.

Une liberté d'expression bien sélective

« Je n’ai pas le droit de m’exprimer dans une mairie de ma ville, alors que je n’ai jamais tenu de propos illégaux. C’est un peu étrange d’avoir marché pour la liberté d’expression et d’agir comme cela ensuite », a commenté Rokhaya Diallo auprès de Mediapart. « Le plus incompréhensible, c’est que le cycle de débats est consacré à Christine Delphy, qui dit exactement la même chose que moi, si ce n’est pire », a-t-elle ajouté. La sociologue féministe, qui fera l'objet d'une soirée le 9 mars dans un espace culturel géré par la mairie, a en effet signé la même pétition que Rokhaya Diallo.

La décision de la mairie est désormais publique. Pour autant, Frédérique Calandra n’entend pas changer d’avis. « L’objectif de ces semaines de débats autour du 8 mars, c’est que la mairie délivre son message sur le féminisme », a-t-elle expliqué. « Or le point de vue de Rokhaya Diallo ne peut pas représenter le féminisme. Elle est faite pour le féminisme comme moi pour être archevêque », poursuit-elle, en qualifiant la militante d'être « au mieux qu’une idiote utile de l’intégrisme musulman, au pire un faux-nez de Tariq Ramadan » qui ne défend que « le droit des femmes à se faire voiler ».

Si Rokhaya Diallo « veut débattre » avec elle, « pas de problème, je la défoncerai ! », a-t-elle indiqué. C’est pourtant bien la maire qui prend le parti de censurer la militante. Le débat, un temps déprogrammé, aura finalement lieu le 3 mars dans une autre salle du 20e arrondissement, fait part Libération, et sera modéré par Emmanuelle Rivier, adjointe à la maire en charge de l’égalité femmes-hommes.

C’est dans cette mairie que les agents municipaux ont été priés de ne pas « avoir d'échanges entre eux ni avec les usagers dans une autre langue » que le français au nom de « l'obligation de laïcité et de neutralité », avait informé Metronews en septembre 2014. Des employés avaient alors dénoncé un climat de racisme et de xénophobie qui régnait dans l’hôtel de ville.

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Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur



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