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Société

Tensions à Chanteloup-les-Vignes, la mosquée appelle au calme

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mercredi 19 Mars 2014

Un nouvel épisode de violences urbaines opposant la police à des habitants de quartiers populaires a subitement éclaté, dimanche 16 mars, à Chanteloup-les Vignes (Yvelines). A l'heure où deux versions de l'histoire s'affrontent, les responsables de la mosquée près de laquelle ont éclaté les échauffourées ont choisi de lancer un message d'apaisement à ses fidèles et aux habitants en colère.



La mosquée de Chanteloup-les-Vignes, une commune des Yvelines secouée par des violences urbaines le 16 mars. Photo © Des Domes Et Des Minarets.
La mosquée de Chanteloup-les-Vignes, une commune des Yvelines secouée par des violences urbaines le 16 mars. Photo © Des Domes Et Des Minarets.
Chanteloup-les Vignes, dans les Yvelines, est le théâtre de vives tensions entre la police et des habitants de la ville. Des heurts ont secoué le quartier Noé, dimanche 16 mars, après l’interpellation d’un jeune de 14 ans faisant l'objet d'un avis de recherche, selon la police.

L'adolescent, que la police a repéré après l'abandon d'une course-poursuite sans lien avec lui, était recherché pour un vol de sac à main commis le 15 mars. Alors que les forces de l’ordre tentaient de l’interpeller vers 16h30, « une soixantaine de personnes » auraient fait opposition pour les en empêcher et s’en prendre aux fonctionnaires qui ont alors fait usage de gaz lacrymogènes pour se défendre. Six fonctionnaires ont été blessés au cours de l'affrontement. Cinq personnes, y compris le jeune recherché, ont été interpellées et placées en garde à vue.

Une nouvelle bavure policière selon des habitants

Les habitants racontent une toute autre version de l'histoire. Selon les témoignages recueillis par Le Monde, les policiers ont frappé le jeune qu’ils étaient venus interpellé avant de s'en prendre à ceux qui se trouvaient près de lui.

Les policiers, qui se seraient aperçus de la présence de deux jeunes filmant la scène, auraient alors décidé de les interpeller, insultant au passage des personnes présentes sur la place où se trouvaient des femmes et des enfants qui profitaient du dimanche ensoleillé. « Repérant un autre habitant en train de filmer à l'étage d'un l'immeuble, les policiers se ruent dans l'appartement, rouent de coups et arrêtent le locataire sous les yeux de sa femme qui hurle », rapporte encore Le Monde.

La situation a davantage dégénéré à la sortie des fidèles de la mosquée Oqba, après la prière de l’après-midi. Gaz lacrymogènes, flash-ball... tout est bon pour pousser les habitants à s'en aller de la place. Une manifestation spontanée a réuni une centaine de personnes pour dénoncer les violences policières. Dicté par la colère, un autre groupe, plus petit, en décide autrement. Plusieurs bâtiments publics sont vandalisés dans la soirée, dont la Maison pour l'emploi.

Le soutien total de Manuel Valls à la police

Les syndicats policiers sont vite montés au créneau pour dénoncer les violences à l'égard des forces de l'ordre. Pour les rassurer, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls s'est rendu, lundi 17 mars, à Chanteloup-les-Vignes. « Je suis frappé par des faits de très grande violence et inadmissibles à l'égard des forces de l'ordre qui ont fait leur travail », a-t-il déclaré.

« L'Etat ne peut se laisser intimider par de tels actes », a-t-il ajouté, assurant les policiers de son « soutien ». Une enquête de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices, a certes été lancée mais son but est de déterminer « les conditions de l'intervention des policiers, pas pour les mettre en cause » pour Manuel Valls. Se faisant, il ne tient pas compte des témoignages des habitants, comme à Trappes où avait éclaté des émeutes en été 2013, balayant ainsi leur désir de justice.

Quant aux jeunes placés en garde à vue, ils ont d'ores et déjà été déférés au parquet de Versailles mardi. Les quatre hommes accusés de violences envers la police, qui ont entre 18 et 31 ans, ont été entendus tandis que l'adolescent, qui aurait été « interpellé trois fois la même semaine » des échauffourées pour d'autres faits, fait l'objet d'une procédure à part pour vol et a été placé hors de Chanteloup-les-Vignes.

La mosquée réagit

La sortie mouvementée des fidèles de la mosquée Oqba Ibn Nafi Al Fihri a été particulièrement mise en avant dans les réseaux sociaux depuis la parution d’une vidéo dimanche montrant des jeunes sortant de l'édifice religieux être pris pour cible par la police. On les voit se diriger vers les fonctionnaires qui, sans discussion préalable, lance des gaz lacrymogènes dans leur direction. Celle-ci, vue plus de 11 000 fois, fait le buzz sur la Toile.

La mosquée, qui porte le nom du fondateur de la mosquée de Kairouan, a appelé les habitants de Chanteloup-les-Vignes au calme. Dans deux tweets lancés mardi 18 mars et repérés par Saphirnews, les responsables du lieu de culte ont condamné « fermement toute forme de violence » (21h25). « Nous tenons à préciser qu’en aucun cas la mosquée n’était visée par les forces de l’ordre lors des incidents de dimanche dernier », fait-on savoir dans un second tweet (21h27). Un mot pour en finir avec les rumeurs qui vont bon train selon lesquelles la mosquée a été spécifiquement ciblée lors de l'opération policière.

Tensions à Chanteloup-les-Vignes, la mosquée appelle au calme
La responsabilité de la police, à nouveau mise en cause dans ce nouvel épisode d'échauffourées urbaines en France, devra être sérieusement déterminée. A défaut, ses relations avec les habitants des quartiers populaires, déjà dégradées par la multiplication des accusations de bavures, n'iront surement pas en s'améliorant. Le quartier Noé revient doucement au calme mais la colère gronde toujours dans les cœurs.






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