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Société

Garges : la police accusée de violences sur une famille, le choc

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Lundi 4 Novembre 2013

La colère gronde à Garges-Les-Gonesse, dans le Val d'Oise. Un rassemblement a été organisé, samedi 2 novembre, en soutien à la famille Saounera et leurs voisins, qui ont accusé la police de bavures lors d'une interpellation musclée à domicile le 17 octobre. Mais que s'est-il bien passé ce jour là ? Le témoignage des Saounera est acablant.



Un rassemblement s'est déroulé le 2 novembre à Garges-Les-Gonesse (Val d'Oise) en soutien à la famille Saounera et leurs voisins, qui ont accusé la police de violences lors d'une interpellation le 17 octobre. © Michel Ferneiny
Un rassemblement s'est déroulé le 2 novembre à Garges-Les-Gonesse (Val d'Oise) en soutien à la famille Saounera et leurs voisins, qui ont accusé la police de violences lors d'une interpellation le 17 octobre. © Michel Ferneiny
« Unis contre les violences policières. » C’est autour de cette banderole, place Anatole France, à la gare de Garges-Sarcelles (Val d’Oise), que la Brigade anti-négrophobie a organisé, samedi 2 novembre, un rassemblement en soutien à la famille Saounera. Ses huit membres, qui vivent dans le quartier Lamartine, à Garges-lès-Gonesse, accusent la police de bavures à leur encontre après l’interpellation brutale d’un des enfants le 17 octobre dernier.

L’histoire que raconte Thierno Saounera, 62 ans, devant quelque 150 personnes fait froid dans le dos. Quinze jours après les faits, sa famille comme ses voisins en sont encore remués. Particulièrement sa femme qui, les larmes aux yeux, présente son bras droit en écharpe des suites du passage de la police à son domicile.

La famille Saounera, entourée de ses voisins et soutiens.
La famille Saounera, entourée de ses voisins et soutiens.

Réveil brutal pour les Saounera

« L’inadmissible s’est passé à Garges », a martelé Franco, le porte-parole de la Brigade anti-négrophobie lors du rassemblement. C’est peu dire. Tout a commencé vers les coups de 6h15 du matin. Venus manu militari interpeller Amara, 18 ans, pour un vol de sac avec violence en 2012, les policiers ont très vite dérapé selon les déclarations de la famille, corroborées par leurs voisins.

En un rien de temps, la mère de famille prénommée Kadiatou, qui demande aux agents de laisser son fils aller aux toilettes comme il le désirait, aurait été insultée et giflée tandis qu'Amara est embarqué, pieds nus, et l’appartement aspergé de gaz lacrymogène.

Enervé par les agissements des policiers, Samba, le fils aîné, sort de l’appartement à leur poursuite, vraisemblablement le marteau à la main. Kadiatou tente de le rejoindre pour le calmer sans savoir qu’il avait été raisonné par des voisins où il aurait trouvé refuge. C’est alors, comme l'indique StreetPress, que des policiers l'aurait à nouveau frapper au visage. « Je leur ai dit, "C’est ça la justice française ?” Un me répond : “Ferme ta gueule, sale noire !”. Je lui ai dit : “Je n’ai pas une gueule, j’ai une bouche monsieur”. Là, ils m’ont mis une gifle. Je n’ai pas répondu. Puis m’ont mis une autre gifle. Ensuite, il m’a craché dessus, comme si j’étais un animal. Là, j’ai rendu le crachat." En guise de réponse, un coup de matraque sur l’épaule », rapporte le site.

Flashball et lacrymo contre les voisins

Son mari, après avoir calmé ses plus jeunes enfants, tente de chercher son fils aîné. Selon ses dires, il est arrêté net dans les escaliers par des policiers qui adressent à l’homme de 62 ans une pluie de coups. Il est finalement embarqué au poste pour y être placé en garde à vue. Kadiatou, que la police avait remonté chez elle, sort cette fois du bâtiment pour s’opposer à l'interpellation de son mari mais elle déclare avoir été menacée avec une arme par un agent puis frappée (encore) avec une matraque.

Alertés par les cris et le boucan dès les premières minutes de l'arrivée des forces de l'ordre, les voisins assistent aux scènes de violence... et plus. Ceux qui viennent en aide à Kadiatou pour la relever, parmi lesquels un homme de 70 ans sorti accomplir sa prière du matin, ainsi que ceux qui assistent à la scène du haut de leur fenêtre se font tout bonnement tirer dessus à coup de flashball, racontent les témoins.

Erreur sur la personne interpellée

Amara, que la police était venu interpeller, et son père Thierno sont emmenés par la police mais pas l’aîné Samba que la police décidé d'interpeller que… vers 22h, 16h après les faits. Placé en détention provisoire, il est en attente de sa comparution devant la justice pour « violences envers des personnes dépositaires de l’autorité publique ».

Thierno a lui été relâché mais sera jugé le 22 novembre, le même jour que son fils, pour « rébellion et outrage ». Quant à Amara, il a été remis en liberté le jour même car son alibi était en béton : le jour du vol de sac en 2012, il était à l’hôpital avec son père pour se faire déplâtrer sa jambe. Une grave erreur qui a fait basculer la vie d’une famille de Garges sans histoire dont aucun membre n’est sorti indemne de l'opération policière, pas même les plus jeunes enfants de 5 et 12 ans, qui disent s'être faits gifler et insulter de « macaques » dans l’appartement.

Un traumatisme certain, une confiance détruite

L’aînée des filles, qui était descendue en bas de l’immeuble pour remettre une paire de chaussettes à son frère, a déclaré avoir été insultée, giflée et frappée au sol. Il en a résulté, certificat médical à l'appui, un traumatisme crânien, un hématome du cuir chevelu et une contusion à la main droite. Malgré un récit aussi violent, l’affaire reste encore très peu médiatisée. Pour un voisin de la famille, la raison est simple : « On est des familles d’immigrés ! », lâche-t-il au micro. « Ils auraient kiffé qu’on fasse des émeutes, qu’on brûle tout mais on ne va pas le faire. On est venu faire les choses légalement, pour nos parents. »

Les Saounera, qui ont déposé plainte auprès de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), crient plus que jamais leur réprobation contre les méthodes brutales et racistes des policiers mis en cause. Le parquet de Pontoise a fait savoir qu’une enquête sur l’opération policière du 17 octobre est lancée. Il faudra du temps à cette famille et les habitants du quartier pour se remettre du choc. Leur confiance envers l’institution policière a été sérieusement entamée. Que justice soit désormais faite. Ils ne lâcheront rien, scande-t-ils tous.






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