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Points de vue

Ségrégation des sexes : Les femmes peuvent-elles changer le visage des mosquées d’Amérique du Nord ?

Par Daood Hamdani*

Rédigé par Daood Hamdani | Mercredi 18 Juillet 2012



Ottawa – La mosquée nord-américaine est en train d’évoluer et de redéfinir ses buts et ses pratiques.

Un rapport récemment publié par un groupe composé essentiellement d’organisations musulmanes, The American Mosque 2011 (La Mosquée américaine 2011), fournit le premier aperçu factuel des changements survenant dans les mosquées d’Amérique du Nord. Servant initialement essentiellement de lieu pour accomplir des rituels religieux, les mosquées servent de plus en plus d’institutions consolidant la communauté.

Les mosquées ont organisé des programmes destinés aux jeunes, elles prennent part à des activités de volontariat et de service à la communauté, et leurs leaders ont amélioré leur travail social et de sensibilisation interreligieux. Malgré ces développements, les mosquées continuent à peiner à englober la moitié de leur communauté : les femmes.

Il existe cependant des précédents historiques d'intégration totale des femmes dans la vie de la mosquée. Les premiers colons musulmans, aux Etats-Unis et au Canada, se sont rapidement enracinés dans leur terre d’adoption. Ils y ont trouvé une opportunité pour un nouveau départ - un privilège et une responsabilité offerts à peu de générations – et ils ont mis sur pied des institutions religieuses tolérantes et ouvertes.

La mosquée Al-Rashid, construite en 1938 à Edmonton au Canada, fondée par des hommes et des femmes, a été l’une des premières institutions nord américaines de son genre. Elle a crée une communauté inclusive dans laquelle les jeunes hommes et les jeunes femmes rencontraient leur futur conjoint, dans laquelle les problèmes sociaux étaient discutés et les leaders étaient formés. Les femmes ont joué un rôle clé dans l’établissement de cette communauté, qui considérait leurs voix égales à celle des hommes.

Les femmes ont de plus en plus été intégrées dans la vie religieuse de leur communauté, comme le montre l’exemple du centre culturel Noor à Toronto, gérée exclusivement par des femmes depuis son ouverture en 2003. Une salle de jeu pour les enfants, une pièce réservée à l’allaitement et des toilettes séparés répondent aux besoins des femmes et des mères et assurent ainsi aux femmes l’opportunité de se joindre aux prières de la congrégation. Les fidèles, hommes et femmes, se tiennent côte à côte en formant des colonnes, suivant ainsi le protocole observé dans le saint des saints islamique, la Ka'ba, à La Mecque.

Cependant, de telles mosquées sont rares. Au début des années 1970, une augmentation de l’immigration a mené aussi bien à un accroissement du nombre de musulmans que de la diversité culturelle et des pratiques religieuses liées à l’islam. Avec le temps, la ségrégation des genres est devenue une pratique commune dans les mosquées, très peu d’imams allant à l’encontre de cette norme.

Une écrasante majorité des imams d’Amérique du Nord sont nés et ont été éduqués dans des sociétés plus conservatrices, certaines imposant une ségrégation stricte des sexes. Environ 85 % des imams payés à temps complet, ceux-là mêmes qui généralement dirigent les plus grandes mosquées, ne sont arrivés en Amérique du Nord qu’au cours de la dernière décennie, et beaucoup d’entre eux ont de la peine à savoir comment répondre aux besoins de la communauté musulmane d’Amérique du Nord.

Depuis les années 1970, les femmes fidèles musulmanes ont enduré l’isolement derrière des cloisons et se sont silencieusement irritées de l’indifférence des dirigeants des mosquées. En 2003, la controverse s’est étendue aux médias nationaux lorsqu’une jeune femme, Asra Nomani, s’est vue interdire l’entrée de sa mosquée locale à Morgantown, en Virginie de l’Ouest, en utilisant la porte frontale, réservée aux hommes. Sous la pression de groupes musulmans de défense des droits civiques, les leaders de la mosquée de Morgantown ont, à contrecoeur, accepté l’usage par les femmes de la porte centrale et les ont laissé prier dans le hall central, derrière les hommes.

Le cas de la mosquée de Morgantown n’est pas isolé. Un étude publiée en 2005, Women-friendly mosques and community centers : working together to reclaim our heritage (Mosquées tolérantes envers les femmes et centres communautaires : travailler ensemble pour reconquérir notre héritage), un projet commun, sponsorisé par des femmes musulmanes canadiennes et américaines, a défié les pratiques d’isolement des fidèles féminins du reste de la congrégation. Quelques autres restrictions que l’étude dénonçait comprenaient des entrées séparées munies de sorties d’urgence, l’interdiction d’utiliser l’entrée principale, la privation des droits civiques en interdisant l’adhésion des femmes à la mosquée ou le droit de vote ou celui de siéger.

Préoccupée par les conditions avilissantes et leurs effets sur les jeunes pratiquants – qui se demandent comment ce traitement peut être en accord avec une religion qui prône les droits des femmes – l’étude presse les dirigeants des mosquées à agir.

Le besoin de mosquées accueillantes, autrefois perçu comme une cause des femmes, commence à se dessiner chez les hommes et les érudits, et les groupes de pression musulmans pour les droits civiques prennent eux aussi la parole contre la ségrégation des genres dans les mosquées. Le changement est lent ; cependant la pression en sa faveur est croissante.


* Daood Hamdani (hamdani@sympatico.ca) est l’auteur de The Al-Rashid : Canada’s First Mosque 1938 (Al-Rashid : la première grande mosquée canadienne, 1938) et In the Footsteps of Canadian Muslim Women 1867-2007 (Sur les pas des Canadiennes d’origine musulmane, 1867-2007).





Daood Hamdani


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