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Points de vue

Tunisie : Les femmes sur la voie du leadership politique

par Sana Sbouai*

Rédigé par Sana Sbouai | Vendredi 18 Mai 2012



Tunis - L'Assemblée nationale constituante (ANC) tunisienne compte actuellement 59 femmes parmi les 217 députés qui ont été élus, à l'automne dernier, pour rédiger une nouvelle Constitution. Ces 59 femmes ont pu se présenter aux élections grâce à l'engagement politique dont elles ont fait preuve par le passé ou à des tractations politiques. En effet, la loi qui régit le processus électoral rend obligatoire la parité hommes-femmes sur toutes les listes électorales, créant ainsi une base égalitaire.

Toutefois, sans la loi sur l'égalité des sexes, les femmes se seraient-elles présentées à l'ANC ? Selon moi, oui. Les Tunisiennes semblent de plus en plus souhaiter investir la sphère politique.

Les derniers résultats électoraux se sont avérés mitigés : 27 % des membres de la Chambre basse de l'ANC sont des femmes. Bien que supérieur au taux enregistré dans bien d'autres pays, ce pourcentage n'en reste pas moins décevant compte tenu des attentes en matière de parité hommes-femmes. Sur 1 500 listes de candidats, seulement 7 % étaient conduites par des femmes et les 93 % restant par des hommes. Les têtes de listes avaient plus de chances de remporter un siège car c'est le scrutin proportionnel qui s'applique en Tunisie : plus un parti obtient de votes, plus il obtient de sièges à l'ANC. Cependant, le nombre élevé de partis à l'élection explique le fait que beaucoup d'entre eux ne soient pas parvenu à obtenir un siège pour leur tête de liste ou qu'ils n'en aient obtenu qu'un faible nombre. Par ailleurs, comme la plupart des candidates ne conduisaient pas de liste, beaucoup ont été écartées en dépit des efforts qu'elles avaient déployés.

Pourtant, les femmes sont impliquées dans la sphère publique. En février dernier, par exemple, l'Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) a organisé une petite conférence pour les femmes. Les participants ont préparé une liste de recommandations qui a été remise à Mustapha Ben Jaafar, le président de l'ANC. L'ATFD a réclamé, entre autres, que l'égalité des sexes soit inscrite dans la Constitution. Des propositions visant à améliorer plusieurs aspects de la vie des femmes ont également été formulées : notamment, accroître leur nombre dans la vie publique et politique ; améliorer leur accès aux soins de santé, à l'éducation, à l'emploi ; les protéger contre des actes de violence.

D'autres projets présentés par des femmes sont apparus, dont le Collectif 95 Maghreb Egalité, un groupe qui rassemble 40 associations et ONG travaillant sur l'égalité des sexes. L'ensemble de ces projets a en commun la volonté de promouvoir les droits des femmes en vue de créer une société plus juste.

Faiza Skandrani, la présidente de l'association Egalité et Parité qui milite pour ces principes en Tunisie, a organisé un concours sur Facebook un mois avant les élections d'octobre dernier. Intitulé « 1 000 candidatures féminines pour l'Assemblée constituante », ce concours visait à montrer l'intérêt actif des Tunisiennes pour la politique. Faiza Skandrani a reçu 800 CV de femmes de toutes les régions de la Tunisie intéressées par son projet. Le concours a permis aux partis politiques concernés de se documenter sur les éventuelles candidates alors qu'ils établissaient leurs listes électorales.

Les femmes s'affirment aussi en tant que leaders politiques. Pour preuve, Maya Jribi, Secrétaire générale du Parti démocrate progressiste (PDP) en 2006, première femme tunisienne à avoir diriger un parti politique et actuellement membre de l'ANC. Elle prétend n'avoir jamais considéré le fait d'être une femme comme un problème dans le monde de la politique, pas plus que comme un atout. Elle se présente comme une militante syndicaliste et une femme politique. Elle est un modèle pour un grand nombre de ses semblables qui voient dans ses accomplissements une preuve que les femmes peuvent réussir en politique grâce à leurs talents et à leurs compétences.

Enfin, des femmes issues de groupes différents se mettent à travailler ensemble. La vice-présidente de l'ANC, Mehrézia Labidi, a proposé de créer un comité composé de femmes d'horizons politiques divers et de s'inspirer de leurs idées plurielles pour trouver des solutions aux problèmes que rencontrent les femmes.

Peu à peu, les Tunisiennes font leur entrée sur la scène politique ce qui contribue à consolider la place qu'elles ont acquise avec peine. Alors que ces nouveaux développements permettent de façonner les attentes des générations à venir, il y a des chances que ces femmes engagées ouvrent la voie aux plus jeunes qui, un jour peut-être, deviendront des décideurs politiques n'ayant pas à braver d'obstacles au motif de leur sexe.

* Sana Sbouai collabore au blog Nawaat. Elle s'intéresse en particulier aux questions sociales.



Sana Sbouai


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