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Cinéma, DVD

Le trajet infernal des « Femmes du bus 678 »

Rédigé par Mounir Benali | Samedi 23 Juin 2012

Le cinéaste Mohamed Diab lève le voile sur un tabou qui ronge la société égyptienne : le harcèlement sexuel.



© Pyramide Distribution
© Pyramide Distribution
Volontiers provocateur, Les Femmes du bus 678 met en scène trois femmes issues de milieux sociaux différents. Leur malheureux point commun : être victimes de harcèlement sexuel dans une société qui tait ce fléau social et où règne la suprématie de l’homme.

Le réalisateur Mohamed Diab multiplie les niveaux d’accès sur le modèle proche des films d’Iñárritu (21 Grammes, Babel, Biutiful) : un entrelacs de destins qui se croisent sans se connaître de prime abord, dans une temporalité elle-même entremêlée.

Fayza est fonctionnaire et plutôt pauvre. Voilée, elle est pourtant chaque jour victime, dans le bus, d’hommes qui se collent à elle pour des attouchements. Seba, jeune femme de la bourgeoisie, est également agressée ; elle le dénonce à la télévision, ce qui provoque l’ire de sa famille. Nelly, elle, organise des rencontres qui réunissent des femmes harcelées pour les encourager à réagir.

Dans la dure réalité égyptienne, rappelons que 83 % des femmes ont été victimes de harcèlement sexuel et qu’en 2008 a eu lieu le premier procès pour harcèlement sexuel : l’affaire Noha Rushdi, dont le film puisera d’ailleurs une partie de son inspiration.

Les Femmes du bus 678 s’inscrit dans la veine d’un cinéma d’intervention sociale en évitant tous les écueils du genre. « Un agresseur que vous laissez partir, c’est une autre femme que vous contribuez à blesser », prévient Mohamed Diab, qui a recueilli nombre de témoignages d’agresseurs et d’agressées pour réaliser son film.

Face à l’absence totale d’écoute (la pression familiale pour éviter le scandale) à laquelle les victimes sont confrontées, le film montre la souffrance mais aussi la combattivité des femmes sans pour autant verser dans le larmoyant. Au contraire : rythmé, nerveux, il peut aussi être divertissant, avec un inspecteur qui apporte une respiration bienvenue dans cette ambiance étouffante subie par la gent féminine.

Embellie du cinéma égyptien, le long-métrage de Mohamed Diab a suscité plusieurs débats houleux en s’attaquant à un sujet aussi épineux. Les films ne font sûrement pas les révolutions, mais ils peuvent contribuer à faire évoluer les mentalités.


Les Femmes du bus 678, de Mohamed Diab, avec Bushra Rozza, Nelly Karim, Maged El Kedwany.
Prix du public au Festival du cinéma méditerranéen de Montpellier. En salles le 30 mai.






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