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Cinéma, DVD

Samba : Omar Sy, le sans-papiers qui fait la France

Rédigé par | Mercredi 15 Octobre 2014



Samba, film d'Eric Toledano et d'Olivier Nakache (© David Koskas - Quad - Gaumont)
Samba, film d'Eric Toledano et d'Olivier Nakache (© David Koskas - Quad - Gaumont)
Samba, d’Éric Toledano et d’Olivier Nakache, est sans doute l’un des films français les plus attendus de la rentrée, après le succès foudroyant d’Intouchables en 2011, qui avait engrangé quelque 51 millions d’entrées. Il décevra peut-être ceux qui viennent y chercher une comédie mordante avec une tonne de peps comme l’était le précédent film. Mais tous les ingrédients de la comédie sociale sont bel et bien présents, servis par un casting au top.

Avec une exceptionnelle Charlotte Gainsbourg éthérée en Alice, cadre supérieure à peine sortie d’un burn-out mais toujours au bord du gouffre de la dépression, qu’un simple sourire décroché par la présence du héros suffit à éclairer le visage et à lui rendre toute sa grâce. Tahar Rahim, qui nous avait habitués à des rôles tout en retenue (Les Hommes libres, Or noir), est ici bien plus extraverti en Walid-Wilson, un Oranais qui se fait passer pour Brésilien « parce que c’est plus facile pour le boulot et pour les filles ». Quant à Izia Higelin, aux piercings nombreux situés à des endroits plus qu’improbables, elle se révèle une comédienne attachante à la réplique incisive, en campant une militante associative qui tente autant que faire se peut de venir en aide aux sans-papiers en voie d’expulsion du territoire.

Enfin, Omar Sy, lui, incarne Samba Cissé : et à travers son personnage c’est toute la situation emplie de craintes, d’injustices et d’espoirs peut-être vains que vivent les sans-papiers en France qui nous est évoquée ici.

Samba Cissé a quitté son Sénégal natal après la mort de son père, laissant frères, sœurs et mère pour venir en France et subvenir à leurs besoins en leur envoyant sa maigre paie, à l’instar de tous les immigrés… Dix ans à trimer ainsi sans papiers. Plongeur dans un restaurant huppé, il espère bien décrocher enfin un contrat d’embauche comme cuisinier. Mais il subit le sort de celui de milliers de sans-papiers : travailler à la dure sans pouvoir goûter aux fruits de la croissance française. Sans femme, sans enfant né en France (le sésame pour pouvoir obtenir une carte de résident), Samba a une OQT (obligation de quitter le territoire) et se fait arrêter pour une expulsion prochaine.

De là découle une comédie sur fond de réalité sociale fort bien documentée (le film s’inspire du roman de Delphine Coulin, Samba pour la France, Ed. du Seuil, 2011). Par petites touches, entre les scènes d’humour et les relations de tendresse qui se nouent entre les personnages, le film Samba ne manque pas d’évoquer en filigrane ce que la France, pays des droits de l’homme, ne veut pas voir en face : le calvaire des étrangers qui craignent d’être arrêtés et placés en centres de rétention administrative, l’injustice que subissent les réfugiés politiques qui se voient refuser leurs papiers, l’embauche des immigrés par des sociétés d’intérim peu regardantes sur les cartes de résident falsifiées ou par des employeurs profitant du système pour les faire travailler au noir, les nombreux métiers que plus aucun « autochtone de souche » n’accepterait d’exercer (travaux de voirie, bâtiment, tri sélectifs des ordures, plonge…).

À l’heure de la lepénisation des esprits qui font des immigrés et des musulmans les boucs émissaires responsables de la crise économique, pas sûr qu’au sortir de la projection du film, les fans d’Omar Sy – qui, pour composer son rôle, a notamment rencontré ses oncles pour s’inspirer de leurs expériences, regardé des documentaires et des fictions telle La Pirogue du réalisateur sénégalais Moussa Touré) – aient davantage une conscience politique de ce qui se joue dans la société française.

La comédie sociale Samba a toutefois le mérite de raconter la présence, le labeur et la galère de ceux qui sont absolument nécessaires à l’économie française, la nuit, de bon matin, dans les coulisses des endroits bien comme il faut que sont les hôtels étoilés, les centres commerciaux, temples du luxe ou de la société de consommation… Un hommage rendu à ces millions d’immigrés invisibles, avec ou sans papiers, qui font la France.

Samba, d'Eric Toledano et Olivier Nakache
Avec Omar Sy, Charlotte Gainsbourg, Tahar Rahim, Izia Higelin...

En salles le 15 octobre 2014.





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