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Cinéma, DVD

Rock the Casbah : femmes et fantômes dans une cocotte-minute

Rédigé par | Lundi 16 Septembre 2013



(Photo © Hassen BRAHITI)
(Photo © Hassen BRAHITI)
L’on rit et l’on pleure dans le film de Laïla Marrakchi. Mais le spectateur ne pleure pas de tristesse à la mort du patriarche comme le font les héroïnes du film, ce sont des larmes d’émotion.

Car de l’émotion, il y en a dans Rock the Casbah. Rien à voir avec la chanson bien connue du groupe rock punk des Clash des années 1980, mais le propos n’est pas moins explosif. Car la casbah, la maisonnée familiale, est une vraie cocotte-minute.

Les trois jours de deuil qui vont voir se réunir les membres de la famille de Moulay Hassan, le défunt père et notable de la ville de Tanger, vont être l'occasion de régler les comptes et de mettre à nu l'hypocrisie qui a régné durant toutes ces années passées où le père régnait en maître.

Dialogues corrosifs, soins apportés aux décors, rencontres édifiantes ou poétiques avec les fantômes (Omar Sharif)… Rock the Casbah peut être vu comme un film éminemment féministe qui égratigne les traditions et interdits faits, notamment, au nom de l’islam. Le casting féminin (panarabe) est de ce point de vue particulièrement réussi. Les comédiennes ont visiblement eu énormément de plaisir à jouer dans Rock the Casbah.

Hiam Abbas (Palestinienne d'Israël ; Les Citronniers, Héritage) est parfaite en Aicha, la mère digne qui a tout sacrifié pour ne pas faire éclater sa famille malgré le lourd secret qui pèse sur celle-ci et, de fait, préserver l'image de son mari, notable local.

Lubna Azabal (Maroco-Espagnole de Belgique, Les Hommes libres, Goodbye Marocco) est l'étonnante fille aînée Kenza, tout à la fois enseignante pète-sec (dont le fils est loin des allures un peu psychorigides de sa mère) et croyante pratiquante qui n'a cessé de suivre les desideratas de son père (son idole ?) sans pour autant critiquer les choix de ses sœurs (ses complices).

Nadine Labaki (Libanaise ; Caramel, Et maintenant on va où ?) est Miriam, symbole de la bourgeoise, prétendument épanouie (riche, belle, bien mariée) mais complètement engoncée dans ses blessures intérieures. Délurée et romantique, elle ne sait quoi faire de sa beauté (naturelle) et de son argent de fille-à-papa-mariée-avec-le-big-boss-de-la-société-de-son-père. A quoi lui ont servi les « 200 000 dirhams de travaux » (en chirurgie plastique) alors que demeure toujours en elle « l'envie de vibrer dans mes sentiments » ?

Sofia, la rebelle, est incarnée par Morjana Alaoui (Marocaine). A l'occasion de l'enterrement de son père, elle revient des Etats-Unis où elle s'est installée pour fuir la pression paternelle et vivre son propre destin. C'est elle qui, à son retour dans la casbah, ne cesse de mettre des coups de pied dans la fourmilière familiale. Sofia est devenue une actrice célèbre (elle signe des autographes durant la cérémonie funéraire...) et semble la plus libérée : mais est-on véritablement libre quand on est cantonné à ne jouer que des rôles d'Arabes terroristes dans les blockbusters américains ?

Enfin, n'oublions pas la grand-mère (Assa Bentria), finalement la plus lucide parmi toutes ces femmes névrosées, celle qui a traversé les âges (et symboliquement tous les bouleversements qui ont eu cours dans les pays arabes) sait écouter, consoler, conseiller.

Car Rock the Casbah peut aussi être vu comme une parabole des sociétés arabes dont les peuples viennent de faire leur révolution mais ne parviennent pas à faire le deuil de l’ancien système dictatorial dont les vestiges sont encore prégnants. Un film d’actualité donc, qui s’achève par une acmé dramatique mais parce qu’il a été parcouru d’épisodes joyeux et sensibles nous laisse le cœur plein d’espoir.

Rock the casbah, un film de Laïla Marrakchi, avec Morjana Alaoui, Nadine Labaki, Lubna Azabal, Hiam Abbass, Adel Bencherif, Fatima Harandi "Raouia", Omar Sharif, Assia Bentria, Lyes Salem, Hassan El Ganouni, Mohammed Ayad et Hadi Alaoui.
En salles le 11 septembre 2013.




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