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Points de vue

Rendre hommage aux victimes du 13-Novembre : oui mais comment ?

Rédigé par Asif Arif | Mardi 15 Novembre 2016



Rendre hommage aux victimes du 13-Novembre : oui mais comment ?
Rendre hommage est un bien difficile exercice au regard de l’année que tous les Français viennent de passer. Évidemment, l’hommage suppose que l’on soit auprès des victimes, qu’on leur apporte notre soutien moral surtout au cours d’une journée aussi cruciale, qui marque une année jour pour jour après que les attentats aient ravagé la région parisienne en novembre 2015.

Mais, au fond, comment aller plus loin ? Il suffit de regarder notre société française qui s’est très largement métamorphosée depuis ces attentats. Si les tentations populistes sont de plus en plus grandes, actuellement alimentées par le saut des Etats-Unis dans cette même voie avec l'élection de Donald Trump, notre fraternité républicaine, pilier de notre devise, semble également être largement amochée.

Résurgence d’une fraternité républicaine

Au fond, faire honneur aux victimes, c’est d’abord rétablir non pas un pacte républicain, mais un pacte de fraternité. Ce pacte devrait être signé par tous les individus qui souhaitent désormais s’inscrire dans une dynamique positive et ne pas laisser la terreur envahir le sentiment rationnel qui a toujours fait que nos sociétés ont été prospères.

Il vise à ressouder des liens qui ont tendance à se détisser avec le temps. En raison des attentats, beaucoup de Français sont tombés dans la tentation de caractériser une personne de confession musulmane comme étant, indirectement, le responsable des attentats. C’est avec cette logique qu’il convient de rompre de toute urgence.

Il faut en effet considérer l’islam français comme un rempart concret contre le terrorisme. Il faut renouer le dialogue pour ne pas devenir les objets de recrutement du terrorisme. La rhétorique permettant aux individus de se radicaliser se fonde souvent sur l’altérité et sur l’injustice. Ne donnons pas cet avantage aux terrorismes et essayons de le combattre.

Notre pays, par exemple, regorge d’individus qui souhaiteraient activement combattre la radicalisation et ramener les individus en proie à ces tentations vers la raison. Ce retour à la raison passe d’une part par l’affaissement de l’animosité sociale et une discours religieux qui répond à toutes les questions des jeunes radicalisés. L’abaissement de l’animosité sociale ne pourrait que permettre de répondre à l’immense but de notre pacte républicain qui est celui de fraternité, et de faire le vœu d’œuvrer pour la paix sociale.

Eviter les lois d’exception

L’éventail de mesures juridiques adopté par le gouvernement a très largement contribué à deux effets antagonistes : rassurer les Français sur le fait que le gouvernement prenait les choses en mains et le contre effet de favoriser les discriminations qui se sont fondées très largement sur la religion. L’état d’urgence a, par exemple, très largement permis certaines perquisitions abusives qui, si les détails avaient été communiqués à une autorité judiciaire, n’auraient peut-être pas eu lieu.

Dans tous les cas, cette politique a mis les individus les uns devant les autres mais également a poussé les individus les uns contre les autres. C’est là que le bât blesse. Des communautés entières de la République se sont mobilisées toute cette année afin de montrer que la tolérance est le seul moyen de faire que le terrorisme s’essouffle en France, lui qui se base sur la division pour se construire.

L’hommage national va en premier lieu aux victimes et aux familles endeuillées. Mais il va nécessairement à tous ces acteurs de terrain qui, dans l’ombre, ont œuvré au vivre ensemble français, ont tenté de trouver des solutions face à une Europe qui est fragilisée. Ce sont eux qui ont en réalité redonner de la force à l’Europe et à la France, et c’est à eux également que cet hommage national est destiné.

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Asif Arif est avocat au Barreau de Paris, spécialiste de l’islam et de la laïcité. Il est auteur du livre France Belgique, la diagonale terroriste avec Sébastien Boussois (La Boîte à Pandore, octobre 2016).

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