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Culture & Médias

Religions et Internet : qui a le droit de gérer le suffixe .islam ?

A l'occasion du lancement du .church

Rédigé par Jean-François Mayer | Mardi 12 Août 2014

Parmi les nouveaux domaines de premier niveau qui font depuis cette année leur entrée sur Internet, certains visent le champ religieux. Tel est le cas de .church, pour l'espace anglophone, qui deviendra actif dès le mois prochain. C'est pour Religioscope l'occasion d'un tour d'horizon, de .catholic à .islam en passant par .kosher.



Religions et Internet : qui a le droit de gérer le suffixe .islam ?
En 2011, nous avions abordé les évolutions et perspectives des noms de domaine pour les religions. Notre propos n'est pas ici de répéter ce que nous avions écrit il y a un peu plus de trois ans, mais de nous intéresser à l'introduction en cours de nouveaux suffixes (top level domains, TLDs, en français: domaines de premier niveau), qui étaient évoqués dans la dernière partie du précédent article. Ils sont en effet devenus réalité cette année.

L'ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) a reçu en 2012 un total de 1930 candidatures pour de nouveaux domaines de premier niveau. Sur les 1930 candidatures, nous trouvons une vingtaine de suffixes liés à une institution religieuse ou évoquant une connotation religieuse. Parmi ces domaines de premier niveau, nous trouvons la même distinction entre des noms que se réserve une institution pour les protéger et les développer pour son usage propre (par exemple .catholic), et des noms accessibles à tous selon les règles d'un libre marché (par exemple .church).

Par l'intermédiaire du Conseil pontifical pour les communications sociales, le Saint-Siège a donc demandé le nom .catholic ainsi que ses équivalents en chinois, en arabe et en russe. L'Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours a pour sa part désiré obtenir .mormon et .lds (Latter-Day Saints). Ces entités ont été les seules candidates et ont obtenu ou obtiendront les noms désirés. Il y a eu plusieurs objections pour l'attribution du nom .catholic à l'Eglise catholique romaine. L'une venait d'un anglican, qui soulignait que Rome n'avait pas, du point de vue anglican, l'exclusivité du nom « catholique ». D'autres venaient de membres du clergé d'Eglises vieilles-catholiques ou d'autres Eglises indépendantes utilisant le mot « catholique ».

Religions et Internet : qui a le droit de gérer le suffixe .islam ?

Qui veut quoi ?

L'opposition la plus inattendue avait pour origine la Communication and Information Technology Commission du Royaume d'Arabie saoudite, qui soulignait également l'utilisation du terme « catholique » par d'autres Eglises, par exemple les Eglises orthodoxes. Remarquons que les Saoudiens ont aussi émis des objections envers plusieurs autres noms religieux (chrétiens et musulmans) ainsi que des noms considérés comme immoraux (par exemple .gay) ou comme encourageant la promotion de substances intoxicantes (par exemple .wine).

Le Christian Broadcasting Network (Virginie) a obtenu l'enregistrement du domaine de premier niveau .cbn. Plus important pour un large public : l'American Bible Society n'a pas eu de concurrent pour .bible et aura la responsablilité de ce domaine de premier niveau. Peu d'objections ont été soumises à l'ICANN à ce sujet. La plus argumentée est venue, une fois de plus, de la commission saoudienne déjà citée, en soulignant que la Bible a une importance également pour des religions non chrétiennes et que le texte du canon de la Bible n'est pas le même pour tous les chrétiens : de l'avis de l'objecteur saoudien, il ne convenait donc pas qu'un groupe ait le pouvoir « de définir ce que la Bible est ou n'est pas ».

Une objection qui n'a manifestement pas convaincu, d'autant que l'extension .bible pourra être enregistrée par des tiers et ne sera pas réservée à l'usage de l'American Bible Society. En revanche, il n'est pas clair comment sera appliquée la limite d'enregistrement à des personnes souhaitant associer « eux-mêmes, leurs produits, services, pensées, idées ou quoi que ce soit d'autre d'une façon positive (c'est nous qui mettons en évidence) avec la Bible ». Comme tout registre, l'American Bible Society se réservera certains termes : on devine déjà qu'il ne sera probablement pas possible d'enregistrer satanic.bible...

Une seule candidature pour .christmas, celle d'Uniregistry, liée à un investisseur bien connu dans ce milieu, Frank Schilling, propriétaire d'un des plus grands portefeuilles de domaines Internet au monde. Le suffixe .christmas ne devrait cependant pas être particulièrement utilisé pour des thèmes religieux, à en juger déjà par la présentation qu'en propose le registre. Quant à .faith, ce suffixe à caractère générique sera géré par l'une des principales compagnies ayant investi dans les nouveaux gTLDs, Famous Four Media.

Personne n'a présenté de candidature pour .hindu ou .buddha/.buddhist. Mais il y a eu trois candidatures (commerciales) pour l'extension .yoga. Après une enchère privée, ce sera finalement le groupe Minds + Machines Group Limited (représenté par Top Level Domain Holdings) qui commercialisera les noms de domaine .yoga. Quant à .guru, l'usage principal qui en est fait jusqu'à maintenant ne semble pas être religieux, mais plutôt séculier – ludique ou pour faire référence à une expertise: la plupart des termes religieux génériques avec le suffixe .guru, tels que hindu.guru, n'ont pas été acquis par des groupes religieux, mais par des « domaineurs » qui espèrent les revendre avec un substantiel bénéfice.

Pas de demande pour .jewish. En revanche, une société de New York (Kosher Marketing Assets LLC) a présenté sa candidature pour .kosher, ce qui lui a valu une objection de l'Union des congrégations juives orthodoxes d'Amérique, avec l'appui de plusieurs instances juives s'occupant notamment de certification de produits casher. Il faut savoir que Kosher Marketing Assets appartient à OK Kosher Certification, un organisme de certification concurrent de OU Kosher, supervisé par l'Union des congrégations juives orthodoxes : derrière la dispute, il s'agit aussi de parts de l'énorme marché de la certification casher, comme le soulignaient Ellen Rosen et Hugo Miller (« It's Rabbi Versus Rabbi in $17 Billion Dot-Kosher Battle », Bloomberg, 18 juillet 2013), même si Kosher Marketing Assets prenait bien soin de souligner ne pas avoir l'intention de s'arroger l'exclusivité du suffixe et être ouvert à des partenariats. Un expert italien désigné par la Chambre internationale de commerce a cependant rendu un avis favorable à Kosher Marketing Assets en janvier 2014.

Logo de .islam
Logo de .islam

Qui a le droit de gérer le suffixe .islam ?

Du côté musulman, une demande pour le nom .ummah a été retirée parce qu'elle ne remplissait pas toutes les conditions. Quant à la Fondation Aga Khan, elle a soumis les noms .imamat et .ismaili, qu'elle va obtenir. Enfin, une entité installée à Istanbul, Asia Green IT System, a demandé les noms .islam, .halal et .shia. Elle va obtenir le dernier. Quant aux deux autres, potentiellement sensibles, ils sont encore en attente, et les chances d'Asia Green de parvenir à ses fins demeurent incertaines : ce sont en effet, parmi les nouvelles extensions religieuses, celles qui font l'objet des contestations les plus vives.

Il est surprenant qu'un seul candidat ait décidé de soumettre le suffixe .islam et, surtout, qu'aucune des grandes organisations islamiques n'ait manifesté de l'intérêt pour une telle possibilité. Asia Green avait pris soin d'entourer de garanties sa candidature. Elle indiquait que les personnes enregistrant un nom de domaine .islam devraient attester électroniquement avoir prononcé la profession de foi islamique, et donc être musulmanes ; les sites ne pourraient pas être utilisés pour dénigrer l'islam ou son Prophète, ni pour mener des activités anti-islamiques. Quant au .halal, il serait réservé aux personnes pouvant démontrer que leurs produits sont reconnus comme halal.

Si .islam et .halal ont reçu des marques de soutien, notamment d'institutions chiites, elles ont aussi entraîné des objections. Plusieurs voix critiques ont ainsi dit leurs réserves face à l'attribution d'un tel suffixe à une compagnie privée, ne pouvant prétendre à une représentativité au moins par rapport à une importante partie de la communauté musulmane mondiale. Bien entendu, la commission saoudienne déjà mentionnée dans cet article a aussi fait entendre sa voix, dans le même sens : s'il n'est pas possible de placer le suffixe .islam sous le contrôle d'un organe réellement représentatif de la communauté musulmane, mieux vaut renoncer complètement à l'attribuer.

Le professeur Alain Pellet, agissant comme objecteur indépendant pour l'ICANN, résuma les critiques adressées au projet. Asia Green y répondit à deux reprises, en décembre 2012 et février 2013, expliquant avoir l'intention de s'occuper des aspects opérationnels tout en mettant en place un conseil constitué de figures musulmanes respectées pour garantir la bonne gouvernance du suffixe .islam. Asia Green détailla également ses efforts pour entrer en contact avec des représentants de gouvernements et organisations (notamment l'Organisation de coopération islamique, malgré les difficultés d'accès à cette structure). Sur la base de ces réponses, Alain Pellet estima qu'Asia Green avait répondu à ses objections.

Logo de .halal
Logo de .halal

Quand l'OCI s'en mêle

Les opposants au projet .islam et .halal d'Asia Green ne désarmèrent pourtant pas et décidèrent d'utiliser la voie gouvernementale. En effet, il existe un Comité consultatif gouvernemental de l'ICANN (Governmental Advisory Committee, GAC), qui comprend des représentants d'Etats et d'organisations internationales, dont le rôle est de conseiller l'ICANN : « Son conseil doit être dûment pris en compte par le conseil d'administration de l'ICANN et quand le conseil d'administration propose des actions non conformes au conseil du GAC, il doit justifier ses motifs et essayer d'atteindre une solution acceptable mutuellement. »

Lors de sa réunion de Beijing en avril 2013, le GAC souligna que plusieurs de ses membres avaient insisté sur le caractère sensible de termes religieux, notamment .islam et .halal, et que la candidature d'Asia Green pour ces termes manquait de « soutien communautaire » aux yeux de ces membres, qui estimaient donc qu'il ne fallait pas y donner suite. La formulation laisse cependant entendre qu'il se contente de relayer l'opposition de certains de ses membres. Face à de nouvelles demandes, lors de sa réunion de Buenos Aires en novembre 2013, le GAC se borna à rappeler son communiqué consécutif à la réunion de Beijing et indiqua n'avoir pas l'intention de reprendre cette discussion.

D'autre part, en mars 2013, la Telecommunications Regulatory Authority des Emirats arabes unis présenta une objection à la candidature d'Asia Green pour les suffixes .islam et .halal. Cette objection fut soumise à l'évaluation d'un expert espagnol indépendant, qui donna gain de cause à Asia Green en octobre 2013.

Nonobstant cette décision, et bien que la période d'objection fût échue depuis le 13 mars 2013, la 40e session du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'OCI (qui est récemment devenue membre observateur du GAC) adopta en décembre 2013 une « Résolution sur l'élaboration d'une position unifiée pour renforcer les efforts de l'OCI dans la protection des extensions génériques de premier niveau à caractère islamique », sur la base d'un document explicatif élaborant notamment les objections des Emirats arabes unis, de la Jordanie et du Qatar.

Celle-ci demande notamment au secrétariat générale de l'OCI de prendre contact avec l'ICANN « en vue de présenter une objection officielle à l'utilisation des extensions génériques de premier niveau : "Islam" et "Halal" et de préserver, ainsi, le droit des Etats membres » et exhorte les Etats membres « à appuyer la position de l'Etat des Emirats arabes unis en vue de bloquer la vente des extensions génériques : "islam" et "halal", voire n'importe quelle autre extension ayant trait à la oumma tout entière ».

Le Secrétaire général de l'OCI communiqua cette décision à l'ICANN dans une lettre du 19 décembre 2013, déclarant l'opposition de l'OCI à l'utilisation de ces gTLDs « par toute entité ne reflétant pas la voix collective du peuple musulman ». Comme le fait observer Stéphane Van Gelder, il semble que seuls quelques Etats du monde musulman étaient réellement et fortement opposés au lancement des deux suffixes, mais ils ont réussi à obtenir l'approbation de l'ensemble de l'OCI dans le cadre d'une réunion au programme chargé, ce qui confère à leur opposition un poids beaucoup plus lourd (Islamic TLDs and the Challenge of Good Governance, CircleID, 20 janvier 2014).

Des refus politiques

Le 7 février 2014, l'ICANN a adressé à Asia Green une lettre évoquant une opposition « substantielle » à la délégation des suffixes .halal et .islam de la part d'organisations et gouvernements (dernière en date, une ferme opposition exprimée par le gouvernement de l'Indonésie quant à .islam). En raison de ces oppositions, l'ICANN Board New gTLD Program Committee (NGPC) annonce donc avoir décidé de suspendre les candidatures pour ces deux domaines de premier niveau tant que les divergences avec les opposants ne seront pas résolues.

Des réponses d'Asia Green, en décembre 2013 et en mars 2014, n'ont pas manqué de souligner que la compagnie requérante avait respecté toutes les procédures de l'ICANN. Finalement, il apparaît que la décision est politique, en dehors des procédures normales de l'ICANN. Notons aussi que cette opposition n'est pas exprimée par des institutions religieuses, mais par des gouvernements : l'OCI est une organisation internationale gouvernementale, pas une organisation religieuse. En filigrane, on devine aussi la méfiance de certains Etats à majorité musulmane face à une initiative qui a surtout été soutenue par des organisations chiites.

Pratiquement, comme le soulignait Kevin Murphy, l'ICANN a envoyé les candidatures d'Asia Green pour .halal et .islam « dans des limbes permanentes », sans pour autant les rejeter purement et simplement. Mais la situation ne semble pouvoir être résolue que par le retrait de ces candidatures ou par un très improbable revirement de l'OCI face à Asia Green.

Avec .church, les Eglises anglophones auront de nouvelles possibilités de profiler leur présence en ligne

Dans l'actualité des suffixes religieux, c'est maintenant le lancement du .church qui retient l'attention. Autant il n'y aurait pas eu de sens à lancer .eglise en français (qui voudrait d'un nom de domaine du type protestante.eglise ?), autant l'anglais s'y prête bien (protestant.church).

L'ICANN se trouvait face à deux candidatures pour le domaine de premier niveau .church. L'une venait de la Life Covenant Church (Oklahoma), l'autre d'une filiale d'une compagnie commerciale, Donuts. Aux termes d'une enchère privée, Donuts l'a emporté. C'est la compagnie qui a soumis des candidatures pour le plus grand nombre de nouveaux domaines de premier niveau. Comme l'explique un de ses responsables, Daniel Schindler, dans une vidéo, Donuts a tout d'abord établi une liste de 3 000 noms potentiels, puis a réduit la liste à 307, en se concentrant sur des noms « courts, spécifiques et faisant sens ». Au moment où est rédigé cet article, Donuts gère plus de 140 nouveaux suffixes.

Les noms de domaine utilisant le suffixe .church seront accessibles à toute personne intéressée, à l'exception d'un certain nombre de noms réservés par le registre (notamment ceux dont les règles de l'ICANN interdisent la mise en vente, mais il peut aussi s'agir de noms qu'un registre se propose de mettre par la suite sur le marché lors de ventes spéciales). Mais tout nom n'est pas accessible au même prix; en outre, des acheteurs prêts à payer plus ou faire état de droits particuliers peuvent franchir la ligne de départ avant les autres.

Comme pour tout autre nom de domaine, une personne désireuse d'enregistrer un .church doit passer par un service d'enregistrement (registrar), puisque le registre ne peut vendre directement les noms. Il en existe de nombreux aujourd'hui (par exemple Gandi en France, Name.com ou Dynadot aux Etats-Unis). Depuis le 8 juillet et jusqu'au 6 septembre 2014, le .church se trouve en période Sunrise : tout propriétaire d'une marque déposée peut faire valoir ses droits. Le prix de base tourne autour de 150 à 200$ selon les registrars.

Du 10 au 14 septembre se déroulera une phase de pré-enregistrement prioritaire (Early Access Program) : selon une grille décroissante, il sera possible d'acheter un domaine en y mettant le prix fort. Par exemple, en passant par le registrar Name.com, 12 500$ le premier jour, 3 000$ le deuxième jour, 1.200$ le troisième jour, 650$ le quatrième jour et 175$ le cinquième jour. Enfin, à partir du 17 septembre, le prix standard s'appliquera (34,99$ chez Name.com), avec enregistrement des noms disponibles en temps réel.

Savoir y mettre le prix

Mais certains noms seront mis en vente à des prix supérieurs, même à partir du 17 septembre (pour autant qu'ils n'aient pas déjà été acquis avant, bien sûr). Par exemple, si nous décidons d'acheter restored.church, nous pourrons l'obtenir dès ce moment au prix standard. En revanche, orthodox.church coûterait, s'il devait être encore disponible après la phase de pré-enregistrement prioritaire, 1 000$ – puis autant en frais de renouvellement annuels; tandis que reformed.church ou apostolic.church ne coûterait « que » 250$. Et avec atheist.church (sait-on jamais...), le prix descend à 82,50$. Inutile d'essayer d'acheter catholic.church, baptist.church, jesus.church ou christian.church, qui sont réservés par le registre.

Ces prix élevés mettent certains noms hors de portée du premier venu. Cependant, on peut y voir aussi un avantage : avec des frais d'enregistrement initiaux de 1 000$ et autant en frais de renouvellement annuels, des domaineurs tentés d'acheter ces noms pour les revendre ensuite à une Eglise intéressée renonceront probablement à l'opération. S'ils sont enregistrés, ils le seront probablement par un groupe qui les destinera à l'usage pour lequel ils ont été imaginés. Et pour le département de communication d'une grande organisation religieuse soucieuse de peaufiner sa présence en ligne, les prix sont accessibles, même s'ils vaudront en même temps, au fil des ans, une confortable rente au registre Donuts.

Les résultats initiaux de la mise sur le marché de noms de domaine fondés sur les nouveaux suffixes ont été très inégaux. Il sera intéressant de voir quel écho rencontrera .church, et si certains groupes religieux importants vont développer autour de ce gTLD leur principale vitrine sur Internet, ou si beaucoup d'enregistrements seront surtout destinés à protéger le nom, en redirigeant le visiteur vers un site en .com ou .org.

Le lancement de nouveaux suffixes – outre des intérêts commerciaux – a été justifié par la nécessité d'ouvrir des espaces en ligne au-delà des domaines de premier niveau nationaux (par exemple .fr, .ch, ca ou .be) et des suffixes génériques déjà largement occupés, tels que le .com (avec 113 millions de domaines .com enregistrés, la place manque pour des nouveaux venus en quête d'un nom court capable de refléter adéquatement leur identité). Comme d'autres suffixes correspondant à d'autres secteurs, le .church ouvre donc des perspectives pour les communautés chrétiennes anglophones (et certains autres groupes religieux non chrétiens qui utilisent ce terme : il existe ainsi des Buddhist Churches of America). Cette ouverture sera cependant loin d'épuiser la demande: par exemple, il existe des centaines de paroisses catholiques anglophones dédiées au Sacré-Cœur, mais il ne pourra y avoir qu'un seul nom de domaine sacredheart.church...

Dans l'immédiat, il s'agira surtout d'observer si de nouveaux suffixes tels que .church se populariseront facilement, ou si, face à cette soudaine prolifération de suffixes inhabituels, les domaines de premier niveau plus classiques (nationaux ou .com) continueront d'avoir les préférences des utilisateurs pendant une assez longue période encore: lancé en 2004, le suffixe .info compte moins de 6 millions d'enregistrements dix ans plus tard. L'utilisation de noms associés à de nouveaux domaines de premier niveau par de grandes entreprises (ou communautés religieuses) pourrait amorcer un changement de perception.

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* Jean-François Mayer est directeur de l’institut Religioscope, qui se consacre à l’étude des faits religieux et à leur impact dans le monde contemporain. Auteur de nombreux articles, il a notamment publié Les Fondamentalismes (Éd. Georg, 2002) et Internet et religions (Éd. Religioscope, 2008).

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