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Société

« Radicalisation religieuse » : la justice saisie, le recteur de Poitiers se défend

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Vendredi 5 Décembre 2014

Une plainte visant l'académie de Poitiers, à l'origine d'un document sur la « prévention de la radicalisation en milieu scolaire », a obligé à faire réagir le recteur. Saphirnews révèle ses premières réponses à l'affaire transmises à la justice.



« Radicalisation religieuse » : la justice saisie, le recteur de Poitiers se défend
Le scandale autour du PowerPoint sur la « prévention de la radicalisation en milieu scolaire », dont est à l'origine l'académie de Poitiers, n'est pas clos. La Coordination contre le racisme et l’islamophobie (CRI), qui a très tôt dénoncé « un brûlot islamophobe », avait introduit une requête en référé dès le 24 novembre auprès du Tribunal administratif de Poitiers appelant à la « suspension d’une décision de publication » du document par le rectorat.

Alors qu’une audience devait se tenir le 9 décembre, l’association nous a fait savoir, jeudi 4 décembre, qu’il n’en sera rien. Cette issue est loin d’être la marque d'un échec pour la CRI, qui estime avoir « remporté une première victoire contre l’islamophobie ». « Si on n’était pas monté au créneau, le recteur aurait laissé le circulaire sans problème », assure son président, Abdelaziz Chaambi.

Sa plainte a en effet fait réagir le recteur de l’académie, en mode silencieux depuis le début de l'affaire. Sa parole, il a fini par la délivrer au tribunal en lui adressant ses observations en défense sur la recevabilité de la requête en référé. Dans un document officiel daté du 3 décembre dont Saphirnews a pris connaissance, « aucune décision de diffuser le document litigieux n’a été prise » par Jacques Moret, qui juge ainsi que sa responsabilité n’est aucunement engagée dans cette affaire.

« Radicalisation religieuse » : la justice saisie, le recteur de Poitiers se défend

Le recteur se défend... sur la forme

Le PowerPoint, qu’il décrit comme « un support de présentation d’une réunion d’information qui s’est tenue le 14 novembre » ou, plus loin, un « document de travail », n’a « jamais été publié sur les sites internet ou les supports d’informations du rectorat, ni n’a circulé par voie autorisée au sein des services académiques ». « Il n’existe donc pas de décision du recteur de diffuser ce document dont l’annulation et la suspension pourraient être recherchées et par suite les conclusions tendant à la suspension d’une décision inexistante sont irrecevables », poursuit-il.

« Il a certes été présenté et distribué aux participants à cette réunion d’information, mais n’a pas été diffusé sur le site Internet du rectorat », indique le recteur. Sur le Web, non, effectivement. Mais le document a été présenté, précise-t-il lui-même, par des agents de l’équipe mobile de sécurité académique (EMSA) « à l’attention des personnels de direction et des inspecteurs de l’Education nationale de la Vienne à l’initiative de la DSDEN », la Direction des services départementaux de l'Education nationale. Autant d'acteurs placés sous son autorité.

« Dès lors qu’il n’a pas été diffusé, ni cautionné par le recteur de l’académie de Poitiers et qu’il ne sera pas diffusé par quelque service que ce soit du ministère de l’Education nationale, je demande au juge des référés de rejeter la requête présentée par la CRI », conclut-il. Pour Abdelaziz Chaambi, la victoire réside dans le fait que l'académie s’engage à ne pas diffuser le document. Cependant, « le recteur se débine » et « couvre » le personnel à l’origine du document, « officiel et public » dès lors qu’il a été distribué à des chefs d’établissement. C’est pourquoi la CRI « va tout mettre en œuvre pour faire sanctionner les apprentis sorciers qui ont mis en place ce document islamophobe et dangereux ».

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Dernier mot au ministère de l'Education

Les réactions du recteur ne se sont limitées que sur la forme, mais qu’en est-il du fond ? Contacté par nos soins, le rectorat a décliné notre demande d’entretien, sur « consigne du ministère » de ne pas communiquer sur cette affaire, et nous renvoie vers le communiqué du 24 novembre signé par la ministre, Najat Vallaud-Belkacem. C’est ce même document que le recteur a valorisé auprès du tribunal en appui à ses observations. Le communiqué « explique la démarche pilotée par le ministre de l’Intérieur, lui-même missionné par le Premier ministre, destinée à lutter contre des phénomènes de radicalisation et à laquelle le ministère de l’Education nationale (…) participe ».

« Bien que peu développés en milieu scolaire, les phénomènes de radicalisation constituent une dérive sectaire qui exige des réponses fortes » et « des initiatives académiques, comme celle de Poitiers, ont pu être organisées pour répondre en urgence à des besoins spécifiques exprimés sur le terrain. Leur contenu ne saurait être réduit en l'espèce à des diapositives sorties de leur contexte et dont certains contenus apparaissent inappropriés et peuvent légitimement choquer », lit-on du communiqué. « Des dispositions ont été prises pour veiller à ce qu'aucune initiative ne puisse à l'avenir créer de confusion sur les moyens de lutter contre les phénomènes de radicalisation, qui ne peuvent être confondus avec aucune pratique religieuse. »

Le mal est fait, d'autant que les clichés grossiers du PowerPoint criminalisant des choix et comportements de musulmans n’ont pas été sérieusement condamnés. Il fait craindre auprès de la communauté musulmane que la démarche entreprise au sein de l'académie de Poitiers n’est pas isolée. La lutte contre la « radicalisation » ne saurait être efficace par la stigmatisation.





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