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Politique

Présidentielle 2017 : l'électorat catholique tiraillé entre Macron et Le Pen

Rédigé par Imane Youssfi | Jeudi 4 Mai 2017

Alors que les principales organisations juives et musulmanes ont toutes appeler à voter en faveur d’Emmanuel Macron pour faire barrage au Front national, les plus hautes instances de l'Eglise catholique refusent de prendre parti pour un candidat au second tour, relevant les divisions parmi leurs fidèles. Des évêques ont néanmoins appelé à voter contre le FN. Tour d'horizon des positions.



Présidentielle 2017 : l'électorat catholique tiraillé entre Macron et Le Pen
Oublié le front républicain de 2002 qui a permis à Jacques Chirac de battre Jean-Marie Le Pen avec un score inégalé ; 2017 est une autre époque.

Lors de cette élection présidentielle, et même après l'annonce d'une finale avec le Front national le 7 mai, l’Eglise tient à garder ses distances avec les candidats à la présidentielle.

« Le rôle de l'Eglise est, plus que jamais, de ne pas prendre parti pour l'un ou l'autre candidat », a déclaré, mercredi 3 mai, Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France (CEF), qui s'explique dans une interview officielle en évoquant le « climat hystérisé » à quelques jours du second tour. « Mais qu’est-il plus facile : dire de voter pour tel ou tel ou inviter à la réflexion et au discernement ? Dans cette ambiance, il me semble que le rôle de l'Eglise est (...) de rappeler à chaque électeur ce que notre foi nous invite à prendre en compte » a-t-il insisté.

« Voter en conscience »

« il n’y a pas de "vote catholique". Chacun de mes frères évêques exerce sa mission et estime, en son âme et conscience, ce qu’il doit dire aux catholiques de son diocèse », indique-t-il.

« L'enseignement de l'Eglise nous dit qu'il est important de prendre en compte des critères que nous avons rappelés : le respect de la dignité de toute personne humaine, l'accueil de l'Autre dans sa différence, l'importance de la famille et le respect de la filiation, la nécessité de respecter la liberté de conscience, l'ouverture au monde, la juste répartition des richesses, l'accès au travail, au logement… Aucun programme ne remplit tous ces critères, c'est à chacun, à la lumière de l'Evangile, d'effectuer sa propre pondération et de voter en conscience », note le président du CEF, appuyant en parallèle « l’importance du vote… tant de peuples en sont privés ! ».

Se fonder sur des « principes non négociables »

S’abstenir de voter pour un candidat, un choix que des évêques ont en revanche invité à considérer. « Si en conscience nous trouvons que tous les choix offerts sont profondément mauvais, on peut s’abstenir de voter », déclare Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, dans une vidéo postée le 29 avril sur Youtube. « Votez en conscience », clame-t-il.

Mgr Dominique Rey estime que les fidèles doivent choisir le programme de chaque candidat en prenant en compte les « principes non négociables » de l'Eglise. « Si vous jugez qu’un candidat contredit gravement un de ces points alors il faut le disqualifier », s'explique-t-il.

Quels sont ces points non négociables ? Le prêtre revient sur les points évoqués par le cardinal Joseph Ratzinger, alias Benoit XVI : « le caractère intangible de la vie humaine » qui interdit de fait l'euthanasie ou « l'aggravation de l’avortement », ainsi que « l’approbation de la famille fondée sur le mariage de deux personnes de sexes différents » et le refus de la PMA et de la GPA.

Si aucun changement de loi s'agissant l'euthanasie n'est au programme des deux candidats, il n'en est rien du second point qui a motivé Christine Boutin, du Parti démocrate chrétien, à encourager un vote en faveur du FN au second tour de la présidentielle. Le candidat d’En Marche, qui a soutenu le mariage pour tous, est favorable à la procréation médicalement assistée (PMA) pour les femmes seules et les couples de femmes. Emmanuel Macron est opposé à la gestion pour autrui (GPA) mais souhaite que « les enfants issus de la GPA nés à l’étranger voient leur filiation reconnue à l’état civil français, selon la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’Homme ».

Aussi, Mgr Dominique Rey insiste sur les principes de « la liberté religieuse » ainsi que le « refus d’un laïcisme sectaire et de la dictature du relativisme ». Un pic envoyé à Marine le Pen qui prône l'interdiction des signes religieux dans l'espace public. Mais ce sont les positions sur la famille qui appuient le vote FN d'une partie de l'électorat catholique. Sens commun, le mouvement lié à la Manif pour tous, a refusé de trancher entre les deux candidats, s'attirant les foudres des ténors des Républicains qui ont appelé à voter Macron.

Des appels à voter Macron émergent

Dans un tout autre état d'esprit, 40 prêtres en mission ouvrière du sud-est de la France ont exprimé clairement leur position pour le second tour dans un communiqué le 27 avril. « Est-il possible d’envisager que faire vivre le bien commun soit l’exclusion, la peur, la fermeture, le mépris de l’étranger ? Nous entendons aussi les inquiétudes de nombreux musulmans », affirment-ils.

« Nous osons dire que la paix, dans la justice, est à bâtir dans une Europe plus ouverte, plus solide dans ses projets ; que vivre ensemble, dans la solidarité fraternelle, est à développer, en privilégiant "la dignité des oubliés, et des étrangers" », précise le collectif de prêtres, qui appelle clairement à voter en faveur d’Emmanuel Macron. « Voter est vraiment une belle responsabilité d’avenir, à vivre avec une conscience libre et en fraternité solidaire. »

« Ne cédons pas à la tentation du repli sur soi », ont martelé 38 organisations chrétiennes en faisant allusion au programme du FN, dans une tribune à La Croix /Forum-et-debats/Ne-cedons-pas -a-la-tentation-du-repli-sur- soi-2017-04-28-1200843233, journal catholique qui a appelé à voter Macron dans un éditorial paru lundi 1er mai.

L'élection présidentielle 2017 a confirmé l'ancrage à droite de l'électorat catholique, majoritaire à avoir voté en faveur de François Fillon parmi les pratiquants. Désormais tiraillés, aucun choix majoritaire ne se distingue très clairement pour le second tour, rappelant ainsi la complexité du « vote catholique ».





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