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Points de vue

Nous jeûnons parce que nous avons faim et soif de l’essentiel

Prédication chrétienne pour le Ramadan

Rédigé par Henry Fautrad | Jeudi 9 Juin 2016



Nous jeûnons parce que nous avons faim et soif de l’essentiel
Orientés vers le Seigneur par l’adoration quotidienne et la louange de nos cœurs, nous avons choisi de rendre les armes de la volonté propre pour suivre la volonté du Tout-Puissant.

Comme chacun de nous, tout homme peut ressentir qu’un combat spirituel se joue en lui-même entre les forces obscures qu’il veut rejeter de tout son cœur et la lumière de la Vérité qu’il souhaite embrasser pleinement afin d’en donner un rayonnant témoignage au monde qui l’entoure.

Pour vivre ce combat de la vérité, nous sommes invités par le Seigneur à choisir des armes spirituelles qui ne sont ni violentes ni conventionnelles :
‒ Ces armes nous sont fidèlement transmises par des traditions religieuses authentiques.
‒ Ces armes sont le jeûne, l’aumône et la prière.
‒ Ces armes sont autant d’antidotes à l’idolâtrie du ventre, des richesses et de l’orgueil !

Le jeûne, pédagogie de l’abstinence

Le jeûne, tout d’abord, permet de n’être plus esclave de son propre ventre, c’est une pédagogie de l’abstinence, de la frugalité, du manque volontairement imposé au corps. Ressentir ce manque, c’est habiter son esprit de l’Essentiel qui est présence réelle de Dieu, présence concrète des frères et sœurs ; particulièrement les plus éprouvés, les plus nécessiteux.

De façon plus intime encore, mon intelligence et mon cœur se rencontrent et me permettent de discerner les réalités concrètes en Dieu. Cette rencontre de l’intelligence et du cœur me permet d’articuler foi et raison : mes pensées sont plus claires, mon désir d’ouverture est plus généreux, mon amour des autres plus vaste, mon rapport à la vérité moins idéologique, la paix est perceptible. Cette paix embrase le monde.

L’aumône libératrice

L’aumône, ensuite, permet de fixer son intérêt sur autrui pour son plus grand confort, sa plus grande sécurité, son épanouissement. L’aumône passe par un don à la fois réaliste et conséquent, qui aura d’autant plus de valeur qu’elle sera désintéressée quant au choix du destinataire. Un inconnu, une association hors du clan, une fondation de bienfaisance universelle.

L’aumône me libère de ce que je considérais artificiellement comme une richesse ou une sécurité. Je découvre une liberté nouvelle, consistant à ne rien posséder que le strict nécessaire pour faire vivre ma famille.

La prière du cœur

La prière, enfin, est cet acte de la créature bien-aimée envers son Créateur bien-aimé. La prière qui procède du cœur peut habiter la ritualité des horaires et des gestes de tout à chacun sans s’y laisser enfermer.

La prière devient alors une respiration du cœur vers son Seigneur, une aspiration à la sainteté, un souffle d’éternité, la naissance à plus d’humanité, une nourriture pour l’affamé de l’essentiel.

Vers l’Essentiel

Au total, notre faim et notre soif de l’essentiel éprouvées par la frugalité alimentaire, le don de nos biens aux nécessiteux et l’élévation de l’âme dans la prière ne sont ni quantifiables ni comptabilisables : aucun compteur d’aucune sorte n’est nécessaire, sinon la gratuité du geste, le secret de l’acte, l’intériorité de l’intention.

Dieu sait tout, Il sait bien que tu l’aimes.

Je vous souhaite de tout cœur un bon ramadan 1437.

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Henry Fautrad est prêtre au Mans dans les quartiers Sud et est délégué des relations islamo-chrétiennes dans la Sarthe.





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