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Politique

Merkel, l'extrême droite et les musulmans : quelles réactions après l'attentat de Berlin ?

Rédigé par Imane Youssfi et H. Ben Rhouma | Mercredi 28 Décembre 2016

Plus d'une semaine après avoir connu un des pires attentats sur son territoire ces dernières décennies, l'Allemagne fait, non sans difficultés, son deuil. Tandis que le gouvernement allemand prend ses premières mesures sécuritaires, les instances musulmanes berlinoises et nationales ont joué un rôle d'apaisement dans un contexte où les extrêmes droites en Europe ont fait de cet attentat un nouveau catalyseur à leur xénophobie.



Après l'attentat de Berlin le 19 décembre, des musulmans ont exprimé leur solidarité lors d'un rassemblement devant l'église du Souvenir. © Pascal Thibault/RFI/Twitter
Après l'attentat de Berlin le 19 décembre, des musulmans ont exprimé leur solidarité lors d'un rassemblement devant l'église du Souvenir. © Pascal Thibault/RFI/Twitter
Se lever contre la haine et la violence, tel est le leitmotiv des instances islamiques allemandes, à l'instar du Conseil de coordination des musulmans (KRM) qui fédère depuis 2007 plusieurs organisations dont le Conseil central des musulmans d’Allemagne (ZMD). Chacune d'elles ont tenu très tôt à exprimer des messages de solidarité aux victimes, tout en condamnant fermement les actes commis par l’auteur présumé de l'attaque Anis Amri, tué à Milan quelques jours après sa fuite de Berlin.

Ces instances ont incité les fidèles à participer à la veillée organisée au lendemain de l'attentat du 19 décembre à l'église du Souvenir, au plus près des lieux du drame. Un moment particulier qui a vu la présence des représentants de tous les cultes et des membres du gouvernement jusqu'à sa chancelière Angela Merkel. Une vingtaine de jeunes de confession musulmane, habillés d'un tee-shirt sur lequel est inscrit en allemand « Musulmans pour la paix » ont aussi fait le déplacement devant le lieu de culte.

Tandis que la période post-attentat est au recueillement et à l'émotion, renforcée en période de fêtes de fin d'année, les appels à l'unité ont fleuri de toutes parts parmi les instances civiles et religieuses à travers le pays. Parmi les réactions à noter, celle de la Communauté islamique des communautés chiites d'Allemagne (IGS) qui a affirmé son refus de voir la barbarie triompher avec, pour conséquence, une montée de la haine contre les migrants et les musulmans. « Notre société ne doit pas laisser les terroristes nous diviser », a-t-elle signifié.

De nouvelles mesures votées sans céder au tout-sécuritaire

« Nous faisons face ensemble », déclarait le président de la République Joachim Gauck dès le soir de l'attentat. La chancelière Angela Merkel a laissé le soin à Thomas de Maizière, ministre fédéral de l’Intérieur, et à Heiko Maas, ministre de la Justice, de s’occuper des mesures à prendre après le drame. Le gouvernement a annoncé dès le 21 décembre un plan de vidéosurveillance élargi à plusieurs lieux publics (stades, centres commerciaux...). Les forces de l’ordre seront aussi autorisées à porter des mini-caméras, qui devrait permettre une reconnaissance automatique des visages et des plaques d’immatriculation.

Le gouvernement envisage en parallèle des actions prochaines visant à « mieux surveiller les personnes dangereuses » et à « expulser le plus vite possible » les personnes qui ont vu leur demande d'asile rejetée. Angela Merkel a ainsi annoncé le 23 décembre vouloir accélérer l'expulsion des migrants tunisiens sans titre de séjour régulier. Anis Amri, lui-même Tunisien, avait demandé l'asile à son arrivée en Allemagne en 2015 mais sa requête avait été rejeté en juin 2016. Son expulsion n'a pu être mise en oeuvre car Tunis avait, pendant plusieurs mois, contesté qu'Anis Amri puisse être un de ses ressortissants. Ce n’est que le 21 décembre que la Tunisie a reconnu - après l'attentat mais « par coïncidence » selon les autorités allemandes - sa nationalité, fournissant alors... un document permettant son expulsion.

L'exécutif allemande refuse cependant d'adopter une politique du « tout-sécuritaire » mais aussi de céder aux discours belliqueux, bien loin de l'attitude adoptée par une large majorité de la classe politique française depuis début 2015 comme le relève le Huffington Post.

Les extrêmes en pleine conquête

Un danger guette cependant l'Allemagne. Comme à chaque attentat, les bouc émissaires « musulmans » et « étrangers » sont tout trouvés. Après l'attaque au camion dans la capitale fédérale, les réfugiés et demandeurs d'asile en prennent largement pour leur grade, comme après l'affaire des agressions sexuelles à Cologne. Attaquée de part et d’autre par l’extrême droite européenne, Angela Merkel se voit reprocher sa politique d’accueil des migrants que des partis tiennent pour responsable des événements du 19 décembre. « Ce sont les morts de Merkel. Quand l'Etat de droit va-t-il revenir ? Quand va-t-on en finir avec l'hypocrisie ? », a tweeté Marcus Pretzell, un responsable du parti de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD).

En France, c’est Marine Le Pen qui a particulièrement pointé du doigt la chancelière allemande. « Combien faudra-t-il de massacres et de morts pour que nos gouvernements cessent de faire entrer dans nos pays dépourvus de frontières un nombre considérable de migrants, alors qu’on sait parfaitement que des terroristes islamistes s’y mêlent ? », s’est-elle interrogée dans un communiqué. La candidate à la présidentielle de 2017 n'a jamais caché sa volonté de faire fermer les frontières de la France et rêve d'un Brexit à la française. Les événements n’auront pas non plus échappé au Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP) et à son leader Nigel Farage, qui a été un des artisans du Brexit. « Des événements comme ceux-là seront l'héritage de Merkel », a-t-il jugé sur Twitter.

Après avoir connu l'émergence de mouvements comme Pediga, l'Allemagne verra-t-elle une (triste) explosion de ces mouvements xénophobes ? L'avenir nous le dira bien assez tôt, lors des élections fédérales allemandes en août 2017 pour le renouvellement du Bundestag.






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