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Monde

Agressions à Cologne : les réfugiés refusent d'endosser une responsabilité collective

Rédigé par Samba Doucouré et H. Ben Rhouma | Vendredi 22 Janvier 2016

Les polémiques s’enfilent comme des perles en Allemagne depuis l’affaire des agressions sexuelles de Cologne dont les réfugiés, en coupables tout désignés, font les frais. Angela Merkel doit faire face à l’hostilité d’une partie de sa majorité qui veut durcir la politique migratoire du pays. La cheffe du gouvernement allemand refuse cependant de céder aux injonctions xénophobes qui trouvent leurs sources dans les milieux d'extrême droite. Des voix dans la société civile se font entendre pour faire face à la vague de haine anti-réfugiés.



Après l’affaire des agressions sexuelles à Cologne, les tensions, alimentées par l’extrême droite, sont fortes à l’encontre des réfugiés à qui les xénophobes endossent une responsabilité collective des actes commis au Nouvel an. Ici, un réfugié syrien dénonce les agressions avec une pancarte « Les Syriens contre le racisme ».
Après l’affaire des agressions sexuelles à Cologne, les tensions, alimentées par l’extrême droite, sont fortes à l’encontre des réfugiés à qui les xénophobes endossent une responsabilité collective des actes commis au Nouvel an. Ici, un réfugié syrien dénonce les agressions avec une pancarte « Les Syriens contre le racisme ».
« Wir schaffen das », en français « Nous y arriverons », le crédo répété par Angela Merkel, en pleine tempête politico-médiatique autour de l'affaire des agressions sexuelles à Cologne. La chancelière allemande signe ainsi sa ferme volonté de maintenir le cap sur sa politique d'accueil des réfugiés, en refusant à ce jour la fermeture des frontières et le plafonnement du nombre de réfugiés accueillis.

Pourtant, la tension monte au sein de la majorité gouvernementale qui craint une flambée de l’extrême droite lors des élections régionales en mars prochain. Angela Merkel a rencontré, mercredi 20 janvier, en Bavière un groupe de députés frondeurs de l'Union chrétienne-sociale (CSU). Ces derniers réclament la réduction du nombre de réfugiés à accueillir en Allemagne. La veille, 44 députés de l'Union chrétienne-démocrate (CDU), parti que préside la chancelière, lui ont adressé un courrier pour réclamer un durcissement de la politique migratoire. Aujourd’hui, un tiers des 310 députés conservateurs sont braqués contre leur leader. L’affaire de la nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne continue de soulever, trois semaines après, des réactions hostiles en Allemagne après une année record durant laquelle 1,1 million de demandeurs d’asile ont afflué en 2015.

Ce qui s'est passé au Nouvel an

L'affaire a brusquement surgi dans l'actualité le 5 janvier lorsque les autorités se sont décidés à communiquer sur les évènements qui se sont produits à Cologne. Depuis, les plaintes pour agressions pendant la nuit du Nouvel an affluent dans les commissariats de la ville. On en dénombrerait à ce jour 809 dont 359 pour agressions sexuelles d’après les dernières déclarations de la police. Les autres concernent des faits de vols ou de coups.

Que s'est-il bien passé ce soir là ? Selon les témoignages, un millier d’hommes, pour beaucoup très alcoolisés, ont déferlé aux alentours de la gare centrale et de la cathédrale de Cologne et ont agressé verbalement et physiquement les passants. « Tant les déclarations des témoins que les rapports de la police (locale) et les descriptions de la police fédérale indiquent que les personnes qui ont commis ces crimes étaient presque exclusivement d'origine immigrée », a déclaré le 11 janvier Ralf Jäger, ministre de l'Intérieur de la région Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

L'enquête du ministère public se concentre pour l'instant sur une trentaine d'hommes identifiés, dont huit placés en détention qui sont majoritairement originaires du Maroc et de l'Algérie. Ces individus sont suspectés de vol. Un Algérien de 26 ans a été interpellé pour attouchements sexuels le 16 janvier dans un foyer de réfugiés à Kerpen, à 30 km de la ville.

L’extrême droite en roue libre

Depuis la révélation – tardive – de cette affaire, la paranoïa s'est installé et les amalgames vont bon train, au grand dam des populations d'origine arabe ou turque implantées de longue date dans la région, de même que des migrants et réfugiés qui sont, pour l'immense majorité, venus de Syrie et d'Irak. Cologne héberge actuellement 10 à 11 000 demandeurs d’asile et 20 000 migrants au milieu de son million d’habitant.

Les mouvements d’extrême droite ne se privent pas d'instrumentaliser l'histoire. Dès le 9 janvier, 1 700 personnes se sont rassemblées autour des marches de la cathédrale de Cologne, à l’appel du mouvement islamophobe Pegida, qui s'est radicalisé ces derniers mois avec l'afflux massif de réfugiés en Europe. La manifestation a dégénéré après des heurts entre la police et les quelque 800 hooligans. Dès le lendemain, un groupe d’une vingtaine d’hommes organisaient une chasse à l’homme contre des réfugiés syriens, pakistanais et guinéens près de la gare centrale de Cologne.

Les agressions du Nouvel an ont suscité un climat de peur et d’anxiété très fertile pour les manipulations, à l’image du faux enlèvement et viol présumé par des réfugiés d'une adolescente de 13 ans germano-russe, relayé par une chaine de télévision russe. La jeune fille aurait été retenue pendant 30 heures par « trois ravisseurs arabes » dans le quartier de Marzhan à Berlin. Cette fausse agression a cependant provoqué une manifestation de 250 personnes lundi 18 janvier à Marzhan. Si la fillette a bien disparue pendant deux jours, il n'y a eu « ni enlèvement ni viol » après enquête de la police.

Cologne au centre des discours de haine en Europe

La vague de réactions hostiles a largement traversé les frontières allemandes. Les mouvements d’extrême droite européens ont sauté sur cette affaire, du pain-bénit pour appuyer leurs discours de haine. Des musulmans, le président tchèque Milos Zeman a déclaré : « Laissons les vivre leur propre culture dans leur pays et ne l'introduisons pas en Europe, sinon cela va se terminer comme à Cologne. »

Le député néerlandais Geert Wilders n’est pas non plus passé par quatre chemins : « Tant que nos femmes sont en danger face à ces "bombes de testostérone islamiques", je propose que nous enfermions tous les réfugiés de sexe masculin dans les centres pour demandeurs d’asile. » Des propos nauséabonds que le PVV, parti auquel il appartient accompagne d'une action xénophobe assumée : il programme à Rotterdam, samedi 23 janvier, une distribution de faux pulvérisateurs de gaz poivre, un moyen de défense personnel illégal aux Pays-Bas, pour symboliser son rejet des réfugiés, jusqu'à encourager auprès de ses militants la violence à leur encontre.

Dire non à la responsabilité collective

Alors que la Commission européenne, poussée par l'Allemagne, tente d’encourager un accord européen sur la répartition des réfugiés, l’Autriche a décidé de ne plus attendre. Son gouvernement, qui a été des pays les plus accueillants en Europe en 2015, a choisi de plafonner dès à présent le nombre de demandes d’asile qui seront étudiées en 2016 à 37 500, deux fois moins qu'en 2015 (90 000). Angela Merkel ne veut pas se précipiter et se prépare, quant à elle, à plusieurs rendez-vous décisifs dans les prochains jours.

Après sa rencontre, vendredi 22 janvier, avec le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu visant à trouver l'appui de la Turquie pour résoudre la crise migratoire, la chancelière allemande participera le 4 février à Londres à une conférence de donateurs pour les réfugiés du Moyen-Orient, puis au Conseil européen mi-février. « C'est après ça qu'on pourra faire un bilan intermédiaire, qu'on verra où l'on en est », a déclaré Angela Merkel jeudi 21 janvier.

Face à la flambée de haine xénophobe, plusieurs initiatives sont à relever. Plusieurs manifestations antiracistes ont été organisées en Allemagne le 16 janvier. A Stuttgart, 7 000 personnes ont participé à une marche initiée par des églises, des syndicats et des associations. Des groupes de réfugiés syriens et d’autres nationalités, accompagnés d’Allemands, ont également coordonné des rassemblements contre le sexisme et le racisme dans le centre-ville de Cologne. Avec des banderoles « Nous sommes contre le racisme, le sexisme et la guerre » ou « Non à la violence », les manifestants entendent renvoyer les auteurs des agressions sexuelles à leur seule responsabilité individuelle.

A l’initiative d’associations de jeunesse turque et tunisienne, une distribution de roses et de tulipes auprès des passantes a été récemment organisée pour dénoncer les agressions du Nouvel an. Avant eux, une action similaire a été mis en place à Berlin par un groupe de réfugiés en provenance de Syrie et d'Afghanistan pour manifester leur respect des femmes et espérer battre en brèche les clichés sur les hommes arabes. Un sacré défi à relever en ces temps troubles, à l'approche du Carnaval annuel de Cologne. Celle-ci, qui aura lieu du 4 au 10 février, fera l'objet de toutes les attentions.






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