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Monde

Allemagne : le modèle d’intégration des immigrés en question

Des imams germanophones formés outre-Rhin

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Lundi 18 Octobre 2010

Le modèle multiculturel allemand est-il mort ? C'est tout du moins un échec, de l'avis de la chancelière Angela Merkel. Cependant, aucune alternative n'a été proposée, laissant le débat sur l'intégration des immigrés, majoritairement musulmans, ouvert et non prise en main par le gouvernement. Mme Merkel s'accorde néanmoins à assigner l'apprentissage de la langue allemande comme un préalable à l'intégration. En témoignent les formations d'imams germanophones, lancées cette année dans plusieurs universités allemandes.



Allemagne : le modèle d’intégration des immigrés en question
La chancelière Angela Merkel a apporté sa pierre à l’édifice du débat sur l’immigration en Allemagne. Pour le coup, elle n’y est pas allée par quatre chemins devant les jeunes de son parti, l’Union des chrétiens démocrates (CDU). « Le multiculturalisme a échoué, totalement échoué », a déclaré la chancelière samedi 16 octobre à Postdam. Le modèle d’intégration du « multikulti », qui consiste à savoir vivre côte à côte sans se mélanger et de s'en réjouir, est à repenser selon elle.

Jusqu'en 2000, le droit du sang a prévalu dans l’acquisition de la nationalité allemande. Les immigrés n’ont souvent été considérés que comme des « invités » (Gastarbeiter) de passage qui n’avaient pas l’obligation de s’intégrer, encore moins de s’assimiler.

Comme plusieurs responsables politiques allemands, Angela Merkel réclame désormais une politique plus ferme à l’encontre des immigrés, principalement turcs, les exhortant à accepter les valeurs allemandes et à apprendre la langue de Goethe, étape nécessaire pour leur intégration dans le système scolaire et dans le marché de l’emploi. Le président turc Abdullah Gül a d'ailleurs appelé la communauté turque d’Allemagne à « parler couramment et sans accent » l’allemand.

Les imams made by Germany

Mais le débat ne se limite pas aux seuls immigrés. Les musulmans sont particulièrement visés par la question de l’intégration ces dernières semaines. A l’image de l'Institut catholique de Paris, trois universités de l’Ouest allemand ont lancé la semaine dernière des départements d’études islamiques et de formations d’imams germanophones. Selon plusieurs sources, 90 % des quelque 2 500 imams ne parlent pas ou maîtrisent mal l’allemand.

Cette initiative du Conseil scientifique allemand, instance qui émet des conseils sur le système universitaire allemand, est fort appréciée d’Angela Merkel. Les pouvoirs publics vont attribuer une aide de 4 milliards d’euros à ces facultés. Ces formations aideront ainsi à l’instauration de cours de religion musulmane dans les écoles, de plus en plus demandés.

Quant à la place de l’islam outre-Rhin, la chancelière préfère néanmoins se ranger derrière le discours d’apaisement prôné début octobre par le président Christian Wulff, actuellement en visite d’Etat en Turquie. « Le christianisme fait partie de nous, le judaïsme fait partie de nous. Mais il a aussi dit : l'islam a aussi sa place en Allemagne », a-t-elle affirmé, contrecarrant l’idée que l’islam est une religion étrangère impossible à intégrer dans la société.

Sarrazin, la parole libérée

Thilo Sarrazin a mis le feu aux poudres fin août. Depuis, il n’est plus employé par la Bundesbank mais son livre, devenu un best-seller, cartonne. Plus de 700 000 exemplaires ont été vendus. Surtout, il a ouvert la porte au débat. Plus de la moitié des Allemands sont en accord avec ses opinions. 10 % d’entre eux souhaitent même que le pays devrait être dirigé par un « Führer ».

Le ministre-président de Bavière et dirigeant de la CSU, allié de la CDU, Horst Seehofer, est allé plus loin la semaine dernière en affirmant que l'Allemagne ne devrait plus accepter d’immigrés provenant de « cultures différentes » comme « les Turcs et les Arabes ». « La société multiculturelle est morte », a-t-il ajouté.

Face à ces positions conservatrices, Angela Merkel , au plus bas dans les sondage, tente de reconquérir l’aile conservatrice de son parti à l’approche des élections régionales de 2011. « Nous n’avons pas besoin d’une immigration qui pèse sur notre système social », a fait savoir la chancelière. Cependant, face à la chute de la natalité, la fuite des cerveaux et la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, elle admet la nécessité de l’immigration. Selon la Chambre de commerce et de l’industrie, 400 000 emplois qualifiés ne sont pas pourvus.

Pour remédier à ce problème, les ministres allemands de l’Education et de l’Economie ont appelé, lundi 18 octobre, à une meilleure reconnaissance des diplômes étrangers, ce qui permettrait l’accès à l’emploi de 300 000 immigrés qualifiés. Une « plateforme Internet » permettant de trouver les équivalences entre les diplômes étrangers et allemands devrait être lancée avant la fin de l’année, selon le ministère allemand de l’Economie.







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