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Religions

Maîtriser le français, une priorité pour les imams de France

Rédigé par Gwénola de Coutard | Jeudi 10 Juin 2010

Voile intégral, homophobie...Que répondre aux questions des musulmans de la seconde génération et des journalistes, mais surtout comment répondre, pour être bien compris ? Pour les 200 imams réunis samedi 5 et dimanche 6 juin au 2e colloque national du Rassemblement des musulmans de France (RMF), la réponse passe d’abord par des cours de langue, puis par une formation plus poussée à la culture française et à la communication.



Deux cents imams, dont moins d'une dizaine de femmes (morchidates), ont assisté au 2e colloque national du RMF, les 5 et 6 juin 2010.
Deux cents imams, dont moins d'une dizaine de femmes (morchidates), ont assisté au 2e colloque national du RMF, les 5 et 6 juin 2010.
« Il faut que nos imams se connaissent mieux entre eux, et nous fassent remonter les difficultés qu’ils rencontrent sur le terrain », explique Anouar Kbibech pour justifier la tenue du 2e colloque des imams organisé par le Rassemblement des musulmans de France (RMF), qu’il préside. « Car ils sont de plus en plus sollicités, par leurs fidèles ou par des journalistes, qui les interrogent sur l’abattage rituel, le voile intégral, l’organisation des funérailles ou l’homophobie

Des sujets complexes, et d’autant plus difficiles à aborder qu’un tiers seulement des imams de France parle aisément le français, selon Mohammed Moussaoui, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) et vice-président du RMF.

En France depuis un an et demi, Khalid Saber, imam à Carros, près de Nice, témoigne : « La mentalité, ici, est bien différente de celle du bled. Les jeunes de la seconde génération ne parlent plus tellement l’arabe, et ils n’ont aucun tabou. Je tente de leur répondre du mieux que je peux, malgré mon français hésitant, grâce à des livres traduits. Je m’efforce aussi d’aller à la rencontre de ceux qui se droguent, de prendre le temps de discuter avec eux autour d’un café. En tant qu’imam, je suis toujours respecté, mais je sens bien que j’ai besoin d’apprendre à leur parler. »

Parler la langue de Molière pour communiquer

Pour pallier ce problème de communication, bien plus vaste que la simple barrière de la langue, le RMF va encourager ses imams à profiter davantage des cours de français dispensés par les pouvoirs publics, par le biais de l’Alliance française ou de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances (Acsé).

Concernant leur formation à la culture et au droit français, il n’exclut pas, à terme, la création d’un module en interne, mais préfère pour le moment s’appuyer sur le parcours « Interculturalité, Laïcité et Religions », mis en place en 2008 à l’Institut catholique de Paris (ICP).

« Comme l’an dernier, nous y avons aujourd’hui une dizaine d’inscrits, et souhaitons que ce nombre augmente », commente Anouar Kbibech. Cela tombe bien : le 11 mai, Eric Besson, le ministre de l’Intégration, a annoncé qu’il voulait étendre cette expérience à deux universités publiques, mais sans dévoiler leurs noms.

Une présence appuyée du Conseil européen des oulémas marocains

Pour le versant théologique, le RMF mise sur un partenariat avec le Conseil européen des oulémas marocains (CEOM) afin d’«élaborer des avis religieux, adaptés au contexte européen, en se basant sur le rite mâlikite et le dogme ach'arite », majoritaires au Maroc.

Dès septembre-octobre, le RMF offrira à ses imams et aux présidents d’association qui gèrent ses mosquées les conseils de professionnels, qui viendront ponctuellement leur apprendre des techniques de communication et de gestion. Il compte également multiplier les rencontres à l’échelle régionale entre les imams « référents », installés depuis plusieurs années, et les nouveaux venus.

Un statut encore précaire : seuls 20 % des imams sont salariés

Le rythme des colloques nationaux, enfin, sera plus soutenu. « Ils n’auront plus lieu tous les ans, mais tous les six mois, par groupe de 200 imams, décrit Anouar Kbibech. Comme nous en avons environ 600, en un an et demi, nous aurons vu tout le monde. »

Un chiffre qui représente près de la moitié du nombre total d’imams en France. C’est pourquoi le RMF appelle à la création d’une institution qui parle au nom de tous les imams de France. « Mais il ne s’agit pas d’exiger des autres organisations musulmanes qu’elles se rallient à nous, tempère M. Kbibech. Là, nous voudrions que ce soit le Conseil français du culte musulman qui chapeaute le tout. » Avec, en filigrane, l’espoir de parvenir à un véritable statut de l’imam.

Car, pour l’heure, la situation des ministres du culte musulman en France est hétérogène. Leurs études et leur niveau de vie sont variés. 20 % d’entre eux sont salariés par l’association de leur mosquée ou leur pays d’origine et gagnent à peu près le SMIC, tandis que les autres, simples bénévoles, sont payés parfois à hauteur de 400 euros par mois seulement, pour les services liés au culte qu’ils rendent, comme les mariages.







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