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Société

Mayotte la musulmane fait partie de la France

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Jeudi 31 Mars 2011

Nouveau statut pour une nouvelle vie. L’île de Mayotte est devenue le 101e département français et le 5e département d’outre-mer jeudi 31 mars. Ce nouveau statut ne confère pas de suite aux Mahorais une pleine citoyenneté avec les droits et les devoirs en vigueur en métropole. Préparée au changement depuis des années, l’île espère que de nouvelles perspectives de développement s’ouvrent devant elle.



Mayotte la musulmane fait partie de la France
Contrairement aux Français de métropole, les Mahorais ont pris à cœur les élections des conseillers généraux lors des cantonales les 20 et 27 mars. Le taux de participation, qui a atteint les 65 %, est le plus fort enregistré en France, les territoires d’outre-mer compris.

Et pour cause : Mayotte jouit désormais du statut de département après plusieurs années d’attente. Plus de 95 % de la population avaient approuvé en 2009, par référendum, la départementalisation de son territoire.

Ironie du sort : l’île, dirigée par l’UMP depuis 2008, devrait passer aux mains des socialistes. Nichée dans l’océan Indien, tout près des Comores et de Madagascar, Mayotte est peuplé de près 200 000 habitants en majorité musulmans. Le débat sur l’islam aura sans doute coûté ce département à Nicolas Sarkozy. Mais faute de quorum pour élire le président du Conseil général, la séance de jeudi 31 mars, qui devait consacrer la départementalisation de Mayotte, a été reportée.

Une hausse du niveau de vie attendue

Les Mahorais n'ont nul besoin de s'inquiéter de ce report. L'attente, ils la connaissent et la connaîtront encore pendant 20 à 25 ans, une période nécessaire pour que les Mahorais soient pleinement intégrés au système français et que leur soient conférés tous les droits et les devoirs. Ce laps de temps leur est aussi laissé pour s’adapter aux nouveaux usages et règles en vigueur en métropole, notamment en matière d’état civil, de justice et de fiscalité.

Malgré tout, des transformations économiques et sociales sont fortement attendues. Pour l’accompagner dans ce changement, l’Etat a doté le Fonds mahorais de développement économique, social et culturel de 30 millions d’euros pour la période 2011-2013. 18 millions d’euros ont aussi été débloqués pour Mayotte à travers le Fonds exceptionnel d’investissement, destiné seulement aux DOM-TOM.

Le nouveau statut, qui permettra aux Mahorais d’accéder aux prestations sociales telles que le RSA (revenu de solidarité active) et de voir leur SMIC s’aligner avec celui de l’Hexagone, ne fera que renforcer la lutte contre l’immigration clandestine, en provenance des Comores. Près de 20 000 étrangers ont été expulsés en 2009, un chiffre équivalant aux expulsions de toute la métropole.

Ce qui a le don d’exaspérer Marine Le Pen, qui a qualifié Mayotte de « notre Lampedusa à nous ». « C'est une folie de faire passer Mayotte comme département sans supprimer le droit du sol, sans supprimer l'ensemble des aides sociales qui sont accordées aux étrangers », a déclaré jeudi la présidente du Front national.

Tensions diplomatiques avec les Comores

Le FN n’est pas le seul mécontent de la situation. La départementalisation de Mayotte marque surtout le divorce de l’île avec la République des Comores, ancien territoire français devenu indépendant en 1974. Rattachée à la France en 1841, Mayotte est la seule des îles de l’archipel comorien à refuser, par voie référendaire en 1976, l’indépendance, et ce à une très large majorité. Pourtant, l’ONU reconnaît la République en entité composée de quatre îles, dont Mayotte.

Les Comores, qui revendiquent haut et fort ce territoire, « n'accepteront jamais » le nouveau statut de l'île de Mayotte, « terre africaine et arabe », a déclaré, samedi 26 mars, le président comorien Ahmed Abdallah Mohamed Sambi. « Le grand mur invisible qu'on prétend construire pour séparer un peuple, diviser un pays et déchirer une nation à jamais, ne saurait avoir de bases solides », a-t-il affirmé devant plusieurs centaines de personnes.

« On ne peut pas nous demander de renoncer à notre droit inaliénable, à notre souveraineté, à l'intégrité de notre territoire », a ajouté le président, condamnant « l'occupation illégale de l'île comorienne de Mayotte par la France ». Les souverainistes vont plus loin en considérant déjà le 3 avril 2011 - date de la prochaine séance des élus départementaux - comme la « Nakba » comorienne, en référence à la création de l’Etat d’Israël vécu comme une « catastrophe » pour les Palestiniens.

La comparaison est certes mal venue, mais les relations franco-comoriennes sont bel et bien tendues et la diplomatie française a du souci à se faire.







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