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Société

Manchester : malgré l'islamophobie, l'élan de solidarité des musulmans se poursuit

Rédigé par Imane Youssfi et H. Ben Rhouma | Mercredi 31 Mai 2017

Une semaine après l’attentat survenu à Manchester, la communauté musulmane britannique s’inquiète d’une montée de l’islamophobie. Malgré la peur d'un retour de flammes, des actions de solidarité ont été organisées afin de faire corps avec la communauté nationale contre le terrorisme, qui tue sans discrimination.



Un imam et une femme juive ont partagé ensemble un moment de recueillement en faveur des victimes de l'attentat de Manchester le 22 mai. © Reuters
Un imam et une femme juive ont partagé ensemble un moment de recueillement en faveur des victimes de l'attentat de Manchester le 22 mai. © Reuters
« Cet acte de lâcheté n'a pas sa place dans notre religion ou dans toute autre religion. » Ces mots de Fawzi Haffar, responsable à la mosquée Didsbury, ont été prononcés lors d’une conférence de presse mercredi 24 mai, au lendemain de l'attentat perpétrée à Manchester.

L'attentat et ses conséquences sont difficiles à encaisser pour les gestionnaires et les fidèles de la mosquée que fréquentait Salman Abedi et sa famille libyenne. Fawzi Haffar l'assure : sa mosquée, située dans le sud de la ville anglaise, n’a aucun lien avec l'acte du jeune kamikaze de 22 ans, appelant « quiconque a des informations sur l’individu impliqué, à contacter la police sans délai ».

Selon divers témoignages rapportés dans la presse locale, Salman Abedi avait été, à diverses reprises et depuis plusieurs années, signalé aux autorités pour son radicalisme. Il avait notamment été banni de la mosquée Didsbury après avoir conspué l'imam qui faisait alors un sermon anti-Daesh. Son père, qui faisait parfois des appel à la prière dans la mosquée, et son frère ont été arrêtés en Libye. La mosquée s'est dite inquiète des répercussions d'un acte dont il se dégage de toute responsabilité.

La vigilance de mise contre l'islamophobie

Depuis l'attentat, « on s'inquiète des actes anti-musulmans qui nous sont rapportés, des agressions verbales aux attaques contre des mosquées », a indique Fawzi Haffar. Et il n'est pas le seul. Les organisations musulmanes ont très tôt appelé à la vigilance face à l'islamophobie.

Quelques heures à peine après l’attentat, la mosquée Jamia Qasmia Zahidia à Oldham, dans le Grand Manchester, était déjà la cible d’un incendie criminel.

Un médecin de confession musulmane, qui a fait partie des équipes médicales en charge des victimes de l'attentat, raconte ainsi avoir été insulté de « terroriste » par un passant qui lui a crié de « retourner dans son pays », qui n'est autre que la Grande-Bretagne. Des actes, loin d'être isolés et visant particulièrement les femmes musulmanes, ont également été recensés par des associations de lutte contre la haine, qui encouragent les victimes à se signaler.

Manchester : malgré l'islamophobie, l'élan de solidarité des musulmans se poursuit

Des expressions de solidarité multiples

La communauté musulmane de Manchester n’est pas restée insensible à l'épreuve traversée par ses habitants dont ils en sont aussi. Une marche de solidarité, appelée « marche des enfants », en mémoire des victimes, souvent jeunes, a été organisé, dimanche 28 mai dans la ville, par la mosquée Jamia, située dans le quartier de Cheetham Hill. Elle a rassemblé près de 500 personnes, enfants et adultes confondus, qui ont déposé des fleurs devant le Manchester Arena et prié pour les victimes.

Une cagnotte a été lancée en plein mois du Ramadan par Muslim Engagement and Development (MEND). Cette organisation qui lutte contre l'islamophobie a collecté plus de 15 000 livres (plus de 17 000 €) sur les 100 000 livres (114 000 €) qui seront reversés pour les familles des victimes.

Autre initiative visant à resserrer les liens entre les communautés, celle de Baktash Noori. Ce jeune homme de 22 ans de confession musulmane s’est bandée les yeux et a ouvert ses bras aux passants. A ses pieds, une pancarte : « Je suis musulman et je vous fais confiance. Me faites-vous assez confiance pour me faire un câlin ? ».

Une initiative organisée dans une rue de Manchester lundi 29 mai et qui a déjà été reproduite à travers le monde, notamment à Paris après les attentats de novembre 2015. Le résultat en est touchant. Une heure de câlins plus tard, il s’est adressé aux derniers passants qui l’applaudissaient : « Merci à tous, je suis reconnaissant. Quand il se passe des choses effrayantes, certains se retrouvent parfois accusés de manière injuste et font l'objet de préjugés. »






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