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#1AnAprès

Malik Bezouh : Pourquoi l’arabo-islamité cristallise tant les passions

Rédigé par Malik Bezouh | Mardi 12 Janvier 2016

Un an après les premiers attentats qui ont bouleversé la société française, que faut-il retenir de ces funestes événements et de leurs conséquences ? Quels messages promouvoir et que préconiser pour construire une société meilleure ? Le point sur Saphirnews avec Malik Bezouh, auteur de « France-islam : le choc des préjugés. Notre Histoire, des croisades à nos jours » (Plon, septembre 2015).



Malik Bezouh est l’auteur de « France-islam : le choc des préjugés. Notre Histoire, des croisades à nos jours »  (Plon, septembre 2015).
Malik Bezouh est l’auteur de « France-islam : le choc des préjugés. Notre Histoire, des croisades à nos jours » (Plon, septembre 2015).
Les attentats récents qui ont ensanglanté notre pays ont plongé la population française dans le désarroi, avec comme conséquences l’émergence d’une angoisse lancinante taraudant les citoyens français non musulmans vis-à-vis de l’islam, d’une part, et, d’autre part, l’exaspération croissante des Français musulmans qui se sentent montrés du doigt.

Bref, la névrose française s’aggrave. Cette névrose, c’est le regard biaisé porté sur l’altérité musulmane que la France, dans son ensemble, a du mal à gérer ; regard biaisé qui, à son tour, fait le lit des interrogations qui travaillent des Français musulmans sur-réagissant ou se mettant à douter de la légitimité de leur place dans cette société qui semble leur fermer les portes...

Une arabophobie moyenâgeuse réactivée

Pour avoir travaillé 10 ans sur les causes historiques et sociologiques de l’arabophobie et de l’islamophobie en France, je dirai que je ne suis guère surpris par la manière dont l’arabo-islamité est perçue en France. En effet, pour des raisons expliquées dans mon livre France-islam : le choc des préjugés, la France a construit, ce dès le Moyen Âge, une vision de l’islam et des Arabes singulière et négative, à tout le moins.

L’actualité dramatique que nous vivons aujourd’hui réactive ces préjugés qui se sont nichés dans les plis et replis de l’imaginaire collectif français. Quels sont-ils ? Sans trop nous répandre en détails, l’on peut dire que le fanatisme, la violence, l’inclination au vol et au pillage, la paresse, la fourberie, la ruse, la cruauté constituent, peu ou prou, une constellation de « tares » plus ou moins stables dans le temps et ont contribué à façonner la figure de l’Arabe dans l’imaginaire de la société française.

Ces « tares » seront expliquées par le fait que les Arabes ont embrassé l’islam, un culte néfaste qui transforme celui qui le professe en un être méprisable.

Une construction historique de l’islamophobie

Je dis donc aux Français musulmans qu’il est temps de commencer un travail de « désensibilisation » qui passe par une prise de distance avec les attaques à caractère islamophobe. Attention ! Je ne parle pas ici de racisme antimusulman ni de stigmatisation des musulmans, phénomènes hautement condamnables, tombant sous le coup de la loi. Je parle de la critique, voire de la détestation de l’islam en tant que culte.

En effet, comme je l’explique dans mon ouvrage, nous autres musulmans de France devons intégrer que l’islamophobie laïcarde (gauchisante), très différente de l’islamophobie identitaire (de droite), est un élément constitutif de la culture française auquel l’islam de France n’échappera pas.

Et pour cause, depuis le siècle des Lumières, la France, dite éclairée, a développé un discours anticlérical, voire antichrétien, avec lequel les catholiques ont appris à composer. L’islamophobie de droite est plus problématique car sous couvert de défendre l’identité française, elle tend à tenir, parfois, un discours d’exclusion.

Ce processus de « désensibilisation » passe par la découverte de cette construction historique du phénomène de stéréotypisation de l’« Arabe ». L’on est, en effet, plus apaisé lorsqu’on connait les causes du « mal ».

La pédagogie pour faire tomber les préjugés

Engagé dans ce processus de déconstruction des préjugés arabophobes et islamophobes, j’interviens dans les lycées et donne des conférences. Sait-on qu’en France le mot « arabe » était, à la Renaissance, un adjectif pour qualifier un personnage mauvais, violent, fourbe et malhonnête ? Et que dire du dictionnaire Larousse qui, en 1948, définissait l’Arabe ainsi : « Race arabe : race superstitieuse, violente et pillarde » ?

Je pourrai égrener des exemples à l’infini. Aussi est-il impératif d’entamer un travail de pédagogie afin de faire tomber ces préjugés qui nuisent au vivre-ensemble et portent à conséquences, puisque, au bout de la chaîne de ce processus de stéréotypisation, on trouve les discriminations alimentant le ressentiment des Français issus de l’immigration maghrébine.




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